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21/07/2016

Signé "Vincent" : La raison d'un peintre, les lettres d'un frère (deuxième partie)

Durant les quatre dernières années de sa vie, Vincent abandonne le néerlandais et écrit à Théo en français, leur langue d'exil, langue du pays d'asile, langue fraternelle.
A son frère nourricier qui lui envoie régulièrement des subsides, il rend des comptes. Comptes de l'argent et du matériel de peinture reçu, rapports détaillés sur sa santé, son alimentation, sa boisson, compte-rendu de ses fréquentations, de ses promenades et de ses lectures, propos sur l'art et la littérature, la peinture et, par dessus tout, sur son travail acharné. Mais aussi, en frère aîné, il ne manque pas de dicter à Théo sa conduite dans son commerce et sa vie intime. Il le tient serré de près. Et il l'appelle. Il lui adresse sans cesse, "que veux-tu", une quête fermée et entière, une demande impérieuse et absolue à laquelle Théo ne saurait se dérober.

Mais comment vous et moi, oppressés par l'insistance de cette bizarrerie sonore de sa calligraphie qui nous demeure encore étrange, rien que dans cet appel écrit qui nous laisse sans voix, pouvons-nous entendre que Vincent, figé dans l'accélération désordonnée et polyglotte de son élocution, court droit à la tombe, assassin ou suicidé ?

Comment, à la lumière de ses toiles qui gardent leur calme, pouvons-nous voir ce lieu d'où "tétanisé / Van Gogh / en porte à faux sur gouffre du souffle / peignait" (5) ? Comment pouvons-nous sentir avec certitude que Vincent dans l'angoisse, dans sa détermination obscure, tire vers lui et aspire vers l'abîme Théo, son soutien de toujours, son frère, son prochain, son autre lui-même, qu'il exhorte en lui sa moitié encore vive à sombrer avec lui, qu'il l'appelle avec lui dans la mort à se fondre ? "frère / où tu me suis, où je me poursuis / mon travail à moi, j'y risque ma vie / je me tue, je te meurs / mon frère, ma raison / rendez-vous dans la tombe".

Aujourd'hui, à qui l'aime et le lit en ressentant avec lui cette parenté irrécusable, à peine explicable, Vincent commande de se tenir à cette place de Théo. Il nous offre, comme il en gratifiait Théo, de reconnaître notre part dans son art. Il demande, à qui est sensible à cette peinture, de se savoir, de se reconnaître gardien de son oeuvre, d'être, "mais que veux-tu", responsable de son frère en humanité.

Je vous convie à lire et relire et lire encore et encore ces lettres en les mettant en correspondance avec ses tableaux, dans l'espoir qu'elles aident à déchiffrer l'énigme de son art avec sa folie, qu'elles révèlent encore un peu, avec ce que l'on peut savoir de sa biographie, qui était celui qui nous convoque, derrière sa signature, à soutenir l'insoutenable dans son regard de peintre, Vincent.

                                                                Jacy Arditi-Alazraki

(5) Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société (Gallimard, L'imaginaire, 2005)

13:49 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

20/07/2016

L'énigme du tableau de Van Gogh : "Paysage nocturne au lever de la lune"

C'est une énigme astronomico-artistique qu'ont résolue Donald Olson et Russel Doescher, deux astronomes de l'université du Texas. Au départ de leur enquête, une controverse sur la datation d'un tableau de Vincent Van Gogh, Paysage nocturne au lever de la lune. Cette oeuvre, propriété du Kröller-Müller Museum (Pays-Bas), a été peinte durant l'été 1889 alors que Van Gogh était soigné pour troubles mentaux à l'asile Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Rémy-de-Provence.

C'est l'époque de la célèbre Nuit étoilée, dont l'étude a montré que le peintre, lecteur assidu de L'Astronomie de Camille Flammarion, respectait la place des astres dans le firmament. Passion qui a permis de fixer au 25 mai 1889 la date de composition de ce tableau, grâce aux logiciels astronomiques qui reconstituent les cartes du ciel au-dessus d'un lieu donné quelle que soit l'époque.

