241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/07/2019

Un poème d'André Breton (1896-1966)

ÉCOUTE AU COQUILLAGE


Je n'avais pas commencé à te voir tu étais AUBE *

Rien n'était dévoilé
Toutes les barques se berçaient sur le rivage
Dénouant les faveurs (tu sais) de ces boîtes de dragées
Roses et blanches entre lesquelles ambule une navette d'argent
Et moi je t'ai nommé Aube en tremblant

Dix ans après
Je te retrouve dans la fleur tropicale
Qui s'ouvre à minuit
Un seul cristal de neige qui déborderait la coupe de tes deux mains
On l'appelle à la Martinique la fleur du bal
Elle et toi vous vous partagez le mystère de l'existence
Le premier grain de rosée devançant de loin tous les autres
         follement irisé contenant tout

Je vois ce qui m'est caché à tout jamais
Quand tu dors dans la clairière de ton bras sous les papillons
         de tes cheveux

Et quand tu renais du phénix de ta source
Dans la menthe de la mémoire
De la moire énigmatique de la ressemblance dans un miroir
         sans fond
Tirant l'épingle de ce qu'on ne verra qu'une fois
Dans mon cœur toutes les ailes du milkweed
Frêtent ce que tu me dis

Tu portes une robe d'été que tu ne te connais pas
presque immatérielle elle est constellée en tous sens d'aimants
         en fer à cheval d'un beau rouge minium à pieds bleus


                                                André Breton
                                                Sur mer, 1946

* Aube Elléouët, née Aube Breton est fille d'André Breton et de Jacqueline Lamba.

28/07/2019

L'arbre et la forêt

J'ai fait, sous votre œil attentif un rapide tour d'horizon du futur numéro 77 de Diérèse (tous les participants ne sont pas cités, mais diable je n'ai pu aller plus loin).
Vos messages, vos lettres, après chaque livraison me sont d'un réel réconfort. Car la poésie, c'est aussi, avant tout dirai-je, un lieu d'échanges, témoignant de la vie dans ses manifestations, heureuses ou malheureuses, quelle que soit notre condition ou le regard que porte sur nous les relais institutionnels, pas toujours inspirés dans leurs choix. Mais qu'importe : le plus important n'est-il pas de créer et de défier ainsi ceux qui avec infiniment plus de moyens, dans telle ou telle publication subventionnée, ne nous donnent à lire que d'indigestes travaux de laboratoire ? Poésie in vivo, poésie in vitro : les deux plateaux de la balance ; et vous n'êtes pas sans savoir de quel côté penche mon cœur. Merci de ne pas voir ici une démarche populiste, opposée à mes conceptions, à mon ouverture sur le monde, sur l'étranger à accueillir et la haine commune à bannir ; il suffit de vous reporter au sommaire de chaque numéro pour vous en assurer.
Assurément : par quelque côté qu'on l'observe, notre époque est terrible. Dans son obstination à répéter toujours les mêmes erreurs, quel que soit le prix à payer, qui pourrait être in fine la mort de l'humanité... Le message des poètes dépasse toutes les conventions et l'indéniable vitalité du substrat poétique joue contre les forces de mort, à l’œuvre parmi nous, pour le pire. Que notre regard se porte sur le meilleur.

J'ai choisi pour vous aujourd'hui de partir d'une fable : de La Fontaine, précisément. En imaginant un dialogue entre le chêne et le roseau, Jean de La Fontaine montre qu'il s'agit bien de deux individualistes - on pourrait même dire de deux vieux célibataires, si ces mots n'abusaient. La malignité du moraliste et l'humour du poète... cachent la forêt sous un aimable anthropomorphisme, mais sans avoir tellement tort au regard de la réalité, en dehors des variations morales.
Dans sa forme d'origine, la forêt se présente comme la réunion naturelle de certains végétaux qui vivent en association. Les membres les plus caractéristiques de cette sorte de communauté sont les grands et vieux arbres dont les branches principales peuvent devenir aussi grosses et solides que le tronc. Habituellement, ils dominent des taillis et un sol recouvert depuis longtemps d'un tapis d'herbes et de mousses - sans oublier les champignons qui, dépourvus de chlorophylle, apparaissent justement là où abondent les mousses.
Tout concourt à être, à condition que l'on veuille bien s'en aviser, je veux dire par là : sans se voiler les yeux ou s'en laver les mains. Je vous laisse... Merci pour votre écoute, depuis votre lieu de vacances ou chez vous, face à votre ordinateur, l'un n'excluant pas l'autre. A bientôt. Amitiés partagées, Daniel Martinez

10:26 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

Claude Albarède sera des nôtres in Diérèse 77

Entames

 

            Œuvre de poésie

            qui déchire ou attache

            en s’éloignant

            rapproche.

 

            Œuvre en cours d’effusion

            effleurements griffures

            la source mord la pierre

 

            Là un chemin s’échappe

            une fissure exprime

            ce qui viendra peut-être

 

            après l’entame écrite.

 

Claude Albarède