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09/09/2021

"Diérèse" 62, mars 2014, 306 pages : une couverture de Pacôme Yerma

Ces couvertures de longue haleine qui font l'histoire de Diérèse, et sur lesquelles j'aime à me pencher, au fil du temps. Ici, la première du numéro 62, où quatre noms s'inscrivent, qui sont le fruit d'émotions concertées, concertantes.
... Et puis, ce n'est pas seulement l'automne "malade et adoré" que rappelle cette couverture, c'est aussi et surtout, emporté par l'hiver qui l'a laissé paraître, le temps que les mots, les vies cristallisent à mesure. Qu'il me soit permis de me reporter au célèbre poète de la dynastie Song, Su Dongpo, ce qu'il écrivit à son frère, en des temps reculés, chemin faisant :

1061, au monastère de Mian-chi
La vie humaine, partout la même, n’est-ce pas ? À quoi la comparer ?
Au vol du cygne qui se pose, sur la neige, la boue :
Dans la boue, au hasard, les empreintes de ses pattes.
Le cygne s’est envolé, comment savoir où ?
Le vieux moine est mort, la pagode est neuve,
L’ancien mur, délabré ; nos anciennes inscriptions, illisibles…
Quelle pénible ascension, tu te souviens !
C’était long, nous étions épuisés et l’âne boiteux en train de braire


Su Dongpo

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08/09/2021

Franck Chalendard expose à la galerie Ceysson & Bénétière à Lyon : du 9 septembre au 9 octobre 2021

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Minor Waltz


Galerie Ceysson & Bénétière : 21 rue Longue, 69001 Lyon, dans le nouvel espace ouvert depuis le 18 juin.
Du mardi au samedi, de 11h à 18 h. Tél : 04 27 02 55 20

07/09/2021

"Littérature vagabonde", de Jérôme Garcin, éditions Flammarion, décembre 1994, 348 pages, 120 F

Détour


Philippe Jaccottet à Grignan


   Ce n'est rien : tout juste un cerisier chargé de fruits dans cette lumière d'été pleine de grâce qui se prolonge après le coucher du soleil - une "grappe de feu apprivoisé". Ce n'est rien : tout juste un verger vert et blanc de cognassiers sous la tranquille pluie d'avril - une "musique de chalumeaux et de petits tambours encore assourdis par un reste de brume". Ce n'est rien : tout juste, à l'aube, un chant d'alouettes, au sommet de la Lance, qui forcent la voix pour appeler le jour - une "cohorte d'anges cherchant à soulever le couvercle énorme de la nuit".
   De ces riens quotidiens, Philippe Jaccottet continue avec patience et humilité d'être le traducteur dans un Cahier de verdure où, par le miracle d'une prose cristalline, le cahier se confond avec la verdure, la parole avec ce qu'elle désigne si bien : où sont les mots, où les cerises ? L'auteur de Chants d'en bas qui célébrait, en 1975, "une fête longtemps perdue" s'applique toujours, de poèmes en pensées, de promenades en souvenirs, à rassembler les "fragments d'une joie" très ancienne, très lointaine, dont il saisit les éclats dans les paysages de la Drôme, une page de Roud ou Hölderlin, une fleur de séneçon, la légèreté d'un rire, la limpidité d'un regard, tout ce qui l'aura gardé de se "dessécher", et nous aura abreuvés. Qu'il nous reste Jaccottet est un bonheur complet et, comment dire, rassurant.
   Il vit à Grignan, entre plaine et montagne - "cette masse énorme comme une cathédrale, comme des orgues de roche et de glace". Là, il fréquente Musil et Ungaretti, écrit des poèmes simples et lumineux. Les lire, c'est vivre mieux. C'est découvrir la légèreté. Des pivoines, il dit dans Après beaucoup d'années que, groupées, elles dessinent une figure de ballet. Des eaux fugitives de la Sauve, il écrit qu'elles sont tellement claires qu'on penserait que "c'est le ciel lui-même qui les a déléguées jusqu'à nous sur ces degrés de pierre". Il aime que les alouettes ne soient "jamais fatiguées de bondir, même au-dessus des champs boueux de l'hiver".
   J'ai découvert 
Philippe Jaccottet il y a une vingtaine d'années, grâce à son compatriote Jacques Chessex, qui m'avait aussi initié à leur maître commun : Gustave Roud. De Jaccottet, je relis souvent L'Ignorant, Airs, Requiem, La Semaison, A travers un verger. Ce sont des amis fidèles. Dans la poésie contemporaine, où trop souvent la mathématique des intentions écrase l'émotion, Philippe Jaccottet nous réconcilie avec un genre si pur et si exigeant qu'on l'avait cru oublié de nos contemporains. Il dessine un avant-goût de l'éternité.


Jérôme Garcin

11:40 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)