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07/01/2020

Georges Jean (1920-2011)

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Daniel Martinez, Le règne végétal

 

*

 

Naisse un poème
Qui grignote le papier blanc
Naisse un visage sans visage
Aux yeux larges comme le vide
A la bouche de sel et d'ombre
Un corps plus absent que l'espace
Autour de l'attente étendu
Naisse une trame de poussière
Une larme de boue séchée
Un poing qui retient la lumière
Une flamme la mer l'été
Les vagues lentes sur la plage
Où vont les cavaliers du temps
Plonger leurs crinières d'orage
Remplir de lune leurs fronts blancs
Naisse une pierre sans éclat
Une muraille de silence
Naisse un mot d'encre de bitume
Un mot qui ne s'efface pas
Gravé dans le sang dans la brume
Aigu comme l'acier tranchant
Comme la lame des tempêtes

Naisse un poème.

 

                     Georges Jean

06:21 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

04/01/2020

Pierre Dalle Nogare (1934-1984)

J'ai beau chercher - dans le deuxième tome de l'Anthologie de la poésie française du XXe siècle (ouvrage piloté par Jean-Baptiste Para, éd. Gallimard, 27/2/2002) - trace de Pierre Dalle Nogare, rien de rien ! Heureusement, oserais-je dire, Diérèse a publié des inédits du grand poète qu'il fut, en voici une page, écrite peu de temps avant qu'il ne se retire de ce monde, à l'aube de ses cinquante ans. Jugez-en plutôt. Amitiés partagées, Daniel Martinez

Sans titre.png

Tu veilles le feu
Dans la limite des cendres
Et la nuit
Montre la nudité de l'âme,
L'oracle du sel
Dans l'eau divisée.
Je parle bas
D'un lieu vide
Où parfois
Je vais dans l'intérieur du Temps
Écouter la mort
Poser ma face sur ton visage.
Je suis seul
Dans l'éclat de mes plaies
Et je dis l'attente des choses
Devant ta présence.


Pierre Dalle Nogare

22:32 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

"La poésie est toujours en un sens un contraire de la poésie", par Georges Bataille (1897-1962), "La littérature et le mal", éd. Gallimard, 1957.

Je crois que la misère de la poésie est représentée fidèlement dans l'image de Baudelaire que Sartre donne. Inhérente à la poésie, il existe une obligation de faire une chose figée d'une insatisfaction. La poésie, en un premier mouvement, détruit les objets qu'elle appréhende, elle les rend, par une destruction, à l'insaisissable fluidité de l'existence du poète, et c'est à ce prix qu'elle espère retrouver l'identité du monde et de l'homme. Mais en même temps qu'elle opère un dessaisissement, elle tente de saisir ce dessaisissement. Tout ce qu'elle put fut de substituer le dessaisissement aux choses saisies de la vie réduite : elle ne put faire que le dessaisissement ne prît la place des choses.
Nous éprouvons sur ce plan une difficulté semblable à celle de l'enfant, libre à la condition de nier l'adulte, ne pouvant le faire sans devenir adulte à son tour et sans perdre par là sa liberté. Mais Baudelaire, qui jamais n'assuma les prérogatives des maîtres, et dont la liberté garantit l'inassouvissement jusqu'à la fin, n'en dut pas moins rivaliser avec ces êtres qu'il avait refusé de remplacer. Il est vrai qu'il se chercha, qu'il ne se perdit, qu'il ne s'oublia jamais, et qu'il se regarda regarder; la récupération de l'être fut bien, comme Sartre l'indique, l'objet de son génie, de sa tension et de son impuissance poétique. Il y a sans nul doute à l'origine de la destinée du poète une certitude d'unicité, d'élection, sans laquelle l'entreprise de réduire le monde à soi-même, ou de se perdre dans le monde, n'aurait pas le sens qu'elle a. Sartre en fait la tare de Baudelaire, résultat de l'isolement où le laissa le second mariage de sa mère. C'est en effet le "sentiment de solitude, dès mon enfance", "de destinée éternellement solitaire", dont le poète lui-même a parlé. Mais Baudelaire a sans doute donné la même révélation de soi dans l'opposition aux autres, disant : "Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires, l'horreur de la vie et l'extase de la vie."


Georges Bataille

 

14:11 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)