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30/06/2019

Gu Cheng III, traduit par Annie Curien

Les yeux noirs

La venue


ouvre donc la fenêtre et caresse les tourbillons d'automne
les jours d'été sont une tasse de thé fort enfin éclairci
il n'y aura plus de cauchemar ni d'ombre lovée
mon souffle est nuage et l'espoir chant


ouvre donc la fenêtre et je viendrai
tes cheveux noirs s'éparpillant sur un ciel limpide
sur le faîtage sonore les hommes et les drapeaux fragiles
vont à petits pas sans soulever de poussière


je suis arrivé tu n'attendras plus amèrement
il suffit de fermer les yeux pour trouver tes lèvres
il était une barque flottant des sables du rivage vers la falaise
les rayons du soleil s'inclinaient tels des rames plongées dans les rêves


il n'y a pas de roi suprême pas d'âme suprême
tu es mon épouse ma vie impérissable
je dirai dans ton sang toutes les choses du lointain
le monde est une nécropole que scellent les voix du souvenir


Gu Cheng
août 1982

11:59 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2019

Gu Cheng II, traduit par Annie Curien

"Les Yeux noirs" est un livre paru en mars 1986 à Pékin, aux éditions du Peuple.

 

Les yeux noirs

Le chemin de loess en hiver


c'est le chemin de loess en hiver
bordé de piles de galets
la poussière se repose dans la lumière pâle du soleil
gardant sa chaleur dans le froid
notre marche nous a fatigués
tu ne vois pas, dis-tu, cette maison vide
peut-être n'existe-t-elle pas, alors asseyons-nous
voici justement un talus


je connais bien les foins qui courent sur ces talus
ils sont coupés
ils se sont épuisés à donner leur sève
ils m'avertissent
que tout peut changer, en pleine nuit
le plus favorable des vents peut lui aussi
se transformer en une bête
qui hurle sauvagement
ils disent : ne restez pas assis trop longtemps
pourtant, tu dors encore
appuyée légèrement contre mon épaule
tes longs cheveux bruns recouvrent ma poitrine
ils s'étalent paisiblement
si fatigués qu'ils en oublient de flotter
le soleil, le soleil lui ne peut plus attendre
il pâlit, mon tendre regard
j'ai perdu le mot qui sait te réveiller


c'est le chemin de loess en hiver
la nuit profonde commence à s'étendre parmi les ombres


la première étoile n'a pas pleuré
elle a retenu ses larmes dorées
tu t'appuies légèrement contre mon épaule
dans un souffle que je ne peux tiédir
les lèvres tremblantes, tu murmures en rêvant
je sais, tu demandes le pardon maternel

Gu Cheng
octobre 1980

10:18 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

25/06/2019

Gu Cheng (1956-1993), traduit par Annie Curien

Un poète tragique, qui vivait parallèlement à son mariage, un amour concubin, qui tournera court. Il mettra fin aux jours de son épouse, avant de se pendre, laissant comme testament : "J'ai tué ma femme. Ne me regardez pas dans les yeux."


Les yeux noirs

Journal amoureux

il me semble que j'ai fini
par rencontrer la lune
verte diffusant une lumière bleue
peut-être un mince bouton doré
cloué au ciel velours-pourpre


le froid le froid des débuts


le mouchoir qu'on agite
qu'on retient en suspend
qu'on agite à nouveau
en direction des lointains
sur le rivage brun des Samoa
la nouvelle mariée marche vers l'océan


ne divague point ne divague point


derrière l'écran du ciel éternel
peut-être y-a-t-il deux colombes
endormies les ailes relâchées
un baiser tout juste oublié
continue de réchauffer
les territoires des vents de sud-ouest


l'envol l'envol n'a pas eu lieu


Gu Cheng
février 1982

11:26 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)