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16/07/2017

Patrick Laupin, pour accompagner juillet

       En hommage à ce poète et à cet essayiste, né en 1950 à Carcassonne, publié à La Rumeur Libre, une petite acrylique de "derrière les fagots" (dixit mon grand-père paternel, qui fut d'abord chaudronnier et m'enseigna l'art de souder à l'acétylène : cette fameuse petite flamme bleue telle une pluie de lunes sur les charnières remises à neuf du grand portail ; au cœur des solstices, de purs ferments d'éternité). Mais d'abord, page 19 du "Jour l'aurore", paru chez Comp'act, et réédité en janvier 1987 :

          le jour l'aurore

          les arbres tremblent

          comme un délire

          le langage le monde

          ne nous appartiennent pas 

Puis, en page 47 :

elle frôle les marches de grès sous la lumière abrupte de juillet glisse légère à travers les ocres les ombres brûlées les terre de sienne pour descendre encore plus loin laissant derrière elle la grande embrasure blanche la terre verte l'après-midi sans recul sous le poudroiement de l'été


Patrick Laupin

 

ACRYLIQUE BLOG.jpg

L'éclat des choses, acrylique, Daniel Martinez

 

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21/06/2017

Malcolm de Chazal (1902-1981)

L’œuvre singulière de Malcolm de Chazal

Malcolm de Chazal est l'un de ces grand marginaux dont la littérature a besoin, peut-être pour rêver d'elle-même. L'intense et singulière étrangeté des écrits, associée à l'éloignement de l'auteur - l'île Maurice -, a contribué à installer son beau nom dans les marges de l'histoire littéraire, au cours des années qui ont suivi la dernière guerre.

Né en septembre 1902 à Vacoas, dans une famille fixée à Maurice depuis près de deux siècles, sujet britannique, Malcolm de Chazal fut d'abord ingénieur avant de devenir fonctionnaire. Dans les années 1930, il rédige, toujours en français, une foule d'aphorismes qu'il fait imprimer lui-même. En 1947, Jean Paulhan l'accueille avec enthousiasme et publie, chez Gallimard, Sens plastique, puis, deux ans plus tard, La Vie filtrée. André Breton vante le "système génial de perception et d'interprétation" de l'écrivain. Francis Ponge le félicite de "fracturer ainsi les portes du concret". Georges Bataille, Jean Dubuffet s'émerveillent. Mais Malcolm de Chazal fatigue ses interlocuteurs parisiens, lassés par le manque de mesure de son esprit qui veut embrasser tous les domaines du savoir et de l'expérience.

A partir de 1950, il auto-publie, à Maurice ou à Madagascar, une foule de livres et commence une œuvre picturale. Il détruira lui-même une partie de ses ouvrages. En 1968, Jean-Jacques Pauvert publie de brefs poèmes. On s'intéresse à nouveau à lui. Il meurt en octobre 1981. "Dans la mort, l'étonnement est peut-être le sentiment dominant", avait-il prévu.

Quelques rééditions, chez Gallimard ou à L’Éther vague, et aussi chez Exils (Pensées, 1999, qui regroupe l'ensemble de ses livres d'aphorismes) maintiennent un peu la mémoire du nom de Malcolm de Chazal. Jean-Paul Curnier et Eric Meunier ont décidé d'exhumer, aux éditions Léo Scheer, l'essentiel de l'immense production littéraire de l'écrivain qui, selon J.-P. Curnier comporte 57 titres recensés d'ouvrages et d'opuscules dont la plus grande partie n'existe plus qu'à un ou deux exemplaires". Petrusmock, "roman mythique" de 500 pages datant de 1951 a été le premier de la vingtaine de volumes (au total 5 500 pages) qui seront publiés, au fil de l'eau. A redécouvrir toutes affaires cessantes le tome 14 : Sens magique, composé de 755 aphorismes. 

"Je ne crée rien, écrivait Malcolm de Chazal. Simple greffier, je n'interprète pas, je décris. Je ne suis qu'un cinématographe de l'invisible." Cette édition n'est pas critique, elle se contente d'établir et de reprendre chacune des œuvres de l'auteur.

