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12/07/2019

Haroldo de Campos (1929-2003) : "Yugen : Cahier japonais"

Un poète brésilien qui décoiffe, auteur des Galaxies : le plus radical des membres de l'avant-garde brésilienne des années 1920. A vous et pour vous, le plus simplement dit : je vous conseille de le lire de plus près.
Le poème qui suit a été écrit lors d'un voyage effectué au Japon en 1991. Yugen est un mot-clé de l'esthétique japonaise, traduisible par "charme subtil". Les deux idéogrammes qui le composent renvoient à "profondeur", "vague", mystère". Mais écoutez plutôt :

 

temple d'argent : ginkaku-ji


parmi les camélias

murs de bois

marron gris

 

fenêtres blanches

attendant en vain

la teinture d'argent

 

bois silencieux

fenêtres aveugles

main de chaux

 

              la mer de Chine

              et le mont fuji

              coexistent sur le sable

              blanc

 

à l'or obsédant

de l'autre temple

répond cette

rarissime

pénurie blanche

 

Haroldo de Campos
traduit par Inês Oseki-Dépré

10:52 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2019

Gérard Engelbach, "Peupliers dans ma musique", février 1987

Au fil de mes lectures et relectures d'été, ce livre-ci, paru en février 1987 à Sud Poésie, de Gérard Engelbach, le deuxième vers renvoyant à mon prochain opus, en prose cette fois. Trêve de digressions, voici :


       Par divination, art magique,
       Aurores de cristal,
       Nos vies, bien dégagées,
       Se croisèrent.


       C'était un lendemain,
       Le jour passé, peut-être ?
       Le temps battait des ailes
       Avec humour.


       Dehors est entré sous la terre,
       Dedans se perd au fond des bois.
       Très chère, le seuil est immobile
       De la maison dans l'air tremblant.


Gérard Engelbach

11:39 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

16/06/2019

Écrire, pour Blaise Cendrars (1887-1961)

De Frédéric Sauser, Frédéric-Jacques Temple qui fut son ami parlera comme de "cette voix qui restera parmi les plus humaines, les plus singulières et les plus fortes qui aient retenti dans notre époque pour proclamer que "la sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé et aimer encore le monde". Le contraire du pessimisme, de l'absurde et de l'abandon."


Écrire


Ma machine bat en cadence
Elle sonne au bout de chaque ligne
Les engrenages grasseyent
De temps en temps je me renverse dans mon fauteuil de jonc et je lâche une grosse bouffée de fumée
Ma cigarette est toujours allumée
J'entends alors le bruit des vagues
Les gargouillements de l'eau étranglée dans la tuyauterie du lavabo
Je me lève et trempe ma main
Ou je me parfume
J'ai voilé le miroir de l'armoire à glace pour ne pas me voir écrire
Le hublot est une rondelle de soleil
Quand je pense
Il résonne comme la peau d'un tambour et parle fort


Blaise Cendrars, in Feuilles de route
avec 8 dessins de Tarsila do Amaral. Paris, Au Sans Pareil, 1924.

18:00 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)