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15/06/2020

"Notes d'hiver", de Didier Jourdren, éditions Unicité, septembre 2017, 76 pages, 13 €

Que je parle d'avancer, de me mettre en chemin en entendant un chant d'oiseau, n'est pas qu'une image. Écouter n'est pas qu'une question d'oreille, mais touche la respiration, réveille une scansion intérieure, invite à se mettre en marche, dans un rythme à découvrir, dans un élan à laisser advenir, réponse aérienne qui met en route. D'où cette impression si vive de légèreté souvent, ce regain d'énergie, cette joie apparemment sans raison. J'entends la voix flûtée, ses trilles légers, ses accents de mélancolie ou d'interrogation, ses interruptions, ses silences : tout l'être est saisi, emporté déjà. Et si j'essaie de parler, c'est en tentant inconsciemment d'obéir à une cadence, qui me met sur la voie de partir.

*

J'entends le signe pur, indéchiffrable. Je tends l'oreille, toujours surpris. Il m'est demandé de mettre de côté tout le reste, ma vie même, pour écouter, à la juste place, de me tourner entièrement vers ce qui est là. La voix qui bientôt va se taire, la puissance brève de l'oiseau invisible, l'écoute : de tout cela, quelque chose demeurera. La rencontre fugitive ne s'efface pas tout à fait. L'instant s'étire, on se trouve dans un présent plus vaste. Le chant continue, sans fin, de l'autre côté de la cloison d'ombre et de feuillages, tout près. Ici - et le cœur en est saisi, le souffle suspendu -, commence l'éternité.

Didier Jourdren

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09:19 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

14/06/2020

"Fragments", d'Héraclite, traduits par Roger Judrin, éditions Calligrammes, 2 mai 1987, 32 p.

Faute d'espérer, vous ne trouverez pas l'inespéré que vous croirez introuvable et hors de portée.


Aucun de ceux dont j'ai retenu les propos n'était parvenu à comprendre que la sagesse est d'un ordre à part.


La pensée est le plus haut degré de la vertu. La sagesse est de parler vrai, de régler ses actions sur la nature, d'obéir à sa propre voix.


Tout s'écoule.


Le contraire est utile. Des opposés sort le plus beau concert. De la discorde tout est né.


Un mot pareil désigne en grec et ce qui vit et ce qui vise. Mais la vie est un trait qui tue.


L'invisible harmonie vaut mieux que la visible.


Dieu tour à tour est le jour et la nuit, l'hiver et l'été, l'abondance et la disette, comme un feu mêlé d'aromates en reçoit la diversité des noms que l'on donne aux parfums.


La vie et la mort, la veille et le sommeil, la jeunesse et la vieillesse sont d'un seul et même homme, à tour de rôle.


Le naturel propre à chaque homme est son génie.


Excellent esprit, lumière sèche.

Héraclite

13/06/2020

"Feuilles d'ombre - apories", de Claude Michel Cluny, éditions de La Différence, octobre 1987, 96 p., 49 F

Idée solaire
ton ombre naît de l'agir.


Le Soleil n'est pas ton ami.
Il est roi.


La gloire, flamme futile
de mèche avec ce rien d'huile
qu'épuise la nuit.


O feuilles aux mains du vent, du temps -
l'homme non plus n'a pas tant d'importance
que son ombre veuille lui survivre.


Tu crois élire tes dieux.
Eux t'ont choisi. Ils habitent
pour mieux te trahir
au plus tendre secret de toi.
Ils ont toujours aimé le pire.


Qu'ils profèrent la Peur ou l'Espérance
les dieux se leurrent
de croire en l'homme.
Ils l'ont seulement rêvé.


Nous ne sommes jamais ce que nous sommes
au moment que nous voudrions l'être.


Les tares des hommes
ornent la robe d'or
des prêtres.


La voie se trace dans l'ombre du cœur.
Ne compte pas que l'esprit l'éclaire
parfaitement.

 

Claude Michel Cluny

10:25 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)