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19/07/2019

Pas à pas, sur le chemin de Diérèse 77 : avec pour commencer des traductions inédites de prosèmes de Katherine Mansfield, transposés par Lionel-Edouard Martin

Les poèmes en prose de Katherine Mansfield (1888-1923) sont à l'évidence de remarquables compositions qui échappent à toutes les modes langagières de nos jours. Quintessence de l’œuvre de cette auteure, enterrée en Seine-et-Marne, au cimetière d'Avon, pas si loin que cela du siège de Diérèse. Écoutez plutôt :

 

Aux jardins botaniques

 

... Surplombant la haie une longue rangée de choux-palmistes. J’y porte le regard et tout-à-coup la haie verte est une portée musicale et les choux palmistes, tantôt hauts, tantôt bas, sont devenus un agencement de notes – une mélodie bizarre, psalmodiante, indigène.
Dans l’enceinte, les fleurs printanières sont presque trop belles – une superbe étendue de primevères qu’on croirait d’écume. M’y penchant : l’air qu’elles parfument a la lourdeur et le sucré du foin, du lait bourru et des baisers d’enfants ; et, plus loin, la merveille lumineuse, ensoleillée, d’un carillon de jonquilles.
Devant moi deux superbes touffes de rhododendrons. Sur fond de sombres, larges feuilles, les fleurs telles des flammes s’érigent en tremblant dans l’air coi, la coupe rose perle d’un magnolia pend délicate au rameau gris.
Partout ce sont bouquets de pensées bleu porcelaine de Chine, brumes de myosotis, écheveaux d’anémones...

 

Katherine Mansfield

BLOG MANSFIELD.jpg

photographie de Guomei Chen

Les dessins du peintre Pierre Tal Coat (1905-1985) opus I

On sait que Pierre Tal Coat fut remarqué par André du Bouchet qui lui consacra un livre : Cendre tirant sur le bleu, éditions Clivages, 1986, livre dont je vous conseille la lecture (tirage : 450 ex + 50 ex. HC). La rétrospective d'importance de toutes ses œuvres sur papier fut organisée par la Bibliothèque nationale de France du 15 février au 2 mai 1999.
Jean-Luc Gall a signé à cette occasion l'article qui suit :

 

"Né breton en 1905, Pierre Jacob, sous le pseudonyme de Tal Coat, débute dans le milieu artistique du Paris des années 30. Dès sa première exposition personnelle en 1926, il est pressenti comme l'un des talents les plus prometteurs de la nouvelle génération de peintres.

A l'entrée de l'exposition qu'avait organisé la Bibliothèque nationale au premier semestre de l'année 1999, figurait un autoportrait de 1932 au regard attachant parmi plusieurs dessins de la figure humaine. Un portrait au fusain de Gertrude Stein au modelé quasi sculptural imposait une présence massive du corps. Impression démentie par la proximité d'un dessin inspiré par la guerre civile espagnole qui donnera lieu, en peinture, à plusieurs scènes de "Massacres".

Démobilisé en 1940, Tal Coat trouve refuge à Aix. Ébloui par son séjour dans la région, une véritable mutation s'opère en lui. Au cours de l'exposition, on passait brusquement d'une série d'eaux-fortes rageuses : "Corrida", "le viol", et autres scènes érotiques..., à un sujet intitulé "Profils sous l'eau" décliné au fusain et à l'huile. Des dessins à l'encre de Chine dont l'emblématique "Aquarium" confirmaient la nouvelle orientation du peintre.

Il avait en effet renoncé à maîtriser le contour de la forme pour éprouver une intuition nouvelle, celle d'une élémentaire mouvance du monde. A ce titre "Éléments de nature" un recueil de lithographies publié en 1949, fait figure de manifeste esthétique. Initié à la gravure dès 1943, c'est surtout à partir de 1970, à l'occasion de sa rencontre avec les membres de l'atelier de Saint-Prex en Suisse, que Tal Coat grave avec persévérance...

Jean-Luc Gall

12:29 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

Les dessins du peintre Pierre Tal Coat (1905-1985) opus II

... Entouré de remarquables praticiens, il publie en 1971 son "Almanach" gravé à l'aquatinte. Par la suite, il mobilisera régulièrement l'atelier dans une incessante remise en jeu de la création car pour lui, il n'est pas d'épreuve définitive en gravure. "Acide", aquatinte et burin de 1980, présentée selon cinq états successifs, est l'illustration la plus convaincante du titre de l'exposition. Attentif au support de l'impression, sensible à son expansion limitée.

Tal Coat concentre son geste en misant sur l'énergie dégagée par la blancheur du papier. D'où l'aspect un peu déroutant de ces gravures réservées, pour ainsi dire. On aurait tort, cependant, d'y voir une ascèse du regard, la tentation Zen de céder à une attirance du vide. C'est bien plutôt une sensation de plénitude qui émane de ces œuvres sur papier.

La plus belle démonstration en est donnée par les ouvrages publiés en collaboration avec le poète André du Bouchet. Il faut voir déployées les pages du livre intitulé "Laisses" (1975) pour constater combien se réalise là une parfaite osmose entre la parole et le geste, entre l'écrit et le voir.

Pendant ses séjours à Saint-Prex, Tal Coat grave une multitude de sujets familiers. Exposé en fin de parcours, le "Bestiaire", publié l'année de sa mort en 1985, forme un ultime recueil animalier parmi quantités d'eaux-fortes ou de pointes sèches dont beaucoup resteront inédites.

En marge du "Bestiaire", deux planches tirées spécialement pour l'exposition, rassemblent plusieurs plaques sur un sujet qui passionnait Tal Coat : le vol des oiseaux. Ces ultimes battements d'ailes expriment avec une force évidente, le désir d'envol de quelqu'un que motivait par ailleurs, avec certitude, une vigoureuse attraction terrestre.

Jean-Luc Gall

12:28 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)