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17/06/2019

Ode à l'été

Quand l'ombre devient blanche
et que les mots qui l'accompagnent prennent forme de voix
il reste aux eaux de l'aurore à se disperser
sur le pas de ta porte le moindre don des choses
brille dans l'espace essentiel


Et la main qui se tend
et les doigts qui se meuvent recueillent
les rayons les font avancer au centre de l'été
les branches sans compter s'arrondissent
elles posent sur la blessure le doigt de la chimère
les heures ne comptent plus lorsque le temps s'écarte
et nous laisse passer          Un enfant t'appelait


Est-ce toi que je vois
là où fume le sentier rédimé
cette fiction de soi quand ton corps
n'aurait pas plus de poids que les brindilles de tamaris
à tes pieds ramassés au sein d'un immense hasard
qui est aussi immense finalité


Tu te racontes un songe et ne savais alors

combien le monde est vil et les étoiles lentes
à paraître au sein de l'infini
les pierres prennent la pose
elles grattent le sol syllabe après syllabe
le désir de dire ainsi se projetait
et chaque brin de vie mourait en solitude


Ce fut là ta métamorphose
sur la grève sablonneuse de la cour
des grenadiers tout de bois fibreux
offraient au visiteur leurs fruits
ouverts d'eux-mêmes
çà et là les torsions invisibles
qui malmènent continûment ton âme

Daniel Martinez

09:38 Publié dans Variations | Lien permanent | Commentaires (0)

16/06/2019

Écrire, pour Blaise Cendrars (1887-1961)

De Frédéric Sauser, Frédéric-Jacques Temple qui fut son ami parlera comme de "cette voix qui restera parmi les plus humaines, les plus singulières et les plus fortes qui aient retenti dans notre époque pour proclamer que "la sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé et aimer encore le monde". Le contraire du pessimisme, de l'absurde et de l'abandon."


Écrire


Ma machine bat en cadence
Elle sonne au bout de chaque ligne
Les engrenages grasseyent
De temps en temps je me renverse dans mon fauteuil de jonc et je lâche une grosse bouffée de fumée
Ma cigarette est toujours allumée
J'entends alors le bruit des vagues
Les gargouillements de l'eau étranglée dans la tuyauterie du lavabo
Je me lève et trempe ma main
Ou je me parfume
J'ai voilé le miroir de l'armoire à glace pour ne pas me voir écrire
Le hublot est une rondelle de soleil
Quand je pense
Il résonne comme la peau d'un tambour et parle fort


Blaise Cendrars, in Feuilles de route
avec 8 dessins de Tarsila do Amaral. Paris, Au Sans Pareil, 1924.

18:00 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

15/06/2019

"Que représente la poésie pour vous, Jean-Pierre Colombi ?"

Chacun se voit s’éloigner de soi plus vite qu’il n’a les moyens de le dire. Voilà pourquoi je me suis proposé d’écrire des poèmes. Je voulais produire par l’effet des mots à la fois la substance d’un apaisement et le modèle d’une action. Il me semblait que nous n’étions jamais si loin que ça d’une vie moins dérisoire. Cette vie, je ne l’imaginais pas sans imperfections mais je croyais que nous pouvions ne pas lui en ajouter d’autres par notre aveuglement.
Dans un poème, les mots montrent d’une part exactement ce qu’ils disent et de l’autre tout ce qu’ils peuvent dire. Je pensais que, dans le déploiement de cette sorte de polarisation, l’esprit trouvait sa première liberté en même temps que l’image formelle des mondes viables. Je le crois toujours.
Je crois que c’est de là que l’esprit tient ce qu’il est. Par presque rien. Quelques lignes lues en silence ou apprises puis récitées. Ce qui se perpétue alors se transmet, et ce sont là des signes de re-connaissance.

Jean-Pierre Colombi

 

            Un peu de beauté pure
            entre le mur et moi
            pendant que je le longe
            et tout me semble clair

            quand je l'ai reconnue
            On dirait une odeur
            où la pensée se perd
            et laisse dans le vide

            Peut-être si le cœur
            ou ce qu'on nomme ainsi
            brûlait entièrement
            au moment de s'éteindre

            il aurait la couleur
            blanche de ce parfum
            de tout sur ma mémoire
            où elle s'est perdue


Jean-Pierre Colombi
Allégories de l'automne et des autres saisons,
éditions Gallimard, 15 avril 1985