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07/12/2019

"metz in japan", de Alain Helissen & Jean-Pierre Verheggen, Voix éditions, Mas d'Avall, 66200 Elne, disponible chez l'auteur *

Avec l'humour présent dans les Greguerías de Ramón Gómez de la Serna : "Livre : mille-feuilles d'idées", on peut lire ici - dans ce recueil signé par Alain Helissen et Jean-Pierre Verheggen qui se présentait d'abord sous la forme d'un journal de grand format exposé en juin 2003 au Musée des Beaux-Arts de Metz - et redécouvrir, au risque de la littérature, ces petits riens qui fondent l'interactivité d'un discours organisé autour de jeux d'assonances et d'extensions de phonèmes où le mot directeur, le médium, est "Metz", pris comme nom commun.
Les auteurs, tout à leur ouvrage, font voyager le vocable de néologismes en "metzologismes" et remontent le courant des expressions, locutions, citations passées dans la langue (parlée) : "Ne tirez pas de plan sur la cometz / Cent fois sur le metzier / Remetztez votre ouvrage", pour mieux goûter à mesure chaque métamorphose.
A la lecture, ces "metztrapolations littéraires" agissent comme un acide en introduisant dans le mot choisi un élément étranger (un contrefacteur, d'où le titre du recueil). De bouche en bouche, et sans plus donner de la voix que nécessaire, parce qu'après tout l'impuissance est la matière même du discourir, du communiquer (autant que généralement du faire, mais ce n'est pas le propos). Sous la grande machine circulatoire et les mille canaux de la parole, c'est à un zapping constant que nous assistons, où la mise à l'épreuve des mots remaniés préside à l'écrit.
Lors même que "C'est le metz-disant qui généralement / Emporte le marché", on se gardera bien d'en tirer des conclusions hâtives, sachant que dans metz in japan l'on touche d'abord à l'euphonie, puis au hasard qui peut enlever à la vérité (une partie de) son fondement et changer les points de repère habituels.
Irréductible à la seule idée, parce qu'il développe le singulier. Parti-pris ludique donc, cherchant dans son vouloir-être ce qui dans la langue viendrait à le corroborer, et le plus antiphilosophique qui soit, à l'inverse de ce qu'entendait Derrida, pour qui "La philosophie consiste à rassurer les enfants. C'est-à-dire, comme on voudra, à les faire échapper à l'enfance, à oublier l'enfant...". Le lecteur est ici dans la (grande) enfance du verbe assumée pour telle, qui parle pour elle d'abord et sans jamais viser non plus le "metz plus ultra !", inaccessible, hors-sujet, à tous les sens du terme.

 

Daniel Martinez

* Alain Helissen, 53 rue de l'Entente 57400 Sarrebourg

07:52 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0)

06/12/2019

L'avant-pays, d'après Séverine Rosset

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Quand le monde est-il dormant ?
Jamais. Jamais les choses ne s'absentent, c'est l'œil qui se ferme. Jamais elles ne s'éveillent, c'est la paupière qui se lève.
Ou nous ne savons pas ?
Nous ne savons pas qui rêve quoi, quelles traces subsistent entre phosphènes et reconstitutions du réel. Œil clos, œil clos nous voyons : un monde oui, dont les chemins s'imbriquent aux circonvolutions cérébrales, celui à l'envers, celui d'où l'on vient. Jamais vu et ineffaçable à jamais. L'avant-pays. Celui en gestation.
Quel monde d'antique mémoire œil clos rêvons-nous ou quelle mémoire du monde rêve là en nous ?
Ô clarté. Que tes lumières soient.


Séverine Rosset

01:25 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

03/12/2019

"Autres fragments de langue", de Marc Le Bot, éd. Brandes, 1987

Dieu, s'il est Un, est sans nom. Son propre nom est un nom commun. Les dieux, eux, étant en nombre infini, ont des noms multiples. La langue est l'assemblée des dieux.


On écrit pour oublier le dieu qui n'écrivit pas le Livre, pour oublier l'absence du dieu, l'oublier dans les livres.


Le langage de l'art interrompt le propre cours de son sens : il l'interrompt par artifices. L'art met la mort du sens en scène. Il démontre que le hors-temps est démontré par la mort même. La mort ouvre la porte au hors-temps. L'art la précède.


On attend, on désire le surgissement des accouplements monstrueux des mots dans la langue. Aussitôt, on leur trouve un sens. On rétablit le sens sur les effets inouïs de la langue parce qu'on craint le dévoiement dans le hors-sens. Le hors-sens est le monstrueux, dont on a peur. Le monstre est l'imprévisible insensé qui surgit au détour du cours de la langue. Les langues sont ces labyrinthes : à l'un ou l'autre de leurs détours surgit un innommable, un étranger au sens.


Le blanc du livre glace le sang, mais le noir d'encre surmonte le néant blanc.


Écrire un texte sans nom, anonyme. Et que ce texte parle du corps. Qu'on dise : il y a bien un corps ici, quel est-il ?


Écrire affronte un monstre qui est sa propre altérité et l'altérité de tout autre. Ça fait plaie. Écrire serait panser les plaies ouvertes par l'écriture.


Être la voix qui, dans les pires moments de silence, n'a jamais cessé de parler.


Marc Le Bot

10:56 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)