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15/08/2018

Epilogue : Repérages Diérèse 52/53

Naturellement, l'aventure ne faisait que commencer, j'entends celle qui devait présider à la naissance de ce numéro qui reçut un franc succès auprès du lectorat. Des demandes continuent à me parvenir, dernièrement celle d'un analyste ; le travail qui a été effectué ensuite, par Isabelle Lévesque et moi-même, a été rondement mené. Jacques Ancet fut le premier à répondre favorablement à notre demande de participation...
Ceci étant, pourquoi ne pas ajouter dans la foulée que le milieu revuistique est souvent mais pas toujours un milieu plutôt cadenassé, où prédominent les relations directes entre tel et tel, suggérées par tel ou tel, on n'en sort pas ou difficilement. Je ne parle même pas des présupposés idéologiques, qui font florès. Personnellement, je me moque comme d'une guigne de ce qui fait passer la littérature au second plan, avec les "meilleures" intentions du monde. Bien entendu, il s'agit de respecter le cadre légal, qui prohibe à juste titre les propos racistes ou antisémites. Ceci étant, la personne qui m'écrit en demandant : "Si je suis publié dans Diérèse, aux côtés de qui figurerai-je ? ; ou : aurai-je mon nom en couverture" se survalorise et se dévalorise dans le même temps à mes yeux. Ce ne sont pas des exemples que j'invente, ce sont des questions qui m'ont été posées.

Je n'entends pas changer complètement les règles du "jeu", mais réduire autant que faire se peut ces travers à leur portion congrue. Ce fut le cas avec la redécouverte de ce poète d'importance que fut Thierry Metz, comme avec bien d'autres. Et terminerai par un extrait, signé Raymond Bordes (un pseudo et qui n'est pas à proprement parler celui d'un auteur), publié in Diérèse 52/53 : "Il se taisait, et moi je souriais. Peut-être j'avais trouvé un plus tragique, un plus décalé, plus dérisoire, plus étranger que moi.
Un qui ne riait pas.
Au bout d'un long moment, j'ai dit : "Alors tu fais le manut', puisque tu ne fais plus de sport*, et le soir, chez toi, tu bûches la mythologie grecque ?..." "Et j'écris" a-t-il ajouté." Première publication par la librairie Quesseveur à Agen, octobre 1998.
Belle journée à tous. Amitiés partagées, Daniel Martinez

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Thierry Metz fut (aussi) haltérophile.

16:56 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)

08/08/2018

Une dédicace des plus délicates

Pour la petite histoire : Pascal Quignard obtient le prix Goncourt en novembre 2002, pour l'essai intitulé Les Ombres errantes, au troisième tour de scrutin grâce au soutien d'Edmonde Charles-Roux et de François Nourissier et malgré la vive opposition de Jorge Semprun qui, fait exceptionnel, se désolidarise du choix du jury après la proclamation des résultats.

Quant à moi, je considère alors qu'il s'agit d'un bon livre, au-dessus de la production littéraire du moment, écrit par un auteur qui, à mon sentiment, pourrait être nobélisable, non pour L'Occupation américaine (médiocre ô combien) mais pour Le Salon du Wurtemberg, Le Sexe et l'effroi ou ce qui composera sa trilogie du Dernier royaume.
J'avais acheté dès sa sortie Les Ombres errantes et un SP m'avait été envoyé, concomitamment. Dans la foulée, j'expédiai par la poste directement à son domicile parisien (que je connaissais) ledit livre, pour une dédicace. Nous sommes au tout début du mois de décembre 2002. Pas de nouvelles... Ce n'est qu'en avril 2003 que je reçois Les Ombres errantes dédicacé, expédié depuis une machine à affranchir du VIe arrondissement de la capitale.

Le livre, envoyé à Quignard (un service de presse que je n'avais que feuilleté, à l'inverse de mon exemplaire acheté) est à présent bien marqué au dos (la reliure, comme on dit dans le métier, plutôt cassée, pour bien signifier qu'il avait été lu, voire relu jusqu'à plus soif). J'ouvre l'objet et découvre que ce littérateur a trouvé subtil sûrement de me le dédicacer précisément un vendredi 13 (pas de chance, n'étant pas superstitieux), sans aucun terme de politesse passe-partout comme un "cordialement", glissé avant la signature. [C'est pour votre serviteur un exemple unique il va sans dire, la raison même pour laquelle je vous scanne la page de garde, histoire d'en sourire ensemble, un tantinet].

... Avec le recul, qu'en penser ? Qu'un auteur est avant tout un homme ordinaire dans le commun des jours, susceptible comme tout un chacun dès que l'on met un pied dans son domaine réservé. Et d'autant plus que le prix que cet écrivain attendait mordicus aurait dû normalement lui échapper. Quant à la pertinence des choix de tel ou tel jury, est-il vraiment utile que je m'y attarde ?... Tout de même : "Il est certains auteurs que l'on ne devrait connaître que par leurs livres", me disait un galeriste d'Ixelles, qui a aussi publié quelques poètes. Je confirme. Amitiés partagées, Daniel Martinez

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20/07/2018

Paysage de montagne

A l'horizon tout proche, la beauté fraîche d'un vol hésitant - celui d'un papillon que je ne saurais nommer - aura valeur de prédiction. Offert au regard, propre à diffracter les harmonies, sinuant entre les plis de la main. Et, sous le courroux léger du vent, l'unité profonde du paysage s'impose alors. Le silence des laines ébouriffées près de l'étang.

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A peine aura-t-elle, quelques instants, caressé la braise d'un âge d'or disparu, perles de fièvre devenues de glace, dentelures de neige, moirures pérégrines. Au fil de la pente, suivant le mouvement de la vallée, cela qui survient, en de fines et blondes floraisons s'ajuste aux imperfections du relief, perçant le gouffre bleu.

 

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Des aconits violet pourpre, en nombre. Il n'est que de regretter d'avoir un corps, face à ces fleurs dont on sait le noble port.. Ce sont milliers d'yeux battant des cils, traces hiéroglyphiques déchiffrées à mesure, que la mathématique des sensations ordonne à la périphérie du Hasard. Du frémis de deux ailes embrassé, n'en retiens que l'invisible empreinte.

 

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L'ouvrage de la vie, sans cesse recommencé. Du mélèze ont chu de minuscules insectes rouges, en apprentissage de salut : par lequel la Nature trouve à établir ce qu'elle ignore avoir à exprimer, le grain ou le pigment d'une délicatesse fondue à la sensibilité de l'air.
L'espace est ce brouillard levé soudainement, entre les taches profondes des conifères.

 

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Sous la voussure d'un rocher haut, le dessin de quelques fraises sauvages, dont les touches vermillon annoncent la pleine maturité. Puis d'autres encore : et qui voudraient durer plus que les fruits sauvages d'une seule saison, plus qu'ils ne pourront jamais.

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Près du village de la Chapelle-d'Abondance, des cloches de bronze ou de fer tintent, absolues. A l'égal de l'air qui compose l'atmosphère, d'un quelque part au monde où le regard de l'autre laisserait poindre le sien propre, derrière la banalité des jours se dessine la furtive intuition d'un bonheur autour de quoi tournerait la Terre. D'un bonheur qui ne garderait de l'Histoire que son aptitude à nous fasciner, de loin en loin et par chacun de nos pas esquissé. Ici retrouvées son origine et sa force.

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Tout est là, amuï, réanimé par les canaux immobiles d'une vie minérale échappée d'interstices de la terre. Avalisant le transfert des âmes au repos.


Daniel Martinez

11:16 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)