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13/02/2016

Poésie roumaine II : Angela Marinescu

 Angela Marinescu est née le 8 juin 1941 à Arad :


Je devrais m'essuyer le visage avec cette souffrance.
Tu es ce cheval efflanqué se nourrissant de braise.
Tu es le froid de la nuit - nuit irréelle -
Un vallon plein de fumée, un autel étroit.
Je devrais me laver les mains dans ton lac glacé
Je devrais me pencher au-dessus de toi.
Je suis un être inutile ; dans ton pur espace,
Demeure, égarée, l'audace.
Seul le désert du paradis se gonfle à ma fantaisie
Et se débat longuement.
Tu es mon poème sans visage.
Tu es mon visage sans masque.
Quel hymne, quel amour, quel sacrifice exiges-tu,
Rameau d'olivier, paix profonde, enfer qu'évente mon cerveau
- mais quel enfer, moral et raisonnable,
Cruel et profond, transparent et froid.
Etreinte passionnée, serait-ce en rêve ?
Je devrais me jeter à tes côtés.
Je devrais m'endormir à tes côtés.

Mais laisse-moi, d'abord, te couvrir d'un voile noir.

                                     Angela Marinescu traduite par
                                                                                 Odile Serre

Poésie roumaine III : Marta Petreu

Marta Petreu est née le 14 mars 1955, en Transylvanie, près de Cluj, où elle a fait ses études de philosophie. Elle a d'abord enseigné au lycée, puis à l'Université. Marta a dirigé la revue de littérature Apostrof :

Le septième jour

Il aime bien ce qu'il a créé avec une grande économie de verbes,
                                                                                                   de gestes
comme un cardiaque qui compte ses battements de coeur
la fin est proche le désespoir subit la jouissance précoce
le coeur qui pète
quand la fête bat son plein le septième jour par exemple
vlan
oui vlan juste au milieu de l'amour


Quel soleil sublime - je m'exclame - quel monde nouveau
Seigneur
ton monde comme il est beau


Puisque son sexe peut encore tracer des calligraphies érotiques,
                                                                                                     au hasard
il aime ses créatures : comme un cardiaque
il économise ses gestes


Oui. Le monde tombe de la genèse
tout droit dans le mécontentement de soi-même : oh quel bain tiède
on y patauge : ni chaud ni froid
les vices sont truqués et mesquins
minuscules, comme le démon d'Ivan
sans diamants ni sentiments comme la nuit
sans velours qu'on a tellement attendue
la nuit mûre de ma féminité ratée


Il aime ses créatures
avec une grande économie de pensées de coeur
comme un cardiaque qui dort
près de sa dernière Sabine - celle qui a quitté d'elle-même les Sabins
(l'amour et l'insomnie m'effraient - disait-il -
il m'apporte le goût féminin
de la mort)


la nuit mûre de ma féminité usée


quel soleil merveilleux - quel splendide monde nouveau


                                                   Marta Petreu traduite par
                                                                        Ed Pastenague

Poètes coréens : Hwang Tonggyu, Ko Un, Sin Kyongnim

On surnomme Hwang Tonggyu le « poète vagabond » ; il est né en 1938 à Séoul où il a enseigné. Membre du groupe ultra-moderniste dit « des quatre saisons », il développe une œuvre à la fois lyrique et ésotérique.


En culotte la main gantée
Je regarde en bas le parking noyé par la pluie nocturne
Je ne dors pas
J’attendrai Je permettrai
Je permettrai tout
Jusqu’à ce que ton mal de vivre
Me fasse de nouveau pleurer
Jusqu’à ce que je m’arrête
Silencieux comme la monture du triste cavalier
Sur la colline
Sur l’autre rive de ton village.


                                Hwang Tonggyu


Extrait du Journal d’Iowa (à une femme)


* * *

Ko Un fut moine zen jusqu’à l’âge de 26 ans. Son œuvre reste marquée par le lyrisme bouddhiste que manifeste sa prédilection pour la méditation sur la mort. Depuis son retour à la vie séculière, engagé politiquement dans l’opposition, il a composé plus de 30 recueils de poésie.


          Canard sauvage


Canard sauvage
Canard sauvage
Où vas-tu
Je vais vers la rivière Chongchu
Pour quoi faire
Pour faire des petits
Combien de petits
Un Deux Trois Je ne sais pas
Si tu y vas un jour j’irai aussi
Flap flap flap


                 Ko Un

 


* * *

Sin Kyongnim est né en 1936 à Chungwon, étudiant à Séoul, son oeuvre est animée par une double préoccupation : la division de la Corée et le drame vécu par les paysans face à l'industrialisation et à la modernisation.


          Ces deux yeux
          (la chanson de la statue)


Deux bras mangés par le char ennemi
La langue coupée par les dents ennemies
Il ne me reste que ceci
Ces deux yeux
Qui me demande de les donner aussi ?
Personne ne pourrait me les arracher. Ces
Deux yeux
J'observerai les feuilles mortes       La neige blanche
Qui tombent sur la tête de mon pauvre peuple et leur fin.
Je les observerai jusqu'au bout


Pour voir la fin des oppresseurs et des opprimés
Je n'ai que ceci Ces
Deux yeux


                 Sin Kyongnim

10:08 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)