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13/11/2018

A bâtons rompus

1.

Pour qui sait infaillible l'espoir
Les bâtiments de briques enchevêtrées
Proches autant qu'évanescents
Après l'arête vive des talus
La trame des intrigues tissées
Au feu d'autres avènements


2.

La nue plus fluide à mesure offerte
Aux lieux-dits de hasard
Par les corps éveillés
Au cœur de l'éclaircie
Du courant vert immatériel
Dans les éclaboussures des feuillus


3.

Là entre les doigts de sable follement
En lui-même transparaît
La langue des roseaux et tu chantes
La vie comme la mort
L'indocile essaim faufilé
S'étoile la saison
En son sein la somme dispersée


4.

Visitée par les claires humeurs végétales
Le galon d'humus des eaux du dessus
Où l'éther inscrit de nuit
Son filet arachnéen
Chuinte à l'oreille sa partition propre
Saignent sous les épines les pierres bleues


5.

Qu'aurais-je à prouver maintenant
La figure initiale de la folle églantine
L'espace courbe et
Les petites sources où boire
De-ci de-là sans compter
Depuis l'embrasure comme incarcéré


6.

Qu'aurais-je à dire de plus
A peine retient-on des choses leur parure
J'ai relu Saint-Amant très tôt ce matin
Son éloge du vers luisant
Il n'y avait rien que le silence
Pour illustrer le vermillon de la balustrade
Pour repeindre de neuf mes premières amours


7.

J'ai rêvé comme vous d'un monde
Sous les apparences devine-t-on encor
l'indécis et gris murmure de la campagne
Qui s'éveille et ce souffle rauque du premier train
Toujours plus loin presque un mensonge
Dis-moi oui pourquoi se trahit-on
Si aisément aux quatre coins
D'un horizon de pièces rapportées


8.

De droite à gauche le sel crissé des touffes
Te donnent soif cette fabrique d'indicible
A l'ouïe prolongée de rien en rien
Au même retour de la répétition
A bâtons rompus un fond
De terre brûlée de passions de mémoire
Sous nos pieds chaque durée rendue
A sa plus simple expression


9.

Sans personne et sans la nacre
De l'infini intercepté
Certain tremblement des signes
Dans le miroir un adieu somptueux
Un bourdonnement de guêpes
Un souffle épars
Devant le jour de par la grande allée
Aux rameaux bas un peu confus


Daniel Martinez

09/11/2018

Le scuplteur Michael Jastram expose à la galerie Didier Devillez (Bruxelles) : du 17/11 au 15/12/2018

 

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Un sculpteur allemand né en 1953, digne de retenir toute votre attention...

07:23 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

07/11/2018

Henri Michaux, avant le grand sommeil

Emportez-moi

 

Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.


Dans l'attelage d'un autre âge.

Dans le velours trompeur de la neige.

Dans l'haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.


Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.


Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.


Henri Michaux

______

On peut retrouver ce poème page 502 du volume des Œuvres complètes de Henri Michaux, Tome 1 ( Bibliothèque de la pléiade, Gallimard )


Nota bene : Baudelairien d'esprit, il s'agit là, assurément, d'un poème qui compte, au regard de la littérature. "Emportez-moi" renvoie à cette période intense et difficile de la vie du poète (vous pouvez consulter utilement sur le sujet mon blog à la rubrique "Henri Michaux", ce qu'a écrit Maurice Nadeau par exemple), période donc qui a précédé son entrée reconnue dans le monde des Lettres. Sans pour autant effacer jamais une dimension de retrait, essentielle, amplifiée par la répétition de la préposition "dans" en début de vers.
... En revenant aux propos du poète dans la note précédente, qui ont choqué certains, Henri Michaux a-t-il voulu ici faire œuvre ? Certainement pas. Comme chez un Paul Klee qu'il admirait, c'est d'une musique intérieure que tout part, d'un refrain lancinant où les motifs s'agrègent à mesure les uns aux autres et viennent illustrer tout à la fois les pensées-émotions du scripteur. C'est presque d'une compensation affective que l'on devrait parler, servie par la majesté d'une langue qui dit l'essentiel sans jamais forcer l'effet.
Ajoutons ceci : les faiseurs en poésie, malheureusement, abondent, soutenus parfois par les acteurs culturels et des éditeurs pas si indépendants que cela. Or créer échappe à l'entendement simple qui nous tient lieu de cadre dans l'ordinaire des jours. Bricoler des mots, "ces collants partenaires", ne conduit pas au poème, mais tient plutôt de la contrefaçon. C'est cette dimension absente et retrouvée que Michaux appelait de ses vœux, cette ouverture du champ intérieur qui d'abord lui importait. Et la forme empruntée magnifie ce qui à l'origine ne tient qu'à un fil, jailli comme par enchantement du terreau initial. Son échappée. Fi des cartésiens.

Amitiés partagées, Daniel Martinez