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29/11/2020

"Signes d'air", de Jocelyne François, Mercure de France, 22 mars 1982, 104 pages, 58 F

Pouvoir du poème


Le poème relie les secrets en une tresse plus serrée que les cheveux. Au même instant il rend les secrets transparents. S'approcher du poème, le lire, c'est s'exposer à une transfusion de peine, parfois prendre un bain de paix. Le poème ne sait pas ce que nous savons et sait tout ce que nous ne savons pas. Il ressemble à l'eau d'un jardin, le soir, quand les grillons commencent leur chant monocorde. Il passe sur nous, desséchés par le vent du jour. Il laisse aux gestes anciens leur tendre écorce, celle qui empêche le bois de durcir. Il n'agit ni par le dire ni par les mots mais par ce qui se glisse dans l'étroite ouverture fatale comme tes yeux quand ils me regardaient vraiment dans un autre monde.

* * *

Restitué à la nuit


Le poème s'inscrit dans l'urgence et s'écrit dans la nécessité. Il explose à contre-choix. Mais celui qui lit le poème n'en peut recevoir que l'onde amortie. Entre les deux pages qu'il tourne rient des oliviers imprenables et la terre prophétesse a digéré toutes les eaux d'agressivité.

 

Jocelyne François

ULRICH 21.jpg

peinture de Pascal Ulrich

05:39 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

28/11/2020

"Jardin secret" de Daniel Martinez

Ballade

Les murs vagues et sans souci de l’heure, ce qu’en disait le poète, couverts de signes. Mais silencieux comme fruits sur l’arbre immobile, comme la paix, comme l’échelle d'un monde qui se délite dans l’été, la distance annulée : un simple oiseau devient soleil, le ciel d’un bleu profond reprend haleine parmi les chiffres purs du réel.

La vie, la langue sœur, dans le carnet ré-ouvert. Au jet de la ligne, passé tout ce qui fait ombre, les pages libres se tournent d’elles-mêmes. Me disent, me redisent à leur manière que rien ne fut vain. Les vents vont à demain, vapeurs, nuages, apories. Si peu de choses en somme embrassent l’origine, limpides jusqu’à la transparence. "Mais comment donc voir, sans perdre aussitôt l'image dans sa vérité originelle ?"

Là, je tâche de me rappeler ce qui fut tien. Avec les trois ou quatre couleurs soufflées sur les parois de verre de la porte-fenêtre, avec ce pari que le temps s’est tenu à lui-même. La caisse du luth coupé de hachures claires reprend corps, te façonne selon. Ta respiration en moi est la brûlure commune.

Signes du vent, aile austère de l’if, lent sablier. À l’instant, une ruée lourde de nuages, leur manteau de dérisions : au beau milieu d’entre eux, accrocher un point fixe. Nue dans le vide, la glycine balance, depuis l’escalier extérieur. Spirale, les jours d’ici.

Toujours plus d’allant dans l’esquisse, moins de contraction dans le trait. Louvoyante mémoire. Les crayons gras sur la feuille, les rides de la paille sur les roues, le chemin tracé là au jugé se perd dans les lointains, les vapeurs de la terre. Charroi des possibles, revisités.

Dans l’étendue offerte, le blanc de l’énigme renoue avec la perte du nom-de-soi. Quand seul compte ce que dessine entre sang et pensée le voyage des heures griffées d’une double ombre bleue.


Daniel Martinez

27/11/2020

"Comme un léger sommeil", de Pierre Chappuis, éditions José Corti, octobre 2009, 80 p., 12 €

Un espace intérieur

 

L'eau, le ciel, un même gris plus ou moins fin, mouliné, grumeleux, les prolonge l'un dans l'autre malgré, à peine marquée (une ligne basse), la barre étroite qui ferme l'horizon.

 

Proche, la rangée de bâtons retenant un filet de pêche n'apporte limite à rien, au bout de peu s'estompe ; plus à gauche, les brumes cessent peut-être, qui n'ont ici rien de morose.


Dire (à mots perdus), dire tout (si peu) mezza voce, au gré de glissements moindres, atténués, de plus sombre à plus clair répercutés d'un espace intérieur prêt, même à peine dérangé, à s'obscurcir.


Pierre Chappuis

06:46 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)