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05/11/2018

La poésie pour Henri Michaux : un "soudain élargissement du monde"

Je ne sais pas faire de poème, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans mes poèmes et ne suis pas le premier à le dire. La poésie, qu'elle soit transport, invention ou musique, est toujours un impondérable qui peut se trouver dans n'importe quel genre, soudain élargissement du monde... La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer... J'écris avec transport et pour moi, tantôt pour me libérer d'une intolérable tension ou d'un abandon non moins douloureux tantôt pour un compagnon que j'imagine, pour une sorte d'alter ego que je voudrais honnêtement tenir au courant d'un extraordinaire passage en moi, ou du monde, qu'ordinairement oublieux, soudain je crois redécouvrir, comme en sa virginité...

Henri Michaux, cité par Raymond Bellour in Henri Michaux ou une mesure de l'être (éd. Gallimard, 1er janvier 1965).

04/11/2018

Les Elégies de Richard Rognet

C'est la première des neuf élégies, manuscrite, que je vous donne à (re)lire ici-même, ensemble inédit avant sa publication par la B.M.I. d’Épinal, en mars 2013. Alors que les élégies d'un Jude Stéfan sont plutôt "sèches", celles de Richard Rognet sont lyriques (comme je les aime). L'ensemble desdites Élégies seront reprises in Élégies pour le temps de vivre suivi de Dans les méandres des saisons chez Poésie/Gallimard (Poche, le 13 nov. 2015). Ajoutons que ces deux auteurs ont publié dans Diérèse. Amitiés partagées, Daniel Martinez.

 

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On a beau chercher, sous la neige récemment
tombée, les traces du dernier été, on ne touche
que le noir terrible des taupinières désertées,
on est orphelin des journées dont la lumière


grisait les oiseaux et les fleurs, et surtout
de ces hautes transparences qui filent parmi
les branches et qui ressemblent tant aux cris
poignants des souvenirs. On cherche sous la


neige, on ne cesse pas de chercher quelque
chose qui sauverait la maison des interminables
regrets qui rampent, avec les heures vides,


sur les objets où le père, où la mère, ont
laissé leurs empreintes et cette espèce de
mystère qui n'en finit pas de nous foudroyer.


Richard Rognet

20:01 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

03/11/2018

L'écrivain et plasticien Jacques Audiberti (1899-1965)

Qui se rappelle des débuts quelque peu laborieux de Jacques Audiberti, un baroque de la plus belle eau, avec l'édition à compte d'auteur de son premier recueil de poésie - là, de facture classique - chez un éditeur confidentiel, j'ai nommé "L'Empire et la Trappe" (1929), livre qui sera remarqué par Jean Paulhan et Valéry Larbaud ?... Et pourtant, c'est bien lui qui écrira "Le Maître de Milan" que vous pouvez découvrir ou bien relire chez Gallimard, coll. L'Imaginaire : l'un de ses meilleurs titres.
J'ai choisi aujourd'hui de vous présenter une spectaculaire composition de son cru, signée et datée "Audiberti 49" (gouache, aquarelle, encre de Chine et fusain, 62,5 x 48 cm), encore inédite puisqu'issue d'une collection particulière. C'est l'une des œuvres les plus ambitieuses d'Audiberti (la seule de ce format, en fait), dans laquelle un personnage masculin en son plus simple appareil, les bras dressés, une traîne de flammes lui sommant le crâne, se trouve pris au centre d'un groupe de femmes aux traits grotesques qui, agenouillées, cherchent à l'attirer et le griffent jusqu'au sang. Ulysse et les sirènes, ou "simple" vision cauchemardesque ?, on ne saurait trop dire.

Dans "Talent", éd. Egloff (1947), que vous pourrez plus aisément lire ces temps-ci aux éditions L'Arbre vengeur (2006), Jacques Audiberti, qui a su refuser sa vie durant toutes les chapelles, écrivait : "J'étais le myriadaire, le colossal grouillement des identités et des multitudes depuis le commencement, tant de bras, tant de cœurs, tant de pieds, tant de mots."

S'adonnant au dessin et à la peinture, il a laissé des autoportraits, des caricatures et des personnages chimériques. Audiberti illustra un de ses propres ouvrages, "La Fin du monde" (1944) et bénéficia de plusieurs expositions en galeries. DM

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08:31 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)