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30/05/2017

Gérard Garouste, au regard de son exposition : "Walpurgisnachtsraum" (Songe d’une nuit de Walpurgis), septembre-octobre 2011

Né en 1946, Gérard Garouste vit et travaille en Normandie et à Paris. Un des artistes français les plus populaires de sa génération, il occupe une place singulière dans le paysage artistique international. Dès les années 1970, il fait le choix audacieux d’assumer une peinture figurative, classique, à une époque plutôt tournée vers des formes d’expression dites « conceptuelles ». Il explique : « Plus j’applique une forme simple, basique, comme quelqu’un qui saurait jouer du violon, plus je vais pouvoir commencer à inventer de la musique ». Gérard Garouste se nourrit ainsi des maîtres et textes anciens afin de revisiter les mythes européens. En cela, il est « peut-être le plus moderne de tous », dit de lui Michel Onfray.

Représenté dans les années 80 par le grand marchand américain Léo Castelli, il a exposé dans le monde entier (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Amérique latine, Italie) a figuré dans de grandes collections publiques, dont celle du Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou –, du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, et du Museum Ludwig de Vienne. En 2009 la villa Médicis à Rome lui a consacré une grande rétrospective, « Le Classique et l’Indien ».

Trois ans après sa dernière exposition « La Bourgogne, la famille et l’eau tiède », Gérard Garouste a présenté à la galerie Daniel Templon un nouvel ensemble d’œuvres inspirées par le célèbre Faust de Goethe. Depuis longtemps concerné par l’empreinte du christianisme sur notre culture, Gérard Garouste a choisi d’explorer le mythe de Faust tel que Goethe le présente en 1808, celui d’un homme qui dispute son destin au Diable et à Dieu. Huiles sur toile, gouaches et bronzes interrogent les grands thèmes de la tragédie : la quête de la connaissance, le désir de jouissance, la nature du Mal, la question du « pari » et du « pacte » avec les puissances maléfiques et alchimiques, l’accomplissement individuel.

Dès les années 80, Gérard Garouste s’est intéressé aux écrits fondateurs de la culture occidentale. Après La Divine Comédie de Dante, le Don Quichotte de Cervantès ou le Gargantua de Rabelais, il s’est penché sur les textes sacrés, notamment la Bible. Avec Faust, Gérard Garouste renoue avec son goût pour la littérature, tout en poursuivant son questionnement, avant tout politique, sur le christianisme et le judaïsme. La peinture baroque de Gérard Garouste, tour à tour inquiétante et joyeuse, se peuple de variations sur les différents protagonistes – Faust, Méphistophélès, Marguerite, les sorcières – et d’un bestiaire fantastique – singes et guenon, bouc émissaire, cochon destrier.

Comme dans ses expositions précédentes, le peintre a emprunté le visage de proches pour incarner les différents personnages. On reconnaît également de nombreux autoportraits, en métamorphose permanente entre Méphisto et Faust, qui rappellent sa récente autobiographie. En 2009, dans L’Intranquille : Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou, l’artiste dévoilait ses conflits avec un père antisémite et sa lutte contre la folie.

On retrouve dans « Walpurgisnachtsraum » (septembre-octobre 2011) son grand thème du « Classique et de l’Indien » : à la maîtrise par l’artiste des règles de la peinture classique répond une totale liberté picturale, la folie et les intuitions de « l’Indien ».

Dans « Walpurgisnachtsraum », une place de choix est accordée à la pratique sculpturale de Gérard Garouste, qui a repris le chemin des ateliers de fonderie délaissés depuis les années 1990. En 2010, la commande monumentale qu’il réalise pour la rénovation de l’hôtel particulier du 23 de l’Université (Paris) a redonné à l’artiste le désir de la sculpture, qui se concrétise dans ses sculptures en bronze, entre abstraction et figuration.

23:40 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2017

Arthur Bispo do Rosario (1911-1989), le plus doué des représentants de l'Art vierge

Arthur Bispo do Rosario pourrait être rattaché à ce courant que l'on appelle faute de mieux "L'Art vierge". Loin de la Collection de l'Art Brut de Lausanne (Suisse), de la Maison du facteur Cheval à Hauterives (Drôme) ou des collections de l'Art en Marche réunies par Luis Marcel à Lapalisse (Allier) et, à nouveau, à Hauterives, on voyagera aujourd'hui jusqu'au Musée des Images de l'inconscient au sein du Centre national psychiatrique Pedro II de Sao Paulo  (Brésil) où apparut l'arte virgem.

Parmi les artistes qui sont issus des asiles brésiliens, un des plus remarquables est Arthur Bispo do Rosario. Né dans l'Etat de Sergipe, Bispo commença à avoir des visions en 1938 à Rio de Janeiro, où il vivait. Il fut interné l'année suivante dans la colonie Juliano Moreira du quartier de Jacarepagua et devait y demeurer en régime semi-ouvert pendant plus de cinquante ans, jusqu'à la fin de sa vie.

