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20/04/2017

Bestiaire : La Libellule, variations autour d'un dessin de Pacôme Yerma

Histoire de la Libellule

LIBELLULE.jpg

 

      Ainsi que langues de l'éther
      sur le ventre du coteau
      en l'alchimie lente
      que le profond déplace

      elle est larve aveugle
      mais libellule déjà
      brodée d'un jaune de Naples
      qui sonne comme un cristal

      Elle est celle
      que l'on approche d'un pas
      pour tenter de surprendre l'invisible
      reflété par le limbe des feuilles

     sous le flux dont Lucrèce parlait
     entré en résonance
     avec le monde de nos images
     Printemps est là irrésistiblement

     Celle dont les deux vies
     n'en font plus qu'une
     quand passant de l'état de larve
     à celui d'insecte ailé

     les deux éléments fusionnent
     par le nimbe d'une blessure
     d'où la Forme s'est extraite
     par alliances successives

     Là précisément
     à partir d'une ligne fixe
     la pellicule moirée de la peau
     se déchire graduellement    

      laissant échapper le thorax
      puis la tête avoisinante
      une sphère aux yeux globuleux
      pareillement les ailes se déplient

      à mesure se déploient
      éprouvent la pesanteur
      sous la diurne rosée
      tout un théâtre d'échanges

      Signet d'écume posé
      sur une tige de menthe
      ou faux mouvement
      de ce petit corps sec

      qui de sa hauteur nous devine
      dans les vapeurs de l'eau
      la Libellule fait trembler les vibrants atomes
      le halo de la pure conscience.

                                Daniel Martinez

      dessin à la mine de plomb de Pacôme Yerma

16:36 Publié dans Arts, Bestiaire | Lien permanent | Commentaires (0)

19/04/2017

"Amor", de Colette Fellous, 132 pages, éditions Gallimard

Graffiti vénitiens


L'écriture ébouriffée et expressive nous entraîne de vive main jusqu'à la dernière ligne. Les mots courent, bondissent, taisent presque tout, entourent les ellipses d'objets (les rues, les fleurs, les bêtes, les arbres, que les femmes - voyez Colette, pas Fellous, l'autre - savent écrire de façon tellement concrète, avec ce style semblable au corps d'un chat) doués d'une vie si attachante que l'on souhaite ne jamais plus les quitter. "Et très lentement, elle a enlevé ses lunettes noires, les a posées près de trois stylos sur la nappe. [...] L'encre noire serait pour Joseph, la violette pour Théo et la turquoise pour Gregor." Pour tous les trois, elle rédige la même lettre, mais : "Une poussière de secondes on a oublié de la suivre", et peut-être n'a-t-elle pas jeté les trois enveloppes dans la boîte. "Sur le pas de la porte, la marchande de chaussures la regardait, les bras croisés."

Voilà le lecteur parti à la suite de l'épistolière, plus que consentant, intrigué, anxieux, charmé. Il croise la vieille femme "essoufflée par le poids de son grand panier noir débordant d'artichauts", écoute "trois notes de saxo glissant tout au bord de la fenêtre, avec les branches d'un micocoulier qui se balançaient lentement...", rencontre "les yeux de la bédouine qui avait cherché, un été, à lire son destin à même le blanc de l'oeuf ou en comptant les noeuds d'un fil de lin..." Et ne demande qu'à le croire quand on lui explique : "C'était tout cela aussi, l'histoire d'Amor."

Car il y a une histoire d'Amor, quasiment non-dite, pas vue, à peine vécue, incomprise, mais tellement importante qu'elle structure tout le livre - ou plutôt l'empêche de se bâtir rationnellement, le disperse en mille éclats lumineux et tremblants. "Un merle échappé des buissons avait rejoint le sommet du réverbère et avait lancé son oeil inquiet vers le ciel, la femme de l'épicier kabyle rangeait les oranges maltaises dans de grands paniers et le chien argenté dormait devant la pharmacie."

Qu'est-ce donc, Amor, quelqu'un, quelque chose, le simple et facile anagramme de Roma, titre d'un précédent roman du même auteur ? Amor, c'est "un cercle", "un fil", il faut le trouver pour connaître du même coup le sens et la cohérence d'une vie. Mais l'a-t-elle trouvé, la femme aux trois lettres, au moment où cette soudaine brûlure à l'oeil la fait - peut-être - disparaître ?

Ce que nous savons, nous ne le dirons pas. Hormis ceci : on passe avec ce livre des heures cahotées mais non perdues. On admire les fragments de la mosaïque. Les défauts ? En parler serait gâcher un plaisir que les romans d'aujourd'hui ne délivrent pas si souvent.


                                                                                            Nicole Casanova

18/04/2017

La disparition de la civilisation maya

Il y a environ 3000 ans est née en Amérique centrale une très brillante civilisation, celle des Mayas. Elle connut un grand rayonnement lors de la période dite "classique", entre 250 et 900 après J.-C., avant de disparaître en un siècle, sans que l'on en connaisse exactement les raisons.

Plusieurs explications ont été avancées pour expliquer la fin brutale de ceux qu'un anthropologue a appelés les "Grecs du Nouveau Monde" : dégradation de l'environnement, épuisement des sols, modification du climat, contestation du pouvoir politique, guerres intestines. Des travaux, publiés dans le magazine scientifique Nature par trois chercheurs américains, apportent un argument de poids au scénario climatique.

David Hodell, Jason Curtis et Mark Brenner, à Gainesville (Floride) ont découvert, en effet, qu'une sécheresse prolongée est advenue entre l'an 800 et l'an 1000, au moment où débutait le déclin maya. Partant de l'hypothèse qu'une sécheresse provoque une évaporation importante qui, à son tour, se traduit, dans les sédiments, par une variation de la composition isotopique de l'oxygène et une augmentation de la proportion de gypse par rapport à la calcite, les trois hommes ont analysé une "carotte" de 4,9 mètres de profondeur prélevée dans les sédiments du lac Chichancanab ("petite mer" en maya), au centre de la péninsule du Yucatan, au Mexique.

Ils ont pu constater que, au cours des 8000 ans représentés sur cette carotte (de 6000 ans avant J.-C. à nos jours), le climat de la région était resté relativement stable et humide pendant 4000 ans, pour s'infléchir vers 1000 ans avant notre ère, et devenir franchement sec pendant deux siècles, à partir de 800 après J.-C.

Or cette sécheresse a dû avoir des conséquences catastrophiques pour les Mayas, qui pratiquaient l'agriculture intensive, en plus de l'agriculture sur brûlis. Leur savoir-faire dans ce domaine, leur capacité à faire des cultures en terrasses, drainer des marais et creuser des canaux d'irrigation leur a donc permis d'assurer l'approvisionnement des populations importantes de leurs villes, très peuplées à la fin de la période classique. Dès lors, le manque d'eau n'a pu que rompre gravement ce fragile équilibre.

                                                                            C. G.