Déjà réputés pour avoir déterminé que l'étoile figurant sur une autre oeuvre de Van Gogh - La Maison blanche, la nuit - était en réalité Vénus, MM. Olson et Doescher ont voulu à leur tour se livrer au jeu de la datation. Si l'on se fie à la correspondance du peintre, le Paysage nocturne au lever de la lune a été réalisé juste avant une nouvelle crise de démence et une interruption de six semaines dans la production de Van Gogh. Certains historiens datent cet accès de folie au 7 ou au 8 juillet, d'autres aux alentours du 14. Mais il n'est pas impossible que ce paysage ait été composé à un autre moment.
Olson et Doescher ont voulu en avoir le coeur net. Van Gogh a-t-il respecté la position astronomique ? Se peut-il que la Lune se lève à l'endroit que son tableau indique et, si oui, quel jour précis était-ce ? Les deux Américains se sont donc rendus en Provence afin de retrouver le paysage figurant sur la toile.

Van Gogh installait souvent son chevalet dans un champ clos situé derrière l'asile avec vue sur les Alpilles. Ce fut aussi le cas pour ce tableau. Comme le prouve la comparaison avec une photographie actuelle, le peintre mettait un soin méticuleux à reproduire le relief de la montagne. Ayant ainsi pu déterminer les coordonnées de la pleine Lune sur la toile, Olson et Doescher les ont entrées dans un logiciel d'astronomie en indiquant la position géographique du champ. Ils les ont ensuite testées sur la période allant du 8 mai 1889 - qui marque l'arrivée de Van Gogh à Saint-Rémy-de-Provence - à la fin du mois de septembre, époque à laquelle le peintre expédie sa toile à son frère Théo.

Le programme a sorti deux dates : le 16 mai et le 13 juillet 1889. La moisson ayant été faite, puisque le tableau montre de petites meules de paille, seule la solution du 13 juillet est valable. Enigme résolue !


                                                                 Pierre Barthélémy

 _________

NB : à signaler le livre, des plus intéressants, de Viviane Forrester : Van Gogh ou l'Enterrement dans les blés, préfacé par Chantal Thomas, éditions du Seuil, mars 2014. La vie du peintre (sa naissance un an jour pour jour après le décès de son frère portant le même prénom, mort-né le 30 mars 1852), son entourage familial, son frère Théo en particulier. Voici quelques lignes choisies de ce livre (pages 266-267), où les réflexions de Viviane Forrester sont entrecoupées d'extraits de lettres adressées par Vincent à Théo :

C'est à Monticelli, à l'autre peintre, mort non loin d'ici, à Marseille, et "qu'on a dit si buveur et en démence", que pense Vincent, lorsqu'il revient du travail, avançant à travers les champs, à travers sa vie si austère, après un "travail et calcul sec où l'on a l'esprit tendu extrêmement, comme un acteur sur la scène dans un rôle difficile, où l'on pense à mille choses à la fois dans une seule demi-heure", car après le travail, la seule chose qui soulage, c'est de boire un bon coup, de fumer des cigares très forts avant d'engloutir du café "non parce que c'est bon pour une denture délabrée, mais parce que j'ai une confiance, une foi digne d'un idolâtre, d'un chrétien, d'un anthropophage, dans son efficacité". Efficacité nécessaire lorsqu'il est "en plein calcul compliqué d'où résultent l'une après l'autre des toiles faites vite, mais longtemps prévues d'avance. Et voilà qu'on dira que cela est trop vite fait, tu pourras y répondre qu'eux ils ont trop vite vu".

                                                                    Viviane Forrester

13:27 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

13/07/2016

A voir cet été : le musée égyptien de Turin

Après cinq années de travaux, le musée égyptien de Turin a réouvert ses portes le mercredi 1er avril 2015. A vrai dire, il ne les avait jamais vraiment fermées, puisque les aménagements ont été réalisés sans interruption des visites. C'était le vœu du jeune directeur de l'établissement, l'archéologue Christian Greco. Pourtant le chantier était titanesque. Les espaces du musée ont été repensés, un sous-sol a été creusé et deux étages, dont un sous verrière, ont été créés. Le musée multiplie ainsi sa surface par deux.

Les vicissitudes du sublime musée du Caire, en proie aux difficultés financières et qui ne s'est jamais remis des pillages de 2011, font du musée de Turin la référence mondiale. Les plus importantes conférences s'y déroulent, les chercheurs y affluent. Champollion lui-même y a étudié les hiéroglyphes.     
          

                                                                                                                    G.C.

11:43 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)