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28/12/2019

"Éclats de jours", de Patrick Henri Burgaud, imprimerie Joost van de Paverd à Velp, le 20 mai 1988

Un poète étonnant, doublé d'un linguiste, ex prof de français langue étrangère aux Pays Bas (1979-1992). Il a d'abord publié en revues, découvrez ci-dessous un poème extrait de son premier livre, imprimé à 400 exemplaires, entés de 13 illustrations originales de Christian Guichard : Éclats de jours (il est indiqué au colophon qu'il "n'a été soumis à aucun dépôt légal"). Il publiera sur papier jusqu'en 1995 avec : Animots (artisbook Avalon Pers). Sans être exhaustif, je citerai aussi Le Jour Dit (Jacques Morin, collection Polder, 1990), Jours de Loire (Interventions à Haute Voix, 1994). Je n'ai recensé que 7 livres imprimés à son actif. Dommage ! Il est à présent reconnu comme spécialiste de la poésie électronique. Autre monde. Daniel Martinez

* * *


mai 25 s.


SOPHIE


Pourquoi la sagesse est bleue :


Scarabée, planète proche, dos de ciel et
ventre du milieu des mondes parlants :


Lorsque le ciel est sage, de la pierre
qu'ils disaient la plus belle chose
et qui passait pour éloigner la misère,
prodigieux de hauteurs entassées,
son immobilité se multiplie
de transparences sereines.


La sagesse est bleue, violette presque
sur ses bords insondables.
Aucune soif ne s'y étanche, repos
qui ne se trouble elle est spectre
uniforme sans visions.


La mer est ressemblante,
de même nulle amplitude.
Elle grésille peut-être, la clarté la
dérange. Jeune encore et tranquille,
mâchant le même galet éloquent,
elle clapote en esprit sur les ocres,
les latérites douloureuses, les calcaires
crissants sous les fouets vifs
du dynamisme.


L'outremer illusionne, fosses abyssales,
poudre aux yeux qui fait les beaux plis
sur les carnations limoneuses.
Pulsation molle comme de part en part
le sang souillé remonte les veines.


Ou alors, imaginaire, plume d'un oiseau
si bleu qu'il retourne au bûcher, oiseau marin
sans doute qui jamais ne se pose,
caravane persane aux yeux clos.


Rien du vivant n'est bleu.

 

Patrick Henri Burgaud

08:24 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2019

"L'émotion poétique", pour Bernard Noël

Les fidèles de Diérèse se souviennent des interventions régulières de Bernard Noël dans la revue. J'ai choisi pour vous aujourd'hui une lettre de l'auteur de La Face de silence adressée au regretté Jeanpyer Poëls, sur un papier à en-tête de l'université de Sousse, en Tunisie, à l'occasion d'un colloque ayant pour thème "L'émotion poétique" (ce, dans la ville même de mes études secondaires, où j'avais mes habitudes : cette avenue descendue maintes et maintes fois, le long des fortifications, qui menait au port, à la vie maritime, au miel de la saison blonde et musquée, au grand air, à la vastitude). Voici:

BERNARD Lettre Univ.jpg

25 mai 2011


Relu ta Fauvette dans sa forme imprimée, cher Jeanpyer, et toujours à la recherche du mot qui saisirait la qualité que je ressens. Il y a toujours des dents serrées dans tes vers, ou derrière, mais qui mâchonnent le rythme pour bientôt le développer, l'affirmer. J'aime cette contradiction entre des syllabes libres, libres et une précision qui les contraint, les précipite, souvent les choque. Résultat : un élan qui, retenu dans le texte, fuse dans le regard du lecteur et l'oblige à scander l'effort d'articuler, de comprendre. La langue n'a jamais été plus réelle, plus matérielle, toute secouée de brusques ruptures et d'allitérations. Ce vers : "ensorcelant le dessous du silence" m'a servi un moment de clé d'écoute des "mots de la conjugaison", mais ce choix a été contesté tout de suite par "sous les toits" avec son rythme bref dénonçant "les appeaux". Bref, je commence et recommence mais suis, à la fin, chassé des explications vers l'ouverture que, sans cesse, tu déchires en moi pour et par l'abandon au mouvement inventif.

