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05/11/2015

Poèmes de la Résistance : Robert Desnos

Bonjour à toutes et à tous. La maquette du n°66 de Diérèse est en préparation ; avec la sortie pour les fêtes de fin d'année d'un nouveau livre aux éditions Les Deux-Siciles. Je ne puis donc alimenter le blog aussi régulièrement que je le voudrais pourtant... mais restez attentifs car c'est bien dans cet espace dédié que vous serez informés de l'à venir.

Pour aujourd'hui, la première version (inédite) d'un poème de Robert Desnos vous est donnée à lire, il s'agit de "Histoire d'une abeille", écrit en 1936 et publié en 1943, après remaniements, dans son recueil Etat de veille. Desnos s'était affilié au réseau "Agir", et, dans l'idée d'encourager à la Résistance, publia ce recueil en tirage restreint à 170 exemplaires (achevé le 28 avril 1943). Il y rassembla deux séries de poèmes, tous pouvant recevoir une double interprétation, certains écrits en 1936 mais remaniés pour l'occasion, et d'autres écrits en 1942 qui se ressentent de l'influence de Góngora et de Nerval. Je vous laisse comparer cette version retranscrite d'après manuscrit avec la finale, il va sans dire. Voici :

Histoire d'une abeille

         Quand il fut approvisionné
         De miel et de cire dure,
         Alors je l'ai quitté
         Dans le baiser d'une piqûre.


         Mais nul jamais ne fera sortir de sa mémoire
         Mon bourdonnement à moi, l'abeille.
         Jamais il ne voudra croire
         Aux mots pourris qu'on glisse dans l'oreille,
         Qu'on glisse sournoisement
         Dans l'oreille des enfants
         Avec la complicité des parents.


                                     Robert Desnos

20:28 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2015

Ramilles sous la paume

Les enfants des restes

                                     im Bernard Hreglich


Le temps n'est qu'une fable
Nous échouons tous disait-il sans cesse
aux minutes dégouttant
des venelles de l'enfance
sous les mains des drapiers l'étoffe caressée
le reste est oublié
un bourdon musical
le calice les sueurs de la fleur
saisons rites hérités
je suis là parmi les fins gravats tremblés
sous un brouillard de violettes
qui logent dans ton front
la vieille traversée

Le temps n'est qu'une fable
et son reflet dans l'eau
quête du savoir disséminé
l'alphabet des mouettes
des belles-de-jours aux météores
mais aussi le Journal de l'écrivain
ses restes pleuvent en lui
l'enfant qu'il fut la ride s'efface
sous le masque des années
l'enfilade des ponts
la passe de l'aube
le coeur atteint que tout effile
sans suite

Le temps n'est qu'une fable
et ses bâtisses sourdes
"l'initiale syllabe" mallarméenne
quand les cheveux s'en mêlent
ébouriffent le rien du rien
les jeux de maux jeux de sons
les enfants des restes les voici
monopées frémissantes
dans les taillis les talus
voilant et découvrant le Bleu
avec l'Histoire en grande étendue
qui a pour toi dételé
ses lévriers.

                         Daniel Martinez

09:38 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2015

Loin des cycles

La forme et le mouvement
  

Les portes du monde se sont ouvertes
et le vent qui danse au-dessus des haies
tisse une autre dimension

 

Les yeux posent leurs reflets
sur l’échiquier mouvant
où cristallise l’outre monde.

 

Allons encore entre les mots nous perdre
là où la vie n’a de cesse
mille histoires n’en font qu’une
elles sont flux et reflux dans l’heure jaune
le fuseau de la flamme solaire infiltrée
entre les tuiles de briques

 

encore un peu dit-elle encore un peu
l’ombre a dédoublé mes mains regarde
et souffle sur le ventre neigeux de l’effraie

 * *

L’éloignement intérieur
 

Ce que la nuit aura laissé dans l’ombre
se délier avec le sommeil des graminées
toutes formes bues
l’infini raboteux la terre rêche
quand la vie lève le rideau
des feux anciens sous la pierre
la tête d’un nuage flambe
tel dessin sous l’ongle glisse
fil ébauché parmi les liens de la matière.

 

Sous les masques du vent
la carte de l’être
là où tout se réassemble
hors de soi et en soi
le bleu touche à l’originelle cohérence
depuis le halo d’un lavoir
tout cerclé de mercure
de nitrates ferreux.

 * *

La langue de verre
   

Tout semblait déjà s’être perdu
dans les sphères de l’oubli
et là pourtant nous nous sommes retrouvés
comme le paon du jour dérivait vers l’Orient
des rayons violets embrasaient
les mousses du merisier silencieux.

 

Dans la marge du carnet
j’ai tracé quelques lignes d’or pâle
buées lambeaux de brume
rides des champs environnants

 

puis les langues jaunes et grises
les fleurs crémeuses et tourbillons
de la rivière aux frissons indécis.

 

Caillots brindilles cendres des pensées
qui vont et viennent incertaines
de l’un à l’autre se défaire
chair de la langue dont se nourrit le poème
la terre sous les pas
l’emporte loin des cycles.


                             Daniel Martinez

01:09 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)