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26/12/2015

"Torpeur", d'Hélène Mohone

Torpeur, éditions de la Cabane, Bordeaux, 2007 (note initialement parue dans Diérèse 52/53, au printemps 2011)

     Hélène Mohone s’est éteinte le 4 avril 2008. Cantatrice, mais aussi plasticienne, photographe et femme de Lettres, elle nous laisse plusieurs pièces de théâtre, une autobiographie et des recueils poétiques. Publié en 2007, Torpeur semble habité par le besoin de témoigner, se raconter par fragments, décrire sans exhibitionnisme la maladie et la mélancolie, mais aussi la passion, l’appétit de vivre : hé! reviens me saisir aux seins viens me saisir de près à aimer pulpe verte tous les fruits et moi (p. 14). Pénétrés par une subtile musique intérieure, les versets s’enchainent selon une logique propre, subjective, au plus près de la mémoire, ce qui n’est pas sans rappeler certains procédés d’écriture automatique, une sorte de lent monologue intérieur empli de sons, d’images et d’odeurs ; comme si seule l’évocation pouvait conjurer le (mauvais) sort, éloigner un moment la voix des ombres (p. 7). Les métaphores surgissent au fil des pages, fusent à l’improviste, saisissent le lecteur, l’entraînent dans un maelstrom de souvenirs, une succession d’instants fugaces : de l’enfance africaine fillette au baraquement tu vois les vieux corps marabouts (p. 19), à l’âge adulte, synonyme de tristesse, de désillusion : les yeux miens à fatigue profonde lassitude et volonté de tenir à ton allure anéantie de moi (p.10). Pudiquement décrite, la souffrance demeure sans cesse présente, en filigrane, comme une permanente angoisse : fille du crâne sortie sanglée cuirasse déjà prête à combattre petite arbalète à la douleur (p. 18). Restent, dès lors, certaines réminiscences heureuses, liés aux amours passés : c’est ainsi Bérénice au ciel que tu déploies tes dents de lait amoureuse maritale (p.14).

     Plurivoque, originale, faisant fi de la ponctuation, la langue d’Hélène Mohone nous entraîne loin, dans un style riche et émouvant, tendu à l’extrême, à la limite de l’imprécation. Tantôt limpide, tantôt énigmatique, Torpeur paraît ainsi proche de certaines phrases désenchantées de Michel Valprémy (1947-2007), écrivain et graphiste bordelais, auquel la plaquette est dédiée : vois tout noir sous le soleil / vois très sombre sous la chaleur (p.11).

                                                                       Étienne Ruhaud

PS : rappelons que des inédits (textes, peintures et dessins) d'Hélène Mohone paraîtront dans le prochain Diérèse, cf rubrique Diérèse.

13/11/2015

Olivier Massé, poète et critique à "Diérèse"

Diérèse a toujours su rendre compte de la vie poétique de nos contrées, loin de nos "intellectuels" en manque d'audience, tout en sortant des cadres obligés & renvois d'ascenseurs auxquels, faute de mieux, vous êtes habitués... Je vous présente aujourd'hui un poète qui dans la revue a effectué le travail le plus méritant à mon sens, j'ai nommé Olivier Massé, auteur aquitain, qui a publié dans plusieurs revues de poésie, ainsi que deux recueils (Poèmes préhistoriques, l’Harmattan 2013, Tanka du café, Editions du tanka francophone, 2014). Un troisième recueil va paraître prochainement aux éditions de la Crypte : le Mort qui parle.

 

Notes d’Olivier Massé pour la revue Diérèse

- En bref et au jour le jour, Max Alhau, éd. de la Porte (Diérèse 65)
- Gérard Engelbach, éd. du nouvel Athanor (Diérèse 65)
- l’Amour brûle le circuit, Alain Borne, éd. Fondencre (Diérèse 66)
- La nuit peut venir, Marie Cazalas, éditions de la Crypte, (Diérèse 66)
- Sous le couvercle de la nuit, Jean Chatard, éd. Sac à mots (Diérèse 66)
- Clameurs du jour, Jean Chatard, éd. Editinter (Diérèse 64)
- Jean Chatard, Demain n’existe plus (Revue Chiendents n°75) (Diérèse 66)
- Frag/ments & caetera, une anthologie de poésie brève, Jacques Coly, éd. des deux Siciles (Diérèse 63)
- Pascal Ulrich, le rêveur lucide, éd. du Contentieux (Diérèse 64)
- Anthologie poétique 1972-2012, Maurice Couquiaud, éd. l’Harmattan (Diérèse 63)
- Comme un cri d’os, Jacques Simonomis, Christophe Dauphin, éd. les Hommes sans épaules (Diérèse 65)
- Décharge (revue) n°160 (Diérèse 62)
- Diplomatiques, Guillaume Decourt, éd. Passages d’encre (Diérèse 63)
- les Années pratiques, Alain Eludut, éd. Tarabuste (Diérèse 65)
- Vertiges, Alain Fabre-Catalan, éd. les Lieux-dits (Diérèse 62)
- Attractions terrestres, François Graveline, éd. de la Crypte (Diérèse 63)
- Une Source au bout des pas, Gilles Lades, éd. de la Porte (Diérèse 63)
- Sans poésitation, Alain Jean Macé, éd. du Contentieux (Diérèse 65)
- Billets d’absence, Jean-Jacques Nuel, éditions Le pont du change, (Diérèse 66)
- Courts métrages, Jean-Jacques Nuel, éd. le Pont du change (Diérèse 64)
- Miroir sans issue, Michel Passelergue, Ed. du Petit Pavé, (Diérèse 66)
- le Don des mots, Ludmilla Podkosova, éd. l’Harmattan (Diérèse 65)
- le Sort est en jeu, Jeanpyer Poëls, éd. de la Porte (Diérèse 64)
- la Vie en vie, Jeanpyer Poëls, éd. la Porte, (Diérèse 66)
- Défaillir, Jeanpyer Poëls et Bernard Noël, éd. de la Porte (Diérèse 62)
- Poésie première (revue), n°60 (Diérèse 65)
- Poèmes du visage derrière la fenêtre, Louis Raoul, éd. de la Crypte (Diérèse 63)
- l’Epaule du paysage, Jeanine Salesse, éd. Tarabuste (Diérèse 65)
- la Poésie sauvera le monde, Jean-Pierre Siméon, éd. le passeur (Diérèse 65)
- Journal en noir, Pascal Ulrich, éd. du Contentieux (Diérèse 65)
- Registre des ombres, Yekta, éd. l’Oreille du Loup (Diérèse 63)

 

Faites passer je vous prie-------------------------------------------------merci

27/09/2015

"Les amours", de Dominique Pagnier, éditions Gallimard, 107 pages

Après les courts récits, baroques et vagabonds des Filles de l'air (éditions Le Dilettante) - où une entorse, sur L'Alserstrass à Vienne, ou un survol de Tübingen en dirigeable, font songer à Canetti, Doderer ou Hölderlin - Dominique Pagnier revient, avec son quatrième recueil, à sa forme favorite, le poème en prose. Comme les Vies simultanées et la Faveur de l'obscurité, les Amours évoquent les soirs de province, "les jours ; leur brièveté".


Eglises en brique, fermes lointaines, où pend, dans la cuisine, un abat-jour émaillé : c'est, sous les tilleuls, la vie humble, simple, avec les "bruits d'outils qu'on range", les filles qui grandissent trop vite dans les pensions, le mort dont on fait la dernière toilette, où l'enfant endormi que sa mère craint d'éveiller "en l'embrassant avec la pluie sur ses joues".


                                                                                     Monique Pétillon