Merci, je t'embrasse

Bernard

26/12/2019

Notes et contre-notes

Passerais-je pour un observateur partial, face aux événements actuels liés à la réforme des retraites, qu'il m'importerait peu. Je note, sans autre intention que d'essayer de trouver mes repères dans ce tissu déchiré, chaque jour un peu plus...
A l'époque, dans l'auditorium de la BPI, Cornelius Castoriadis que j'étais allé écouter en soirée s'amusait de l'attachement des populations à leur régime de retraites (Fillon en avait été l'initiateur), et se demandait déjà ce que nous réserverions aux sans-emplois, aux exclus du système.
Le poète et conteur Jean Rousselot lui, croyait dur comme fer à un régime de cotisations des auteurs qui leur permettrait d'assurer l'essentiel pour leurs vieux jours. A son écoute, j'ai publié son article - dont c'était l'objet, dans Diérèse -, il me fut reproché dans la foulée de vouloir donner un contenu social à la dimension littéraire qui, d'après le contradicteur, échapperait à toute tentative de planification ; car, ajoutait-il, vivre de sa plume n'étant plus d'actualité... je vous laisse terminer.
Ce mercredi 25, gare d'Ozoir, aucun train de la journée. La place, d'habitude si animée, est traversée par quelques pèlerins qui parlent du beau temps revenu, se grattent le cheveu. Comment dire ?, une curieuse impression de couvre-feu. On parle doucement. A deux pas des grilles de la station restées fermées, un commerçant vietnamien persiste à exister, il vend des baguettes décongelées, je lui en achète une, sourires échangés en regardant l'écran vide, d'un bleu plus vif que le ciel, puis : "Il paraît que l'on se bat pour nous, tant mieux non ?"... Il me dit habiter dans la résidence qui jouxte la forêt d'Armainvilliers, n'avoir pas eu trop de mal à venir, tôt ce matin. Je repars, un sorbet à la framboise pour Gaëlle, emmailloté de son long dans un étui de plastique qu'il a fallu couper en son extrémité. Elle est heureuse, elle se baisse et me cueille une marguerite en ajoutant :"C'est ton cadeau".
... Semaine 51, à la station Créteil Pompadour, une passerelle toute en hauteur qui surplombe la route, à gravir pour redescendre vers les voies. Avant d'emprunter les marches qui me conduiront au quai, je peux lire : "Dès le 5 décembre bloquons l'économie", une banderole placardée sur une paroi de béton brut, en capitales. Le train démarre (le suivant dans une heure et vingt minutes, je l'ai échappé belle). Bondé, je n'arrive pas à ouvrir le livre de Poche que j'avais dans mon vêtement, "Mademoiselle Fifi", de Maupassant. Dans ces circonstances, cela aurait pu paraître un luxe inexcusable, il est vrai. Aux portes de Paris, aperçu cette fois une inscription à la peinture blanche : "On veut pas que le gouvernement recule, on veut qu'il s'en aille" signé d'un "A" majuscule.

Après le labeur quotidien, la nuit venue, Pierre dans son poids-lourd me raccompagne. Il assure les liaisons inter-banlieues en collectant le courrier puis en alimentant la plate-forme de tri qui va le ségréger et le ventiler via d'autres transporteurs aux quatre coins de Paris, ce pour la distribution des lettres le lendemain matin. Les yeux las, Pierre me reconduit jusqu'au pont de Créteil. "Et comment tu fais après ?", me demande-t-il au moment de nous quitter. Je lui montre du doigt mon vélo hollandais, collé à une grille, antivol à l'appui. Lui : "Bien, bien"...
Il est tard, la famille est couchée, le genou gauche me tire, deux gélules de Lamaline suffiront à m'apaiser. Diane s'est levée et réclame un câlin, ce que je fais de bonne grâce. Fichtre, la condensation est forte à l'intérieur, mes verres de lunettes s'embuent, m'obligeant à les quitter. "Papa, c'était bien ton travail ?", puis elle me réclame d'une manière on ne peut plus pressante une glace au chocolat. Après quoi, je la quitte et me lave, une eau brûlante en pluie sur le corps, reposante ; et ce faisant, repense à la journée écoulée. Puis à l'autre Pierre, associé à un éditeur, qui me disait il y a peu au téléphone : "J'ai horreur qu'on me parle mal des grévistes, mais franchement Daniel, j'étais heureux d'avoir un RER en après-midi pour rentrer chez moi". J'enchaîne : "Et ton article sur Van Dongen, tu le finalises quand pour la revue, heureux homme ?", sans obtenir de réponse précise. Ainsi va...

Daniel Martinez

06:04 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0)