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31/01/2016

Eugène Savitzkaya

Le poème du jour, de cet auteur belge né en 1955, écoutez plutôt :

AIGLE ET POISSON


En l'air, sur saturne, sur les images neuf fois,
sur la bouche, sur le ventre, sur le feu levé,
il cracha comme le jet d'eau, poivre, écailles
et pollen, le jus avalé, le premier pépin explosé

 

brûlant les truies et colorant les saumons, sale,
soufré, gonflé et vide, cracha sur le toit, cils
chargés de couleur noire, cul taché buvant le
miel de la lumière de l'eau, et main sainte dans

 

la poche sacrée, tiède, aspergé, toujours vaincu,
paumes et seins plats, vieilli, flétri, mort
avec moi, avec les ombres du tilleul, à la tête
de cuivre, menthe, fleur coulant disparue, trou

 

dans la rivière et dans le mur de briques, à
travers la maison et sur le ciel, sur le pélican,
les tuyaux transparents, le coeur d'angélique,
la roue mélangeant le lac, les oreilles et les

 

sabots du monstre, le mouton rouge, le nuage du
soleil piqué et tombé, le plat de noix et de
cervelles à l'intérieur du grenier et l'escarpolette
du tailleur, par-dessus le bulbe de pierre et

 

d'excrément bleu, crachat de l'ange fouetté,
chiure de frayeur, semence de mouette ou d'aigle
chasseur, fontaine blanche et généreuse, tremble,
troène et saule, chaux éteinte sur les feuilles

 

et les os, éclaboussant de perles, de cristaux,
de poudre, poudrant la toison, secouant chaque
rameau de l'arbre à peinture, sauteur bondissant,
ressort, langue habile sur l'or et sur l'argent,

 

vis sans fin dans la porteuse de mercure et dans
le marin masqué, entre les roues, entre les lèvres,
entre les soeurs, et cracha, cracha jusqu'au sang,
jusqu'à la bile.


                                         Eugène Savitzkaya

09:17 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

30/01/2016

Un poème d'Alain Jouffroy à Diérèse (1928-2015)

     Alain Jouffroy, prix Goncourt de la poésie 2007 pour l'ensemble de son oeuvre, a adressé à Diérèse en 2002 cette carte postale, avec au verso un poème : "A Gorgias", qui sera imprimé dans le numéro 19 de la revue (octobre 2002) avant d'être repris chez Gallimard, in Vies précédé de Les Mots et moi (2003). Aux curieux de comparer cette version avec la définitive. DM

JOUFFROY 1.jpg

 

jouffroy 2.jpg 

                                 A Gorgias

                   Mais non ! – Qu’est-ce que c’est

                           qu’ça, la nécessité ?

                   Anankhé ?

                   Et toi, allez, qu’infuses-tu

                           dans la théologie,

                   Aléthéia ?

 

                   Pendant ce temps-là,

                   De question en question posées,

                   La vérité a foutu le camp.

 

                  En finira-t-on jamais,

                   avec Platon ?

 

                                           Alain Jouffroy

01:14 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

29/01/2016

André Miguel, poète et plasticien

 Né à Ransart le 30 décembre 1920, écrivain belge d'expression française, André Miguel nous a quittés en 2008, laissant une oeuvre importante, encore insuffisamment reconnue. En poésie, citons Orphée et les Argonautes (1949), Fables de la nuit (1966), Boule androgyne (1972), Oeil immense (1977), Parler au dédale (1978)... Prosateur, Miguel est notamment l'auteur de L'Oiseau vespasien (1977).

Pour les lecteurs de ce blog, voici l'un de ses Talismans, qu'il a illustré, comme de juste :

 

 MIGUEL BLOG.jpg

 

 

MIGUEL BLOG II.jpg

                                   Talismans

 

                   J’ai demandé ce qu’elle sentait

                   Peluche des peaux

                   J’ai demandé ce qu’elle touchait

                   Bois dur des os

 

                   Le noyer mange champignon de nuages

                   Voue le vent à vos feuillages

                   Bouches-baisers

                   Je quitterai ce coin léger

                   Pour des étangs de feu couché

                   Car il me plaît d’être séché

                   Aux ongles aux os

 

                   Un épi de maïs vaut bien un doigt

                          de main

                   A mes rétines et à ma langue

                   A conquérir un arpent

                   A boire des aubergines

                   A mâcher pêcher

 

                                                  André Miguel

16:35 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)