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07/07/2020

"Fragments nocturnes pour une chanson d'aube", de Michel Passelergue, avec 5 photos de l'auteur, éd. du Petit Pavé, sept. 2018, 72 p., 8 €

Elle est partie sans un mot. L'orchestre achevait de se dissoudre en symphonie involontaire. Le rideau a replié ses ailes sur le silence et la poussière. Je suis resté devant mes brouillons hasardeux, d'anciennes élégies fermées à double tour, quelques cartes muettes, un écran aux lendemains enneigés. Le temps, émondé de l'intérieur, ne respirait plus. Alentour, les chambres d'hôtes semblaient désertées. L'ascenseur, muet à tous les étages, m'a ouvert le chemin encore suivi par les ombres, à la périphérie de cette cité engourdie dans l'oubli de ses veilleurs. Une lumière vacillante, au bout de la rue, m'a fait signe. Je suis entré. La boutique regorge de vieux volumes, manuscrits, documents, coupures de journaux. J'ai feuilleté longuement les répertoires, les annuaires périmés, carnets d'adresses, notices nécrologiques, photographies mondaines sur papier glacé, - aucun indice sur sa disparition. J'ai ouvert un Abrégé de l'absence : confronter l'avers et l'envers de chacun des mots qui me manquent me permettrait, au mieux, d'apostropher le vide. A l'aube, plus rien que ces images d'un mauvais rêve.

 

Michel Passelergue

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03:46 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

02/07/2020

"La Maison des mémorables", de Jean-François Rollin, éd. Champ Vallon, février 1989, 160 p., 92 F

Ô splendeur calme,
limpide regard des statues,
pluie de roses sur la ville
à son réveil,
lorsqu'il s'en retourne dormir,
les rideaux s'interposent,
et c'est tout l'espace qui revient,
blondeur légère au-dessus des avenues marines
tirées vers le grand lieu hauturier et mobile
où le soleil commence.


Sur la cheminée,
verrerie gracile,
est posée la carafe.
D'une telle transparence,
l'instant d'un éclat,
multiples mouvances au plafond,
ciel éphémère inventé par le matin,
pâle et rose nue bouclée,
c'est le vent sur son erre
sous l'éther surgi du chiffre.

 

Jean-François Rollin

 

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01/07/2020

"Carnet d'un buveur de ciel", de Dominique Sampiero, éditions Lettres Vives, octobre 2007, 96 p., 13 €

Quand les mots se rétractent jusqu'à l'os, se taire fait craquer les gencives, les phalanges, et c'est une terre noire, plus sombre que la nuit, un trou béant dans la présence où tombent les regards les uns après les autres comme des feuilles mortes.


Alors les regards m'évitent, les silhouettes croisées ont peur de tomber dans cette absence, ce ciel vide qui plane au fond de moi, ce ciel sans bord, infini, cette pure présence où je m'avale, dévale, je passe à travers, mes doigts se crispent, puis je respire, je relâche, et je plane, à force, dans cette chute sans fond avec un visage de feuille morte.


Je n'existe que par ressemblance. Je suis présent par petits bouts, par morceaux. De grandes bourrasques roulent leurs rires ou leurs larmes et me dictent des pensées d'oiseaux, d'enfants enivrés par le tabac. Au réveil, me reste l'impression d'être passé à côté d'un ami sans le reconnaître. Quelque chose comme un rêve qu'on a oublié d'écrire. Moi, tout simplement.

 

Dominique Sampiero

07:14 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)