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14/06/2016

Balthus opus 2

... Altier, souverain, parfois serein, toujours indépendant, il se nomme, à certains moments, le "Roi des Chats". Balthus serait "le chat qui s'en va tout seul ; et tous les chemins se valent pour lui".

Le 18 février 2001, le Roi des Chats meurt et, immédiatement, cinq livres constituent des hommages à Balthus et apprortent un grand nombre d'informations biographiques et de phrases personnelles de l'artiste.
. Dirigé par Jean Clair, le superbe catalogue officiel de l'exposition Balthus à Venise réunit de nombreuses illustrations, des documents souvent inédits et des textes passionnants : entre autres, les analyses subtiles de Jean Clair, les commentaires des oeuvres de Virginie Monnier, l'étude de James Lord, celle du sculpteur Raymond Mason, celle de Sylvia Colle Lorant, de Giorgio Soavi... Michela Terreri, une des modèles de Balthus (Michelina), est un témoin perspicace qui se souvient de longues journées de "pose" : un témoignage précieux, rare.

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Frédérique Tison et Balthus à Chassy en 1957

 
. François Rouan, grand peintre, jadis pensionnaire à la Villa Médicis, ami de 30 ans de Balthus et de sa famille, intime, publie un livre étonnant, précis, sagace et fervent : Balthus (Ou son ombre). François Rouan est simultanément un témoin ébloui et un observateur attentif. Successivement, il décrit divers ateliers de Balthus, leurs changements, le vide solennel de bâtiments immenses, l'encombrement et le désordre (voulu ou accepté) de certaines zones de l'atelier, la "chasse au modèle" de l'artiste. François Rouan compare tel tableau de Balthus au "chef-d'oeuvre inconnu" de Balzac et met en évidence les corps déplacés : "Une tête a disparu au-dessus de l'orbe grise de ce qui fut l'encolure d'un tee-shirt" ; "l'humanité est encore présente par fragments, par facettes, en un mouvement de reconstruction". La recherche de Balthus serait la "force qui s'affirme dans une poétique de trébuchements". Ou bien, devant son tableau, Balthus parle à François Rouan : "Il faut que ça tourne. Tu sais comme ce mouvement rotatoire des couleurs sur les tranches des moulins colorés, tournicotent quand on les pousse rapidement et qui enlacent si bien le rouge, le jaune, le bleu et le vert... Tu sais bien... ces jouets qu'aiment tellement les enfants..."
. Vous lirez, peut-être, aussi les Mémoires de Balthus (recueillis par Alain Vircondelet) et Balthus à contre-courant (entretiens avec Constanzo Costantini).
. Mais surtout, oui surtout, ouvrez donc pour commencer la Correspondance amoureuse de Balthus et d'Antoinette de Watteville (1928-1937). Cette correspondance, sincère et théâtrale, est un roman épistolaire, une merveilleuse éducation sentimentale, l'apprentissage d'un grand peintre. Depuis l'enfance, Balthus et Antoinette se connaissent, se fascinent, dans leur paradis. Tous deux se séduisent, en particulier par l'écriture. Tous deux sont passionnés, tendres et cruels, insolents. Antoinette est le modèle de La Toilette de Cathy (1933). Elle est la Cathy des dessins des Hauts de Hurlevent... Balthus et Antoinette se marient en 1937 ; ils auront deux fils (qui viennent d'éditer cette Correspondance), puis ils divorceront plus tard.

                                                                                                Gilbert Lascault  

Balthus, de Jean Clair et coll. Catalogue officiel de l'exposition au Palazzo Grassi à Venise, (9 septembre 2001- 20 janvier 2002), Flammarion éd, 400 illustrations.
Balthus, Correspondance amoureuse de Balthus et d'Antoinette de Watteville (1928-1937), Buchet-Chastel éd., 23 €
Balthus (Ou son ombre), de François Rouan, Galilée éd., 20 €
Mémoires de Balthus, recueillis par Alain Vircondelet, Rocher éd., 19 €
Balthus à contre-courant, entretiens avec Constanzo Costantini, Noir sur blanc éd., 21 €

16:41 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2016

Max Jacob plasticien, opus 1

Scène japonaise avec samouraïs (22 x 28,5 cm)

M JACOB BLOG.jpg

Dans cette scène exotique en costumes, peinte en 1917 par Max Jacob (1876-1944) à la gouache et à l’aquarelle, est ici représentée l’exécution de deux personnes – sans doute des martyrs chrétiens que la loi des shoguns condamnait à mort, dans le Japon d’Edo – par deux samouraïs armés de sabres, dans une atmosphère paradoxalement apaisante.

