241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/06/2016

Printemps, es-tu là ?

OISEAU BLOG 2.jpg


      L'air des mots un égard échangeur
      (et reprend très loin le pâle tracé d'une route
      muée en un bouillonnement violet-rouge
      sous le crépuscule semblablement)
      quand s'envolent aux créneaux des branches
      les colombins à l'avenant plumes aux macules
      plus noires que calame le temps de fermer l'œil
      mon sujet d'âme y puise vive
      ta propre conviction face à tout.


                                            Daniel Martinez
                                            04/6/2016

13:05 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

03/03/2016

Un lointain fredon

                                                                          i.m. Jean Grosjean

 

Une douceur est là, présente dans l'air, une clarté rousse, qu'imprègne la mémoire des hauts feuillages, piqués de gouttelettes vertes. Tout lentement se diffracte dans l'indéfini.

 

Une rumeur dorée, grave, profonde, l'odeur poivrée du chemin qui monte - à travers toutes sortes de distances, de nouveau quelque chose en nous est atteint, chaque jour renouvelle sa réponse, le spectacle et l'écho.

 

Menues particules qui dansent, palpitent tel un coeur. On devine où se fond l'argile du visage, confronté à la part du dieu, dans le jeu des roseaux qu'agite un bruissement soyeux, l'inconcevable vérité de l'être dans le monde.

 

Les nuages ont tracé derrière eux, suivant une chronologie simple, les rythmes et le Temps d'une enfance que seul retrouve le poète.

 

Cette impression, les yeux fermés, de voir se perdre dans le paysage les lueurs d'un autre âge ; tout aussi bien, d'être là, derrière les cloisons d'une maison de verre, absorbé : devant l'écume des nuées, ses laisses vives et brusques dissolutions.

 

Dans le déchirement de l'air, apprendre le recueillement, si sans cesse nos désirs frayent avec les trop violents contrastes. Saisis au biais de l'oeil, nul n'en achève la chronique.

 

La misère et la beauté. Au pied du mur qu'il nous faudra franchir, l'exaltation soudaine d'un essaim de passereaux. Ou ce jet de colombes à l'instant qu'a choisi un filet de brouillard pour se dissoudre entre nos mains.

 

La figure s'éloigne et la voix passe. Quand l'écarlate du vitrail perce le gui du peuplier, l'oreille, parée des syllabes longues de l'espace mesure l'intermède crépusculaire.

 

La tête inclinée, touchée par une vague d'ombre, dans les lisières du sommeil ou de la fin promise. Quand tournent les sens, sous l'immensité circulaire.

 

Toi, à qui je parle depuis ma nuit, derrière les soyeuses ondulations du rideau brodé de vent, dans la chambre de l'esprit, le domaine pur des nombres et des reflets.

                                                                         Daniel Martinez

20:34 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

19/02/2016

Un prosème, inédit en français, de Katherine Mansfield

Les poèmes de Katherine Mansfield sont à peu près inconnus en France ! Quelle est, d'après vous, la cause de cet "oubli" ?... Seule une sélection de ses poèmes en vers a été éditée par Arfuyen (Poèmes, 1990). Ce texte-ci, dont la traduction est inédite en français, a été initialement publié dans un magazine de Dundee, "Triad", le 1er juillet 1908.



Study :  The Death of a Rose


     It is a sensation that can never be forgotten, to sit in solitude, in semi-darkness, and to watch the slow, sweet, shadowful death of a Rose.
     Oh, to see the perfection of the perfumed petals being changed ever so slightly, as though a thin flame had kissed each with hot breath, and where the wounds bled the colour is savagely intense… I have before me such a Rose, in a thin, clear glass, and behind it a little spray of scarlet leaves. Yesterday it was beautiful with a certain serene, tearful, virginal beauty ; it was strong and wholesome, and the scent was fresh and invigorating.
     To-day it is heavy and languid with the loves of a thousand strange Things, who, lured by the gold of my candlelight, came in the Purple Hours, and kissed it hotly on the mouth, and sucked it into their beautiful with tearing, passionate desire.
     . . . So now it dies . . . And I listen . . . for under each petal fold there lies the ghost of a dead melody, as frail and as full of suggestion as a ray of light upon a shadowed pool. Oh, divine sweet Rose. Oh, exotic and elusive and deliciously vague Death.
     From the tedious sobbing and gasping, and hoarse guttural screaming, and uncouth repulsive movements of the body of dying Man, I draw apart, and, smiling, I lean over you, and watch your dainty, delicate Death.   

                                                        Katherine Mansfield
                                                       
© Oxford University Press, Poems of Katherine Mansfield, 1988

* * *

Etude :  La mort d'une rose


     C’est une émotion qui ne se peut oublier, de s’asseoir et, dans la solitude, dans la semi-obscurité, regarder la lente, la douce mort d’une rose, en son ombre souveraine.
     Oh ! voir la perfection des pétales parfumés muer à mesure si délicatement, comme une fine flamme qui embrasserait chacun d’eux d’un souffle chaud et dont les blessures rougissent de façon sauvage et intense. J’ai devant moi pareille rose, dans un mince et clair miroir et derrière elle un petit bouquet de feuilles écarlates. Hier c’était beau, d’une évidente beauté, sereine, triste et virginale ; c’était émouvant et sain, et le parfum était frais et vivifiant.
     Aujourd’hui l’heure est pesante et languissante avec les amours d’un millier de Choses étranges qui, charmées par l’or de la lumière de ma bougie, viennent dans les Heures Pourpres et les embrassent vivement sur la bouche et fondent sur leurs belles lèvres avec déchirement, avec passion.
     … À présent donc, elle meurt… Et j’écoute… au-dessous de chaque pétale chu gît le fantôme d’une mélodie morte, aussi fragile et suggestive qu’un rayon de lumière sur un étang ombragé. Oh ! douce et divine rose. Oh, mort exotique, insaisissable et délicieusement vagabonde.
     Loin des sanglots et des halètements détestables, des hurlements gutturaux et des mouvements grossiers et repoussants du corps d’un homme passant de vie à trépas, je m’écarte puis, souriante, je me penche sur vous et regarde votre élégante, délicate mort.

                                              traduction de Viviane Thévenet

 

DESSIN DM.jpg
Azuretti, Daniel Martinez