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24/12/2019

Joyeux Noël et belles fêtes à tous !

NOEL BLOG  2.jpg

Place Stanislas à Nancy
photographie de M. C.

A toutes et à tous, de belles fêtes ! A quelques encablures de la nouvelle année, depuis mon pavillon de lecture... loin, si loin des caprices des puissants, avec cette lumière qui souverainement s'étire pour accompagner les feuilles au sol, putrescibles ; soleil sur les chatons des saules, aux yeux un givre bleu, rêveur. Amitiés partagées, Daniel Martinez

Dominique Labarrière

C'est l’œuvre qui détermine la vie de l'écrivain, et non l'inverse.


Les mots et les idées qui ont cours autour de toi, rejette-les. Les pensées que tu aimes, rejettes-les - et aussi celles que tu n'aimes pas. Rejette, rejette : tu es encore riche de ta pauvreté. Rejette même le rejet. Peut-être alors ce qui est toujours immobile, toujours en mouvement, te saisira-t-il.


Hors de tout attachement à l'anecdotique, au pittoresque, à l'inattendu qui toujours et partout ressassent dans l'abondance de leurs manifestations la même évidence faussement rassurante ; loin de l'attente de l'événement qui, par sa soudaine irruption, s'en viendrait rompre d'un coup la monotonie quotidienne de l'ordinaire (si ce tableau est banal, mon regard seul en porte la responsabilité), j'attends sans l'attendre cet instant où, dans le "foisonnement ordonné" (Jünger), un infime détail découvre à l’œil et sa saveur propre et son appartenance à cet ensemble qu'il est, qu'il n'est pas ; ensemble que l'on pourra appeler le "monde", si l'on entend par là non seulement ce qui apparaît, mais aussi ce qui permet aux choses d'apparaître.


L'exploration de l'ombre mène à la lumière que je vois et ne verrai jamais que par cette ombre qu'elle projette.


Comment observer ce qui m'entoure si c'est moi qui mène cette observation ?


Accéder à la dimension intérieure afin de percevoir qu'elle aussi n'est qu'illusion.


Ces instants exceptionnels, où l'on saisit avec acuité ce qui se donne et à quoi l'on correspond parfaitement, non sans doute tels parce que, les vivant, on les vit comme expulsé de soi-même.


Certaines solitudes ont ceci de terrible qu'à peine s'estomperaient-elles un moment, leur retour serait désiré avec impatience.


Comment ignorer que le combat que l'on mène est un combat perdu d'avance ; qu'on le mène, ce combat, sachant qu'il sera, qu'il est perdu ?


A peine apparu, déjà disparu : le scintillement de l'actuel. L'inaccessible actuel.


Quel sourire accompagne cette voix qui, près d'une fenêtre close, murmure simplement : attendre, toujours attendre ?


Dominique Labarrière

23/12/2019

"Le Blanc de l'ombre", de Marie Sunahara, éd. Le Carbet, 2002

Née à Tokyo, Marie Sunahara a vécu au Japon, vivement intéressée par la culture européenne. Elle décide de s'installer en France, à Paris où elle a résidé pendant 20 ans. Puis fait retour dans son pays d'origine, en 2012. A la manière de haïkus, ces poèmes extraits de son premier recueil Le Blanc de l'ombre:

 

Un chat s'étire

La lune sourit
A la nuit sableuse


* *

Les doigts de Chopin
Effleurent les roses
Le silence pleure
Plus pâle


* *

Une baleine
Sur la plage fiévreuse
Des bateaux chavirent
Dans la poitrine

L'ombre n'existe pas
Elle est une couleur
Comme les autres


* *

Tisser le silence
D'un fil blanc
De l'ombre


Marie Sunahara

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12:47 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)