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21/10/2019

Les "Sonnets" de William Shakespeare

CXXX

My mistress' eyes are nothing like the sun ;
Coral is far more red than her lips' red :
If snow be white, why then her breasts are dun ;
If hairs be wires, black wires grow on her head.
I have seen roses damask'd, red and white,
But no such roses see I in her cheeks ;
And in some perfumes is there more delight
Than in the breath that from my mistress reeks.
I love to hear her speak, yet well I know
That music hath a far more pleasing sound :
I grant I never saw a goddess go, -
My mistress, when she walks, treads on the ground :
     And yet, by heaven, I think my love as rare
     As any she belied with false compare.


William Shakespeare

*

Les yeux de ma maîtresse, du soleil n'ont rien ;
Plus rouge est le corail que n'est rouge sa bouche ;
Pourquoi, si neige est blanche, a-t-elle les seins bruns ?
Cheveux sont-ils des fils ? Fils noirs sur son front poussent.


J'ai vu des roses de Damas, rouges et blanches,
Mais, sur ses joues, ne vois ces roses-là fleurir
Et plus suave odeur ont certaines essences
Que l'haleine exhalée par elle en un soupir.


J'aime entendre sa voix et pourtant je sais bien
Que la musique a de plus belles harmonies ;
Jamais n'ai vu marcher déesse, j'en conviens -
Ma maîtresse en marchant sur la terre s'appuie.


Cependant, par le ciel, plus rare est mon amie

Qu'aucune à se griser de fausse analogie.

          traduction de Jean Rousselot

*

Les yeux de mon amante n'ont rien du soleil.
Le rouge de ses lèvres n'est pas le corail.
Si neige est blanche, et de soie le cheveu, le sien
pousse noir sur sa tête et elle a brun le sein.


J'ai vu les roses peintes de toutes les couleurs,
Mais nulle de ces roses sur sa joue n'aie vue.
J'ai senti des parfums de loin plus enchanteurs
Que celui de ma mie, quand son haleine pue.


J'aime le son de son parler ; pourtant je sais
De plus belles musiques prêtes à me plaire.
Jamais, j'avoue, n'ai vu déesse aller à pied ;
Le pas de mon amante foule bien la terre.


Mais par le ciel enfin ! je la tiens pour meilleure
qu'une autre qui se farde de blasons menteurs.

          traduction de Cédric Demangeot

23:19 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

Francis Danemark

Minuit et la mer

 

Et me voilà à l'endroit du rendez-vous, face à la mer qui palpite doucement comme le cœur immense et lourd d'un animal ancien. Il est minuit. Ou une autre heure de la nuit, je n'en sais rien. J'ai jeté ma montre, et le bruit des vagues a englouti celui du mince morceau de métal quand il a touché la surface de l'eau.
Je suis au rendez-vous, et peu importe l'heure. Je me suis trompé, sans doute, et de bien trop d'années. Je le sais mais je suis venu, malgré tout. Pour la mer peut-être.
A bien l'écouter, je la devine prête à charger. Lente et calme, en attendant. Je reste là, dans l'obscurité, rassuré par la présence de mille millions de litres de nitro temporairement apprivoisés. Tout est tranquille. Il n'y aura pas de mouvement brusque cette nuit.
Je suis au rendez-vous, au bord de la mer. J'écoute la terre qui tourne au ralenti et mon cœur minuscule qui bat quelque part, sous le bruit souple des vagues.

 

Francis Danemark
La tombe d'un jeu d'enfant
Cadex éditions, 1995

08:04 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

20/10/2019

De l'apparence

Au pied de l'aveugle cloison où se résout la ronde des étoiles, amies du diamant et de la lampe, le scintillement figé de leur dernière image va disparaissant dessous les limbes du matin. Dans l'immobilité des choses, écoute respirer la vigne vierge grimpant sur les volets entrouverts. Là, le jardin d'autrefois se déclare, il a tes yeux, il a ta voix, dans le même mouvement se donne et s'éloigne, se dessine et nous dessaisit. Sur quel envers ou quel bord invisible ?
Des ombres passent, et c'est encore cette sensation d'une parole qui ne serait pas la tienne, empreintes des syllabes longues de l'espace. Il est un faisceau qui les rassemblera : une main de neige, confondue aux lacis de l'écriture.
Devant la gravure d'une belle exilée, qui dans le mouvement du rideau fait signe. Dans la pièce où s'insinue, graduellement, l'écho d'une voix, prise dans la spirale d'une conque, tout contre l'oreille attentive.
Avec toujours l'impression de gravir un escalier sans fin, le sable aux pieds, encore tachés de mer. Dans un arrière-pays du regard, une brise fine rehausse l'ombellifère.

L'un à l'autre lisibles à cette heure, percent le dedans et le dehors.


Daniel Martinez

 

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