Max Jacob pratiqua très tôt le dessin et la peinture, et y consacra de longues heures jusqu’à sa mort, dans les conditions que l'on sait, travaillant sur le vif et d’après photographies, exécutant aussi bien des paysages naturels ou urbains que des portraits ou autoportraits.

 « Quand on fait un tableau, à chaque touche, il change tout entier, il tourne comme un cylindre et c’est presque interminable. Quand il cesse de tourner, c’est qu’il est fini. » (« Le Coq et la perle », in Le Cornet à dés, 1917).

Jeune critique au Moniteur des Arts et à la Gazette des beaux-arts, il rencontra Picasso en 1901 et fut témoin privilégié de l’aventure cubiste, bien qu’il ne fît lui-même que quelques essais dans ce style. Comme il l’écrivait à René Rimbert en mars 1922 : « Ce n’était pas mon tempérament [...]. Je fais des œuvres avec le fond de mon ventre et [...] le fond de mon ventre est ‘opéra comique’. [...]. Je suis un homme de l’époque impressionniste par formation... »

Il vécut dans la pauvreté, ses livres ayant alors peu de succès, tirant principalement un revenu de la vente de sa production artistique : si, d’une part, il écrivait à Tristan Tzara (voir note blog du 15/8) : « Je fais des dessins qui ne se vendent pas. Je crie très fort que j’ai du talent pour me persuader que j’en ai mais je ne le crois pas. », il écrivait d’autre part en 1922 à Francis Poulenc : « La peinture marche aussi. Je suis en train sur le tard de devenir un vrai peintre… horrible ! Quelque chose entre Corot et Monnet – pas modeste. C’est pas de ma faute. »

Max Jacob exposa au Salon des Indépendants dès le début du siècle, puis dans des galeries d’art dans les années 1920. De grands collectionneurs ou relieurs comme Paul Bonnet lui demandèrent d’enrichir de dessins originaux leurs exemplaires.

16:42 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

Max Jacob plasticien, opus 2

 Cavalier, cavalières (14 x 19 cm)

MAX JACOB  2.jpg

Sur ce dessin au fusain, avec rehauts d'encre à la plume, que Max Jacob réalisa en 1941, inédite, on peut voir un cortège médiéval en grand équipage, comprenant un cavalier et deux cavalières montées en amazone avec de longues traînes.
L'oeuvre littéraire de l'auteur du Laboratoire central est traversée par des chevaux, toujours investis d'un sens métaphorique :
"Délivrez-moi de ce qui me prend de force. Quelquefois des images de blason me prennent comme une armée assiège la ville. Celles que j'aime sont celles que j'ai perdues. Ce matin, c'était une histoire épique à trois compartiments où tout était sombre et subtil. Le désir que j'eus de l'embrasser entière la fit s'envoler : un cheval galopait dans ce conte long et noir, avec des gestes héraldiques. Cheval épouvantable !  me voici balafré." (Les Oeuvres burlesques et mystiques de Frère Mathorel, 1912).

Ce dessin a été envoyé à son "ami Mourlet" (dédicace en bas, à droite). Jacques Mourlet était négociant en vins à Quimper, ville natale du poète. Résistant actif durant la guerre, il fut arrêté par la Gestapo mais heureusement libéré.

Au verso du dessin, on peut lire un manuscrit autographe de Max Jacob, anagramme poétique sur le nom de Ribadeau-Dumas, qui avait consacré un chapitre au poète dans son ouvrage sur le panorama littéraire français, Carrefour de visages (Paris, La Nouvelle société d'édition, 1929).

         "ri ba do du mas
          ri ma
          ba dodu
          damu
          ri do ma do du domu
          ri mi
          ri da
          ri di do da do ma
          ri bi ba da ma do ba do bi domu
          ri ma du do ba
          ba ri ma du do
          do ba ri du mo
          du ri ba do ma ri
          ma du do ba ri bi ba do du ma

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