241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/07/2020

La zone grise : Journal du (dé)confinement X

Que dire de cette zone grise, qui recouvre les non-dits de la crise sanitaire mondiale, en passe de devenir pour le grand nombre une idée fixe, éclipsant tout le reste de l'actualité, nationale et internationale ? Certains y voient une possible amorce de l'extinction de l'espèce humaine - rien que ça ! D'autres, une nouvelle ère pour des États musclés qui pourront ainsi réguler à l'envi les libertés individuelles des masses en s'appuyant sur un pouvoir médical omniprésent, relayé par celui des laboratoires. Ah, ça non, eux ne chôment pas, mais tournent à plein régime. Il suffit de voir à l'heure actuelle les files de personnes qui se font tester pour un oui, pour un non et pour on se demande quelle raison au juste, puisque l’immunité une fois la maladie contractée n'est que provisoire. Et j'allais oublier, dans ce Grand Bal Masqué estival, les médias, télévisuels ou autres, pour orchestrer le tout, au propre et au figuré.

Tiens, à propos de victimes, quid du traitement des malades en ehpads pendant le premier confinement ? J'en discutais avec Olivier : il travaille pour une mairie du Maine-et-Loire et s'étonnait du nombre de morts dans ces établissements qui auraient dû être protégés des visites extérieures. Précisément, comment ces contaminations, a priori en vases clos, ont-elles pu prendre une telle ampleur, si les consignes de départ avaient été respectées ? Je lui ai signifié qu'à Ozoir-la-Ferrière, il n'y avait à ce jour aucun mort à déplorer en ehpad ou établissements assimilés. A l'échelle hexagonale, c'est une autre musique.
Olivier : "Voilà ce que j'appelle la zone grise, une zone indéterminée ; comment mesurer par exemple le nombre de cas où dans les ehpads l'on a abrégé les souffrances des contaminés en les déclarant perdus d'avance ? En tout cas, une partie du personnel soignant s'est appuyée sur la nouvelle législation et personne, sauf toi peut-être, aurait l'impudence de le leur reprocher."
Moi : "Mais, avant le terme choisi par l'autorité médicale, informait-on les familles de la chose si je puis dire ?, et là, je ne te parle même pas des adieux légitimes que les proches de ceux que l'on allait envoyer ad patres avaient le droit de réclamer". Un ange passe.

"Tu sais, Olivier, je vais te conter une histoire. L'autre jour, un homme dans la rue de Reuilly m'apostrophe. "Ma femme est réanimatrice, c'est aujourd'hui le dernier jour pour demander une prolongation de son contrat. Pour éviter de trop attendre au guichet de la Poste, et comme elle est de garde, j'ai dû confectionner le recommandé contenant sa demande par Internet ; pourriez-vous me prêter votre smartphone pour que je photographie ce pli, n'ayant pas de preuve de dépôt ? Je lui ai prêté bien volontiers mon portable, il a ensuite pu transférer la photo sur son PC. Avant de se quitter, et pour me remercier : "Merci infiniment, Monsieur, vous êtes une bombe atomique !", ne se doutant pas que c'était pour moi une manière d'insulte."

... A la réflexion, cet empressement autour d'un contrat pour un service de réanimation, comment dire ?, m'a quelque peu gêné, par principe. Et puis je me suis dit que décidément je voyais le mal partout. Nenni, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !
Vanessa de Pizzol, qui tient avec Andrea Genovese un journal poétique en ligne, Belvédère, dont le numéro 59 traite du sujet, fait partie comme votre serviteur de ces sceptiques, pour qui l'excès de malheur en deviendrait donc le remède ? Elle m'écrit : "on a l’impression de vivre un apartheid de la pensée qui se double d’un apartheid masqué/non masqué..." La peur de la mort conçue comme une ligne de vie, nouvelle façon d'oublier que l'on ne construit rien de solide sans prendre le risque d'être, quel que soit le contexte, quel que soit le danger. C'est avec la réalité qu'il faut jouer, non avec l'image que l'on se fait d'elle, dans un miroir aux anamorphoses.


