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19/07/2015

Vittorio Sereni (1913-1983) traduit par Jean Rousselot

Diane


Ton ciel d'autrefois revient
Sur les belvédères de Lombardie.
Il s'amasse en touffeurs nuageuses
Et de tes yeux exilant tout azur
Il se recueille et se repose.


L'eau fraîche reviendra pourtant
Avec le vent qui se lève sur les canaux,
Avec le ciel
Qui s'étire vers le lointain le long des rives.


Reviens-tu toi aussi, Diane,
Entre les tables dressées en plein air
Parmi les gens qui boivent, attentifs,
Sous la lune lointaine ?


Un orchestre bourdonne en sourdine ;
Dans l'ariette qui s'en échappe
Je reconnais ton passage onduleux.


Dans le soir, ton nom fier s'adoucit
Si quelqu'un le murmure
Sur tes traces.


Le mois de juin s'en vient bientôt
Avec l'aride fleur du sommeil
Eclose aux plus tristes faubourgs.


Et le chant, mon amie, qui fut le tien sur terre
Se remet à faire mal
Comme une haleine qui court sur la mémoire,
Et à te reprocher la mort.

                        Vittorio Sereni traduit par
                                            Jean Rousselot

02/07/2015

Le premier des 154 "Sonnets" de Shakespeare, traduit par Jean Rousselot

From fairest creatures we desire increase,
That thereby beauty's rose might never die,
But as the riper should by time decease,
His tender heir might bear his memory ;
But thou, contracted to thine own bright eyes,
Feed'st thy light's flame with self-substantial fuel,
Making a famine where abundance lies,
Thyself thy foe, to thy sweet self too cruel.
Thou that art now the world's fresh ornament
And only herald to the gaudy spring,
Within thine own bud buriest thy content
And, tender churl, mak'st waste in niggarding.
   Pity the world, or else this glutton be,
   To eat the world's due, by the grave and thee.

                                         William Shakespeare

Traduction de Jean Rousselot

Des plus beaux êtres nous voulons progéniture,
Que la rose, ainsi, ne meure la beauté,
Mais que, lorsqu'à son terme expire la plus mûre,
Puisse un frêle héritier sa mémoire attester.

Mais toi, qui à tes seuls yeux brillants te fiances,
De ta propre substance tu nourris ta flamme,
Créant une famine où régnait l'abondance,
De toi-même ennemi, trop cruel pour tes charmes.

Toi qui es aujourd'hui l'ornement frais du monde,
Et ne fais qu'annoncer encor le gai printemps,
De ton bourgeon tu fais à ta sève une tombe
Et tu te ruines, jeune avare, en lésinant.

Aie donc pitié du monde ou bien mange, goulu,
Ce qui par toi et par la tombe lui est dû.

24/06/2015

John Keats adapté par Jean Rousselot opus III : "le choeur des nymphes de la mer"

                         Ecrit un soir d'été

Les cloches égrenant leurs sons mélancoliques
Ont appelé les gens à se plonger encore
Dans la prière, la tristesse, le remords
Et de quelque sermon l'affreuse rhétorique

Il est sûr que l'esprit de l'homme est garrotté
Par quelque obscure incantation : on voit chacun
S'arracher au foyer, aux doux airs lydiens
Aux entretiens avec les maîtres consacrés

Cloches toujours, cloches encore ! Il m'en viendrait
Un frisson sépulcral si je n'étais certain
Qu'elles vont mourir comme une lampe s'éteint

Que c'est leur dernier souffle et leur ultime plainte
Avant qu'on les oublie et qu'à présent vont croître
Beaucoup de fraîches fleurs et d'immortelles gloires.


* * *


                         Sur la mer

Elle entretient autour des rives désolées
Un murmure éternel et sa houle musclée
Forge deux fois dix mille grottes, que le charme
D'Hécate rend ensuite à leur sombre rumeur

Et souvent on la voit de si tranquille humeur
Qu'à peine en plusieurs jours la plus infime écaille
S'écartera du lieu où voulurent qu'elle aille
Les derniers vents qui par ici furent lâchés.

Ô vous dont les yeux sont abîmés et lassés
Donnez-leur en festin l'immensité des mers !
Ô vous par les grossiers tumultes assourdis,

Ecoeurés par l'excès des fades mélodies,
Méditez à l'orée d'une antique caverne :
Vous entendrez le choeur des nymphes de la mer.

                             John Keats, trad. Jean Rousselot