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17/12/2018

Christine Aurel nous accompagnera in Diérèse 75

Ce couteau que j’ai au fond de la poche

 

Quand je suis sortie de la gare j’ai tout de suite compris que personne ne m’attendait, que personne ne viendrait pour moi, et je me suis immédiatement traitée d’imbécile. Comment avais-je pu, un trente millième de seconde, imaginer qu’elle puisse déroger une seule fois à sa règle : ne jamais venir me chercher, où que se soit ? C’est comme ça depuis le début : jamais là pour m’attendre. Faut croire que même enceinte de moi, elle ne m’attendait pas non plus.

Personne devant l’école, donc, même toute petite, ni devant le conservatoire. Personne devant le collège ou la salle de judo, encore moins devant le centre équestre, et jamais personne non plus devant la gare, comme aujourd’hui. Jamais devant aucun des lieux où elle aurait pu avoir l’idée de venir m’attendre. Pour m’accueillir. J’ai presque fini par en faire un abcès de fixation : quand j’étais gamine et qu’elle m’importunait d’une façon ou d’une autre il y avait toujours un moment où je me disais : et en plus elle ne vient jamais me chercher. Quel que soit le sujet de mécontentement, souvent sans aucun rapport, mais posé en point d’orgue à une accumulation de griefs, au sommet de la liste...

 

Christine Aurel

Muriel Carminati sera des nôtres in Diérèse 75

Mercado do Bolhão

 


Temple de l'alimentation
s'alignent toutes sortes de denrées
fleurissant en
camaïeux de vert de rouge
visite de cette solide mâchoire
bruissant des rumeurs du monde
soudain
le silence
des poutrelles métalliques soutiennent
l'édifice plus défaillant qu'on l'aurait cru
dans cette grande bouche de la ville
on a posé une prothèse
provisoire peut-être
qui en condamne pour moitié
l'usage masticatoire
et nous déambulons désormais dans un
désert
seul Mercure
formant bandeau à une
boucherie qui a fermé
nous rappelle qu'il y eut ici
un lieu d'intense commerce

 

Muriel Carminati

16/12/2018

A voix liées, Isabelle Lévesque et Pierre Dhainaut accompagnent Diérèse 75

Et dans le cercle un arbre

 

Aussi loin qu’il sauve, le cri change sa parure :

s’il fleurit, c’est que tremble le point cassé du « i »,

main froide sur la nuit d’épices.

Nous cherchons qui croire.

 

Tu ne retournes pas le circuit du manque,

la lune assoiffe, nous ne sommes qu’une croix :

points multiples détachés du « r » qui avance

et toi seul (géant ou pétale) assignes le mot...

 

* * * * * * * *

Les murs sont froids, les murs résistent

à la pression des cris, serait-ce

ceux qui proviennent de très loin,

par meutes, aucune mouette

n’en sait plus que nous sur la mort,

l’autre vie, l’ouverture ou la ruine,

des cris s’accumulent, se consument.

 

Il n’y a pas de murs si tu dessines

à la pointe de l’ongle, bribe après bribe,

comme des mots mal joints, un cercle,

et si en son milieu tu poses

avant d’écrire, avant de voir par-delà

les limites, une main attentive :

elle y apprend à s’intégrer aux vagues

en reconnaissant une même force

à leurs bruits, leur silence, en créant un langage

assez patient pour dire aussi bien la chute

que l’envol, ce qui dénoue, renoue sans cesse...