Daniel Martinez

08:24 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

19/07/2020

Au bal masqué !

S'il est vrai que je ne suis pas médecin ni aide-soignant, au milieu du feuillage remuant des êtres et des choses (ou des êtres que chosifie la cause médicale) je dois avouer avoir bien du mal à retrouver mon chemin ! J'en vois ici ou là conduire masqués vitres fermées, des touristes dans le métro buvant un petit coup en ayant relevé leur protection salivaire sur le nez, des badauds déambuler en pleine rue le masque ne couvrant que la bouche, d'autres le portant en mentonnière, d'autres à l'oreille gauche ou droite selon ; et puis les plus inventifs, aux tissus colorés, avec une truffe ébène à la place du nez, des Mickeys, des Schtroumpfs, des Spiderwomen, des Spidermen new generation, des jungles miniatures, etc, en devanture. Pas encore de masques vénitiens, c'est dommage, vraiment. En les adaptant un peu, ils devraient pouvoir faire l'affaire.

Ce lundi, il me faudra travailler masqué, sans climatisation (morituri te salutant !) ; certes je serai loin d'être le seul concerné par la chose, maigre consolation... Tiens, on reparle du paludisme en Afrique. 8 115 personnes tuées par le Covid-19 sur ce continent contre 380 000 Africains victimes en 2018 du paludisme ; boutade, va-t-on leur interdire la chloroquine ?... Du coup, plus personne ne parle plus du professeur Raoult, lui faisant mention du taux de létalité dans la population contaminée ; les gouvernants eux, du taux de mortalité général, beaucoup plus avantageux pour la sphère statisticienne. C'est de bonne guerre.

Tout se mêle, s'interpénètre. Frontière devenue poreuse entre animaux domestiques et sauvages, ceux-ci peu à peu chassés de leurs aires de vie, braconnés, etc, par le plus grand des prédateurs, l'homme. Le serpent se mord la queue. La science pour le moment montre son impuissance. Prévenir au lieu de guérir, on n'y coupe pas. On m'objectera donc que le masque est la meilleure des préventions, exact, une fois que le mal est fait et sachant que le ridicule ne tue pas. C'est déjà ça ! Tout près de moi, une guêpe piégée contre la vitre croit toucher le dehors, baigné d'ombres bleues. De même nous croyons ces temps-ci toucher le dehors ; ce ne sont que des taches étoilées sur le sol, reflets de la nuit passée.

 

Daniel Martinez

10:39 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2020

"Journal espace", Isabelle Couraudon, éditions Ressacs, avril 1983, 104 pages, 30 F

11 mars


J'ai bu du vin chaud qui met feu à mes joues.


Le bois craque dans la cheminée aux faïences turquoise où je me coule.


Nous sommes arrivés sous la neige, lourdement chargés de bois, de pierres et d'une poignée d'herbes parfumées. Le vent du Nord soufflait, nous avions traversé un ruisseau gelé, marché sur la terre dure, les cailloux. Tu avais coupé du bois et nous allions nous réchauffer et nous reposer dans le mas en ruine avec sa plate-forme pour danser dans les herbes pointues...


     alors j'ai vu la neige s'approcher fleur après fleur, douce, puis chassée durement par le vent.


Dans le mas, un voile de tiédeur s'étirait ; il s'était mis à neiger plus fort, tout droit en direction des montagnes. J'ai entendu la flûte au loin, le chien qui aboyait ; les flocons passaient devant l'entrée sans porte de la maison et j'étais assise sur l'herbe.


Là-bas, tes doigts glacés jouaient avec la neige sur un pipeau. Le chien m'a léché les mains et il neigeait, il faisait chaud, je ne dormais pas. La neige tourbillonnait peut-être - je ne sais pas bien - tout a dansé devant mes yeux, tu avais des gouttes chatoyantes accrochées à ta barbe, des fleurs de cristal, de velours, tout a dansé - mes mains engourdies - je n'ai pas eu la force de ne plus voir les flocons, ou de les voir sans frissons...

 

Isabelle Couraudon

10:13 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)