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08/09/2018

Herberto Hélder de Oliveira (1930-2015), traduit par Filipe Jarro

Comme Nuno Júdice, dont Diérèse vous a présenté des poèmes inédits, voici pour vous ce dimanche chaud comme je les aime l'écrivain, le poète Herberto Hélder, qui se considérait comme autodidacte, et compte parmi les écrivains portugais de référence pour la seconde moitié du vingtième siècle - toujours éloigné des coteries diverses et variées qui traversent le médium poétique, et occulte de facto des pans entiers de la création... Bref. Partiellement traduit en français, je rendrai hommage en particulier aux Lettres Vives qui ont bien voulu l'accueillir dans sa collection.

Herberto Hélder de Oliveira avait été interviewé par Filipe Jarro en 1999. Voici un extrait de ce qu'il (lui) disait alors :

"Moi, je ne suis pas moderne. L'emphase souligne d'une part le caractère extrême de la poésie, et d'autre part sa nature extrêmement indéfinie de pratique destructrice et créatrice, et le secret jubilatoire de cette duplicité ; elle souligne aussi, scandaleusement, le sens non-intellectuel, supra-rationnel, corporel, du pouvoir de l'imagination poétique d'animer l'univers et de tout identifier avec tout. La culture moderne est devenue incapable d'une telle emphase, car il s'agit d'une culture alimentée par le rationalisme, la recherche, l'utilitarisme. Si l'on demande à la culture moderne de considérer l'esprit emphatique de la magie, l'identification de notre corps avec la matière et les formes, c'est toute la modernité qui s'écroule. Car l'esprit emphatique existe par soustraction des éléments sur lesquels se fonde cette culture. Nous sommes forcés d'aller loin, au plus secret du temps, d'aller boire aux nuits occultes. Il semble que la physique, maintenant, commence à travailler dans le sens de la question poétique : les choses ont entre elles des relations de mystère, et non des relations de cause à effet. On ouvre son chemin à travers l'obscurité, interrogeant, allant de l'avant."

* * *

 

Quel ouvrage penché : polir le joyau exténuant,
multiplier le monde face
après face.
Faire de l'image une conscience diverse.
Le feu de cette pierre toujours plus
éveillée, précieuse, convulsive, profonde, ardente.
Tu y travailles jusqu'aux ongles.
Tu travailles dans l'attention terrifiée, avec une telle louange
de l’œuvre, irréellement. Les saisons de la nuit, les systèmes
nerveux des hautes adiantes,
les plumages.
Et les jours compacts comme le lait
tenu dans les jarres, ou vastes
des soies étendues. Ils passent
unis les uns aux autres
par les coudes. Et tu lapides et lapides. Tu lui arraches la force
électrique. Qui toi,
aux mains et à la tête, dans le noir, dans l'élévation
de l'air dans le sommeil, te rend déracinément
limpide. L'éclair
interne. Qui te brûle la vue. Et dans l'aveuglement ne reste,
atroce,
que le cœur du joyau.

Herberto Hélder

in Última ciência

 

J'emprunterai à Herberto Hélder son expression : "L'éclair interne" pour en faire le titre de Diérèse opus 74. Vous prévenir aussi : une nouvelle auteure de qualité nous rejoindra, Marie Tavera. A bientôt. Amitiés partagées, Daniel Martinez

21:20 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2018

Visions

Et l'image son chant en toi
qui sommeille entre les rayures de la lumière
au fil d'une réalité surprise
par les pépiements d'enfants
parvenus jusque-là
dans la mémoire à claire-voie
et sous les rides du visage
l'été sue encore pour ramener
au monde l'essor nécessaire
sur les rives de son visage
le ciel n'a pas vieilli
des bouffées de splendeur
se résolvent en volutes
on ne respire pas que pour soi
renoncerions-nous aux choses de l'esprit
pour quelques instants d'innocence
ici les pas survolent les graviers blancs
les feuilles diffuses tu y hasardes les mains
l'histoire n'a jamais été aussi vraie
elles lui apportent une forme lucide
quand tu te donnes à moi
aux vertiges de la terre
filant au large
à l'unisson

 

Daniel Martinez

 

 

18:43 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

19/08/2018

Alain Suied

Je me souviens aussi - comme passe le Temps - de cet essayiste et spiritualiste comme je les aime, qui a publié dans Diérèse :

Sans titre.png


     Le monde te porte et le souffle
     qui le nomme.
     Nul ne sait le nom du monde.


     Le vivant traverse les générations
     et les saisons.
     Nul ne sait le but du monde.


     La matière filtre l'invisible
     et la lumière.
     Nul ne sait la forme de l'être.


     Le temps dénoue les illusions
     et les masques.
     Nul ne sait le visage de l'être.


     Le monde te précède et le souffle
     qui te nomme.
     Nul ne sait le silence du monde.


     Le vivant te murmure une douleur
     immémoriale.
     Nul ne sait la pitié du monde.


     La matière ramène la nasse
     de l'infini.
     Nul ne sait la profondeur de l'être.


     Le temps recoud la toile déchirée
     des disparus.
     Nul ne sait la présence de l'être.

 

Alain Suied

10:17 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)