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11/05/2017

Un grand poème

Qu'est-ce qui fait un grand poème ?, me demande-t-on. Relisez donc par exemple cette "Ecoute au coquillage", la dérive de la fleur tropicale à la fleur du bal : femme-fleur d'Odilon Redon, dans une renaissance qui flirte avec ce qui n'a pas de nom et que déploie l'éventail de nos émotions : "je t'ai nommée Aube en tremblant".
Dans un perpétuel clivage, assumé, entre l'insolite et le familier, le mystère de la fable ou la fable du mystère, "tirant l'épingle de ce qu'on ne verra qu'une fois", formule qui pourrait bien résumer si c'était possible l'esprit de ce poème où les affluents des vers, qui engendrent de nouveaux développements, reviennent ensuite sur ce qui aurait pu les séparer, au fil des vers. Pour redonner au corps du poème une unité implicite, brodant inconsciemment sur la formule rilkéenne : "Patience est tout" (Lettres à un jeune poète).
Quand tout l'art de Breton se nourrit d'une impatience justement, paradoxe porteur, qui patiemment reconstruit, tel que le ferait un bon analyste, ce qui eût pu s'effilocher, sans la main maîtresse du poète. C'est bien à un exercice d'admiration qu'il se livre là, mais sans rien de convenu... avec comme point de chute cet étonnant "rouge minium à pieds bleus." La mer, sans autre mémoire que celle que nous lui prêtons.  DM

03/05/2017

Dragon Bridge, à Da Nang (Viet Nam)

Dragon Bridge in Da Nang, Viet Nam..jpg

Bonsoir à toutes et à tous,

Si vous aimez l'insolite, voici un pont qui sort de l'ordinaire !, bien dans l'esprit asiatique : surmonté qu'il est d'un dragon de fer sorti de l'onde tandis que la nue elle-même vient à se charger de flammes...

28/02/2017

Du corps et de l'âme, du réel à l'image du réel

Le corps, le nôtre d'abord, n'est désirable que triomphant ; sa fragilité nous importune. Tout ce qui peut l'altérer nous inquiète. Les corps, il est vrai, n'ont plus tout à fait la même apparence que par le passé. Il y a sans doute autant de caliborgnons que naguère, mais moins de podagres. Les maladies changent aussi, comme les infirmités. Certaines ont disparu (personne n'a le visage crottu, comme chez Rousseau) ou se délocalisent, tandis que d'autres naissent ou reviennent.

Inséparables, le corps et l'âme vivent des relations troublantes. Si le ventre connaît la tribulation, le cœur devient humble ; s'il est bien soigné, la pensée s'enorgueillit, écrit Jean Climaque. Mais l'ascète n'est pas le seul à songer au "régime de vie" (à la diaieta). Et Nietzsche, qui rappelait que les grandes pensées viennent du corps, expliquait les travers de la philosophie allemande par l'abus de la bière, de la pomme de terre et de la choucroute !

On ne sait pas grand chose du corps de l'autre, si ce n'est d'ordinaire ce qu'il montre et ce qu'il en dit. Seulement des images... Les corps des siècles passés sont à jamais des énigmes. Il ne reste plus que la mise en scène du pathos : des sons, des images, des mots. Des sons, un peu comme les affetti dans la musique de Monteverdi. Ou des mots, encore  - par exemple chez Rousseau : "Combien de fois, m'arrêtant pour pleurer à mon aise, je me suis amusé à voir tomber mes larmes dans l'eau", mots qui font image tout à la fois.

Les visages eux-mêmes sont absents. Les pessimistes étant toujours pris au sérieux, les portraits accablants de Goya sont plus vraisemblables que les personnages de Fragonard. Il est difficile d'accepter qu'une part importante de la réalité, présente ou passée, nous échappe à jamais. Nous préférons saisir le réel selon nos images, et l'absenter aussi à travers les images. DM