                                                                  Pierre Drachline

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18/06/2017

Gérald Neveu II

Les Derniers Poèmes

Cette nuit...

Cette nuit inventée qui bat solitaire
contre l'aorte, serait-elle
le sujet antérieur de ces longues histoires imbriquées comme nœuds de lombrics ?
vers l'aube
suinte
la gouttière.


Un oiseau balaie l'angle oculaire où fourmillent les gestes.
Dans le cadre d'une fenêtre
le geste des mains tisse
les scintillements essentiels,
maigre enfilade de rires
au verso du souffle.


Mais belle indigente à têtes blanches
c'est la nuit qui prend comme plâtre


J'ai cherché longtemps
et je cherche
la superposition d'une malice simple
à tout élan


Donnez-moi, vous qui vivez l'angoisse de parler, celle de voir


Rien n'éteint le désir


Donnez-moi, vous qui vivez, le sceau brûlé de l'action


Une soif constellée tire vers elle-même
des salves muettes.

                                           janvier 1960

 * *

Midi

Il est tombé - dit-on -
Plume noire et plume blanche
Sa soif traînant
En immense branchage.
Et donnez-moi - dit-on - ce sourire
Et ce géranium !


Les portes battues parlent d'or.
Le vent durcit en coquillage.
Descends - tu le peux -
De ton chariot de victoire
Pour un triomphe plus amer,
Pour une marche plus charnelle.


Lèvre sur cœur comme vipère,
Ma petite tuile d'orgueil...


On écoute tourner le vin,
Noircir le sang,
Changer le sable.
On écoute pourrir
comme une musique de terre
quelqu'un de seul.


Et que s'écrase la pleine candeur
A rendre sourd
A pleines forces contre tout !


Tu tends les mains au plus
lointain du feu.
Ta voix circule dans la pierre.
Quelle boisson désormais pour
Noyer le soleil ?
Non ! Rien !
Tout au plus, au petit jour,
Une hâte lasse, et
- barrant le visage -
L'ancien supplice désamorcé.
Le dessin était pur qui verrouillait
L'espace !
Nids blancs à fond de ciel,
Mains de bois dur sans espérance,
C'est Midi qui se ferme
Comme un objet. 

                                                        Gérald  Neveu      
                                                       29 février 1960

Diégèse

Poèmes saisissants que voici, que j'ai tenu à faire découvrir à ceux qui ne les connaissaient pas encore. Pour aller vite, nous sommes ici en présence d'une voix qui égale le meilleur de Jean-Philippe Salabreuil... Qu'est-ce qu'une langue, sinon un corps ? Qu'est-ce qu'écrire, sinon toucher à ce corps, et assumer toutes les conséquences du geste ? Toucher à la langue est consubstantiel, et, comme chaque fois que l'on touche au corps, cela fait jouir ou souffrir selon. Au pire, jusqu'à cette "enclave de nuit noire" dont parle Cédric Demangeot dans son dernier opus "Autrement contredit", éd. Fata Morgana, 17 mars 2014.

J'en terminerai avec cette citation d'Héraclite (550-480 av JC) : "L'homme touche la lumière dans la nuit, quand il est mort pour lui, la vue éteinte ; mais vivant, il touche au mort, quand il dort, la vue éteinte ; il touche au dormeur quand il veille.", traduite par Bollack et Wismann. Manière de dire que, sans aller jusqu'à une martyrologie de principe qui se nourrirait des manquements cristallisés du corps social, il conviendrait aujourd'hui, pour les lecteurs de Gérald Neveu que j'espère nombreux, qu'ils aient à l'esprit que derrière tant de souffrance intériorisée pourrait se cacher un mauvais rêve vigile qui le renverrait donc sans fin, en esprit & selon la formule héraclitéenne, à son propre sommeil. Oui, Gérald n'est pas mort : car un bon poète est immortel, justement. A Alain Brissiaud, DM

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