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24/06/2016

Georges Malkine (1876-1970)

Le peintre Georges Malkine, qui gagnerait à être mieux connu, figure parmi les membres fondateurs du surréalisme. Le Pavillon des Arts a proposé la première rétrospective de son oeuvre du 28 avril au 29 août 1999, le catalogue édité à cette occasion se négociait à 245 F (37,35 €). Je retiens pour ma part, tout arbitraire que soit ce choix, la quarantaine de Demeures qu'il peignit, des huiles sur toile d'à peu près la même taille (60 x 80 cm), dans les années 66-70, à la fin de sa longue vie, chaotique pour le moins. Les Demeure de Jean-Sébastien Bach, de Lewis Caroll, de François Villon, d'Arthur Rimbaud, de Maurice Ravel, de Robert Desnos, d'Alfred Jarry, de Thomas de Quincey, de Li T'ai Po (Li Bei, ndlr), de Johannes Brahms, de Guillaume Apollinaire, de Machiavel, la Demeure d'été de Jean-Sébastien Bach...

Sa vie est entrecoupée de périodes de création et de "paresse idéale", où il s'astreint à de petits boulots alimentaires, il se tourne vers le cinéma (il joue dans "Mauvaise Graine" 1934, "Le Diable en bouteille" 1935, "La Loi du Nord" 1938...). De 1933 à la fin de la guerre, Georges Malkine ne peint plus. Voici ce qu'en dit Patrick Waldberg, qui l'a rencontré en 1932 : "J'ai fréquenté Malkine durant des périodes de repos, dans un petit appartement qu'il habitait rue Hautefeuille et dont les fenêtres donnaient sur la place Saint-André-des-Arts. Nous parlions peu. Il nous faisait écouter sur son gramophone les airs chantés par les Mills Brothers ou bien le Chant inca de Roger Désormières. Parfois il rompait le silence et, de sa voix cuivrée à la diction très pure, il évoquait une scène de Stevenson ou de Conradou, quelque fait obscur de sa vie errante qui lui revenait en mémoire et qu'il confrontait à mon jeune enthousiasme. Je le revis dans des chambres d'hôtel où nous partagions de lentes intoxications (à l'opium ndlr), toujours en silence et selon les préceptes d'une sagesse chinoise... Je perdis de vue Malkine, puis, un beau jour, je le retrouvai à la Foire du Trône, le torse moulé dans un maillot bleu et blanc, plus brun que jamais, jeune et souple, sautillant dans des espadrilles gitanes. Il était opérateur de balançoires et venait de parcourir la France en compagnie d'un cirque."

Deux extraits de sa correspondance, lettres adressées à sa soeur, Ingrid Andersen.

La première date de l'été 69 :

"J'ai été appelé étrange, excentrique, bizarre, fou, solitaire, sauvage, insociable, misanthrope. Il est sans doute bien vrai que je suis : étrange par rapport au banal, excentrique par rapport au bourgeois, bizarre par rapport à l'ordinaire, fou par rapport au cartésien, solitaire et sauvage par rapport au mouton, misanthrope par rapport au philanthrope.

Mais il ne me semble pas qu'on se soit jamais demandé si j'étais tout cela parce que j'aimais l'être ou parce que la bêtise, l'ignorance, la vulgarité, l'étroitesse d'esprit, le manque de goût, de sensibilité et d'imagination des autres ne m'avaient pas laissé le choix."

La seconde, du 3 mars 1970 :

"Je suis bien loin d'avoir fait tout ce que j'aurais voulu faire pour ceux que j'aimais, et pourtant j'ai cette chance extraordinaire d'être entouré d'affection dans ma soixante-douzième année, alors que tous les vieux, ou presque, sont abandonnés à cette époque de leur vie. La seule chose que j'aie pu faire fut de donner des toiles, et je peux dire que j'en ai donné autant que j'en ai vendu, et peut-être même davantage, dont l'ensemble constituerait aujourd'hui une assez impressionnante rétrospective !" 

13:44 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

23/06/2016

Présence de Sébastien Stoskopff I

Nature morte aux livres et à la chandelle

 

Sur les ailes grandes ouvertes du livre
une histoire entre mille
la poussière d'une aventure
qu'une gravure de Jacques Callot fige
dans l'espace circonscrit :
par les collines au long desquelles
le sable des caresses a fait son lit
un paysan esseulé inscrit sa silhouette.


Ah ! les coulisses qu'à libérées
l'aurore en son cortège campagnard
quand les cieux consentent
à reprendre haleine
comme l'herbe sous l'alisier.
Là même, se reconnaître
si quelque piste se donne à lire
quand l'homme revient à son histoire,
au filon minéral, aux sédimentations d'en bas.


Non loin de la baie se résout
l'ultime avancée de l'instant
l'éclat rouge sombre de la mèche se confond
au corps de la chandelle qui a sué
éteinte depuis peu
- ce qui vif demeure
après la parenthèse d'un souffle.

                                            Daniel Martinez

16:21 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)

22/06/2016

Présence de Sébastien Stoskopff II

Nature morte au réchaud, aux piverts et au baquet


Un miroir en réponse au liséré de l'oeil
que la carpe enfouie dans le baquet profond
change en un éclair, dans l'étroite cellule
où se débat la vie, sur un seul cheveu d'onde :
le peu d'or qu'elle recueille indique bien
que la douce membrane de l'eau
épousera sa fin, ne la préservera de l'outrage
ni du grésillement futur de ses chairs laiteuses.
Derrière le maillage précis de l'écaille
l'extrême transparence touche à l'oubli de soi,
à la folle pirouette, qui de l'eau l'a extraite,
à cette synthèse du commencement et de la fin :
deux piverts morts, un ange passe à l'orée,
mosaïque des verts sur le bois de la table
que déchire la frisante lumière
sur la gauche de la toile advenue.
Avec le réchaud respire l'ombre liquide
les vapeurs filigranent ce qui frémit :
un artichaut sur le plat d'étain
cache sous ses feuilles quelqu'exquise façon
de piquer le goût, transfigurer l'âme des choses.

                                          Daniel Martinez

20:56 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)