Il déclarait avoir reçu la mission divine d'ordonner le monde, tâche dont il s'acquittait en produisant des objets avec les matériaux du quotidien qui étaient à sa disposition dans l'asile. Sorte d'avant-gardiste malgré lui, il a réalisé des œuvres en usant de procédés actuellement en vogue dans l'art brésilien : la dénomination écrite ou brodée et la juxtaposition en série d'éléments similaires.

Dans une de ses œuvres les plus belles, Le Manteau de la présentation (O Manto da Apresentaçao), Bispo, dans une langue prophétique, a brodé ces lignes : "Le 22 décembre 1938 à minuit, en compagnie de sept anges dans les nuées spéciales en forme de tapis, les anges m'ont laissé muré dans la maison du fond, 301 rue saint Clément à Botafogo, entre les rues des palmiers et de l'église." Bispo croyait que, au jour du Jugement dernier, vêtu de son manteau, il serait conduit au Ciel.

10:43 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

13/04/2017

Christian Gabriel/le Guez Ricord opus II

L'explication de ce nom à rallonge : d'abord celui de baptême, de l'ange (d'où la possible déclinaison au masculin ou au féminin, ouvrant sur l'indétermination), celui de la mère et pour terminer celui du père. Guez Ricord, qui donnait à ses amis des prénoms d'anges, considérait qu'il ne s'adressait pas à des lecteurs mais à des poètes ; il voulait ainsi en susciter. Position liée à un isolement - notamment poétique - qui n'était pas que voulu.
Tout comme sa séparation avec Mireille Mammini, en 1986, devait le laisser gérer seul ses crises, jusqu'au 7 juin 1988. Sa poésie : de longs vers de 21 pieds qui correspondent selon lui à une opération alchimique. Toute sa vie, en quelque sorte. 
Les vers qui suivent sont, eux, relativement brefs. Ils sont à rapprocher de ceux confiés à Yves Peyré pour L'Ire des vents n° 9-10 (p. 111 à 122) en date du 24. III. 51980, sous le titre : "L'Annonciation, soit ses peintures comme". Dactylographié par l'auteur, surchargé de quelques corrections autographes, ce bref recueil n'est rattaché à aucun de ses livres. Chaque poème se trouve scrupuleusement suivi de sa signature.

*

L'ETOILE

PASCALE VERS LA REMISE EN CORPS

Qui es-tu plus que, là-bas même, un paysage
Qui filera sans épuiser le front les laines
Douces partagées, les malentendus de l'âge
Que j'offrais peut-être à un maître, reine
Garde et tiens le mot qui nous tenait, ô sage.

                                                     Villa Medici, 1 février 1974

 

ANJO OU LES TROIS NUITS D'UN ROI

Alors j'ai compté à l'ombre du nord l'enfance
Que tu gardes là-bas comme le sont les croix
Qui comptaient les corneilles et les droites lances
Pays enclos, de la terre morte les lois
Linge et col sur le seuil d'une reine fiancent.

                                                     Villa Medici, 1 février 1974

 

CHOUCHANE DANS L’ŒIL DU SANG

Partage les larmes, le sang répandra l'or
Des voyelles que le fouet traça aux veines
D'un arbre naissant, la peau scande ses ressorts,
Se souviendra du feuillage des vieilles scènes
qu'il faudra bien là-bas parfaire au rouge d'or.

                                                     Villa Medici, 1 février 1974

 

NICOLE PAR L'AVEU

Dénonce qui répandit en toi l'inutile
Le sperme froid de l'azur, l'acier mat proscrit
Qu'un nom impeccable a pendu là dans les deux milles
Qu'il nous faudra croiser hélas ensemble ici
Recommencer les masques, brûler jusqu'aux cils.

                                                     Villa Medici, 1 février 1974

 

CÉCILE ET L'ANGE

D'or croise ces femmes que ma main a livrées
Comme tu glisses sous les draps cette autre main
Que la Vierge légère laisse enfanter
Dans le livre d'une femme tissée de lin
Et lors croise ces mains que la peur a tissées.

                                                     Villa Medici, 1 février 1974

 

JOELLE PAR LE DERNIER CRI

Je n'ai plus rien, je ne suis plus, qui le serait
Aimant ou mort, mais moi-même, là-bas, l'exil
Déjà dans le sang d'une autre et m'ignore-t-elle
Que je l'habite pourtant mais d'y clore tôt
Les larmes du livre avec les flammes des temps.

                                                     Torshavu * 27.VIII.76
                            
                                      Christian Gabriel/le Guez Ricord

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* en Islande, land, terre, pays...

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