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12/07/2020

"Le jour l'aurore", de Patrick Laupin, aux éditions Comp'Act, janvier 1987, 80 pages

Brumes de part et d'autre de la presqu'île, les deux fleuves comme les deux flots les deux bords d'une unique pensée. Tache d'eau, lumière grise, beige et rose, des années durant le même tourment, un unique regret, reflets peuplés d'adieux, tombeau et bruit.


c'est un grand jeu avec tous les disparus ou la réverbération d'une seule et même image des années durant...


Soleil Éclat de mer pluie Et à nouveau brume sur ce paysage immobile


Je suis là, vivant murmure, vivant reproche, en attente de partir ou dans la douleur de ce qui s'enfuit (Barcelone sous ce jour de pluie, Barcelone grise et mouillée, le sol jonché de tracts, l'asphalte criblé de feuilles traînées à tous les vents)


quelques livres quelques larmes et une supplication muette comme depuis toujours (dans la peur et la poésie dans la douleur vivante faite à la pensée, à la recherche sans cesse du désir d'écrire)


dans des voyages pour où pour qui vraiment (se jeter comme un fou dans le paysage, le oui sans mesure à la démesure de l'univers) dans des gares grises et sales, des squares de banlieue mal éclairés, des trains de nuit déserts, des villages immobiles et muets sous la pluie


ce soleil froid, gris et brume, la poussée muette des grands fleuves, des cortèges d'aube et des désirs comme de grands navires qui chavirent dans les yeux (l'heure qu'il est, le temps qu'il fait)
Il pleut doucement sur tous les silences...


Et parfois comme une délivrance ce ciel nu bleu pâle tombant sur les épaules Le bleu alors très exactement quand le silence sur ces toits d'ardoise


immobile et muet immobile et séparé comme aucun langage jamais ne le fut comme aucun langage jamais ne le sera

 

Patrick Laupin

05:46 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

10/07/2020

"Cortège pour le corbeau", de Robert Marteau, éd. Calligrammes, 4 dessins de François-Marie Griot, 11/10/1991

9

La peinture bleue
dont le soleil se teint,
la braise d'érable
dont il fait son feu,
le diadème
que deux serpents composent,
l'ove, la corne, la crête,
l'extase,
nul ne les a vus
qui ne les voit en soi-même.

 

10

Il n'y eut pas d'abord
un souffle, un signal,
un commencement. La mue
et la mutation, du centre
vers les rives, et la chute
et le retour, à l'infini
constituent le présent,
sur le fuseau le fil
qui d'un même mouvement
s'enroule et se dévide.

 

Robert Marteau

11:19 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

09/07/2020

"Des nuages et des brouillards", Emmanuel Hocquard, éd. Spectres Familiers, été 1985, 40 pages, 60 F

Lucrèce écrit que les maladies se propagent "comme les nuages et les brouillards (nubes nebulaeque)"


La rumeur des livres est dans ce remous. Circulation des traces, d'un lecteur à l'autre. Une morsure réitérée. Un remords.


Pour celui qui est dans la rumeur des fables, la rumeur du monde est un fablier. Un recueil de légendes. Pour celui qui est dans la rumeur du monde, la rumeur des livres est du vent.


Celui qui écrit a une oreille dans la rumeur du monde et une oreille dans la rumeur des livres. Sa tête est pleine d'échos et de songes creux. En écrivant, il cherche le silence. Il porte seulement sa part de vent au moulin des rumeurs.


Celui qui lit est dans le brouillard. Il se guide sur des échos. Il prend des vessies pour des lanternes.


Celui qui lit a un œil sur le monde et un œil sur la fable. Il n'y voit que du bleu. Son œil est une oreille qui recueille le bruit de l'océan dans un coquillage vide.

 

Emmanuel Hocquard

08:02 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)