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28/11/2018

"Stèles" de Victor Segalen, illustré par Johnny Friedlaender

En 1968, paraît aux éditions Bibliophiles De Provence Stèles de Victor Segalen, livre tiré à 347 exemplaires numérotés. Rappelons qu'il s'agit là d'un recueil de poèmes en prose écrit en 1912 à Pékin, un ensemble de six stèles, l’œuvre majeure du poète. La présente édition, majestueuse, laisse entrevoir tout le talent du graveur, qui venait d'exposer au Cincinnati Art Museum.
Sous les yeux,
un g
rand in-8 long (330 X 170 mm) de 152 pages pliées à la chinoise sous couverture cartonnée de papier-fibre japonais estampée à froid, le dos est de vélin ivoire, le tout protégé par un étui. On peut y admirer sept aquatintes originales en couleurs, hors texte, de Johnny Friedlaender. Robert Blanchet a gravé et tiré sur bois les 7 grandes inscriptions chinoises dessinées par Chou Ling.
 
Édition mise en œuvre et assurée par Henri Jonquières, assisté de Robert Blanchet qui a monté la composition typographique et en a exécuté l'impression. Les textes sont de Victor Segalen, Annie Joly-Segalen, Etiemble, Bernard Gheerbrant. La perfection a un nom (loin des papiers recyclés employés par certains éditeurs actuels...)
 

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Une des 7 aquatintes de J. Friedlaender

27/11/2018

L'après-guerre : Johnny Friedlaender (1912-1992)

Voici la page de garde de la revue Voir, parue en avril 1948, avec une dédicace de Paul Eluard, pour la "Noël 48". En mai 1949, paraîtra encore La Saison des Amours, de Paul Eluard, aux éditions La Parade, livre d'artiste enté de 13 gravures de Johnny Friedlaender.

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Depuis son atelier de l'Ermitage, dans le Ve parisien, en 1955, ces documents inédits :

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Les possibilités qu'offre la gravure sont diverses et séduisantes ; je ne puis dire que je préfère l'une d'elles à l'exclusion des autres.
J'emploie des techniques diverses, guidé seulement par l'imagination, m'efforçant d'établir un équilibre entre celle-ci et le métier, qu'il s'agisse de la pointe sèche au trait velouté, de l'extrême rigueur du burin, du trait puissant et direct du "sucre", ou des infinies tonalités de l'aquatinte.
Mais un graveur, lorsqu'il énonce les techniques, en oublie toujours une : celle qu'il a cherchée et parfois trouvée dans le secret du travail quotidien comme dans le secret de son cœur.

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Ces réflexions enfin, en mai 1988 ("De la musique avant toute chose...") :

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Je crains le hasard dans mon métier : il n'est pas mon maître ; ma règle, c'est la rigueur.
J'inscris sous forme de nombreux croquis mes idées fugitives et comme pour une partition elles deviennent de plus en plus élaborées. Et même là je pense tout de suite "couleurs".
Devant ma toile ou devant mon cuivre je me sens tout aussi à l'aise ; bien que j'aie commencé plutôt comme peintre, et c'est peut-être ce qui m'a rendu si inventif comme graveur vis-à-vis de la couleur.
A tout, je préfère la musique... elle est ma compagne dans mon travail qui me donne en même temps verve et sérénité. Parfois je rêve d'être musicien dans une autre vie.


G. J. Friedlaender                   Mai 1988


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26/11/2018

Le Journal de Johnny Friedlaender

A présent, un extrait du Journal de Johnny F., inédit - vous le verrez, il est étonnant à plus d'un titre !... Il précise les éléments biographiques de la précédente note blog. Comme indiqué sur l'enveloppe, ces pages ont été rédigées en 1974 ; le texte étant entrecoupé d'allemand, j'ai choisi la feuille pour moi la plus lisible, avec laquelle débute ce Journal :

 

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1912 : Je suis né à Pless, à l'extrême limite de la Haute-Silésie, qu'on appelait "Le Coin des 3 Empereurs". C'est un pays de grandes forêts et de longs hivers.
A Pless j'ai vu mes premiers guerriers moustachus. Guillaume II et Hindenburg qui sortaient de l'église - Dieu avec nous. - La guerre était fixée et les valeureux combattants sur la place (qui) a été peinte en rouge.
Le temps devenait trouble et inquiétant. Putschs et révoltes se suivaient. Le Plébiscite donnait la Haute-Silésie à la Pologne et il fallait partir. On se réfugiait à Breslau, capitale de la Haute-Silésie.
J['étais assez mauvais... biffé]e devenais élève d'un lycée que j'ai quitté après avoir reçu 2 consilium habeundi (conseil de partir, ndlr) à l'âge de 16 ans. - J'ai présenté des dessins à l’École des Beaux-Arts de Breslau et j'ai été accepté comme élève chez Carlo Mense - chez lequel je restai très peu de temps - pour poursuivre (avec) Otto Müller (qui) me prenait dans sa classe - et je travaille assez sérieusement.

1929 : J'ai quitté l'école et pars pour Dresde où je m'installe définitivement. Je dessine et fais mes premières gravures.

1933 : Après un voyage à Prague, je suis arrêté dans un café à Dresde et mis en prison - transféré un mois plus tard au camp de concentration de Hohenstein (forteresse de Burg Hohenstein, en Suisse saxonne ; Johnny F. est relâché en décembre 1933, ndlr). [Mon séjour à H. devenait un peu plus supportable. biffé] Un jour je me trouvais installé dans une pièce du grenier [et j'étais obligé : biffé] où j'ai fabriqué des mois durant les portraits des dirigeants du 3e Reich et les portraits des épouses et fiancées de mes geôliers, d'après des photos plus ou moins bonnes. J'ai même fait le portrait d'un militaire torse nu au casque d'acier sur la tête, d'après nature celui-là. Dans ses yeux j'ai vu le regret qu'il ne pouvait pas épingler ses décorations sur la peau nue.

1934 : Le 31/XII j'ai été amnistié et devais me présenter tous les jours à la police.

1935 : Pour gagner ma vie, je quitte l'Allemagne et pars pour la C.S.R. (Tchécoslovaquie, ndlr) où j'ai fait les portraits de dames de la bonne Société de Potsdam.

1937: Un an plus tard je pars pour la Hollande où j'ai une première expo. Le journal fasciste du nazi hollandais Mussert m'attaque violemment. - La police des étrangers n'est pas tendre et je demande un visa touristique pour l'Exposition Internationale à Paris - avec la bonne idée de rester définitivement à Paris.
C'était un temps dur - Beaucoup de difficultés pour mon séjour et surtout pour des questions économiques.
Un jour j'ai participé à une exposition d'un groupe, "L’Équipe", et eu une très chaleureuse critique d'André Lhote.

Johnny Friedlaender