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22/12/2019

La lumière est convertible en durée

Petites pierres grammes de la roche
en l'onde déhiscente
frappée de roux minéraux
un temps faible un temps fort
qui meurent en nous
à mesure que nous prenons vie


Une neige fondue confond
le ciel et le jardin
tu les écoutes attentif
quitter l'enfance
le pouls à présent régulier
d'une fine pluie glacée
la vue le regard la vision
où est la vraie mémoire


Et ce roseau d'or noir
t'initia à ces signes
que nous offrent les dieux
l'amande voilée par sa bogue
tu relis ce soir Gu Cheng
entre les nœuds de notre corps
ces mots acérés paraissent
nés pour être nuit
ils façonnent des ombres
toujours renaît le cri
toujours renaît l'amer


Dans toute vie il est
un pur instant que rien n'effacera
ce centime jeté à l'entrée de la chambre
l'infinitésimal qui déploiera l'infini
on se confie au silence
certains le diront prière
d'autres au sein de ce hasard immense
immense finalité
la lumière serait-elle
convertible en durée


Les outils sous la braise
les pieds nus sur les mottes retournées
le temps fil d'Aran
dans les allées fumantes
avec des lueurs d'incendie
caressant l'or du ginkgo
comme une part
arrêtée de nous-mêmes
au bout de la route blanche
au creux de l'heure
de quelques notes transposées


On range les bûches de l'hiver
sous l'orbe limpide
de la châtaigneraie
on écrit la voix de l'autre
près de la fenêtre ouverte
aux carreaux bleus
paresse l'haleine mère
montée de la terre chaude
à quelques pas de ta Demeure


Daniel Martinez
le 22/12/2019

"Les yeux noirs", de Gu Cheng, traduction d'Isabelle Bijon et Annie Curien, éd. du Peuple, mars 1986 (Pékin)

La venue


ouvre donc la fenêtre et caresse les tourbillons d'automne
les jours d'été sont une tasse de thé fort enfin éclairci
il n'y aura plus de cauchemar ni d'ombre lovée
mon souffle est nuage et l'espoir chant


ouvre donc la fenêtre et je viendrai
tes cheveux noirs s'éparpillant sur un ciel limpide
sur le faîtage sonore les hommes et les drapeaux fragiles
vont à petits pas sans soulever de poussière


je suis arrivé tu n'attendras plus amèrement
il suffit de fermer les yeux pour trouver tes lèvres
il était une barque flottant des sables du rivage vers la falaise
les rayons du soleil s'inclinaient tels des rames plongées dans les rêves


il n'y a pas de roi suprême pas d'âme suprême
tu es mon épouse ma vie impérissable
je dirai dans ton sang toutes les choses du lointain
le monde est une nécropole que scellent les voix du souvenir

août 1982
Gu Cheng

21/12/2019

"Haïkus du temps présent", par Madoka Mayuzumi, traduction de Corinne Atlan, éditions Philippe Picquier (07/11/2014)

Au milieu de ce tohu-bohu actuel, je rencontre (16/12/2019, ndlr) une poétesse japonaise de passage à Paris, Madoka Mayuzumi. Elle enseigne le haïku à des français lors de chacune de ses visites. Cet art, si précieux, pratiqué depuis des siècles, a pour principe d'exprimer, en dix-sept syllabes, la force des saisons et l'importance de la nature. Bouleversée notamment par la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, la poétesse la plus célèbre du Japon a recueilli les haïkus écrits par les survivants de cette calamité. J'espère que ce livre sera un jour traduit. En attendant, il nous est possible de lire ses quatre-vingt-quatre Haïkus du temps présent (éd. Piquier) dont celui-ci :

         "Devant les cerisiers en fleur
          On ne peut douter
          Des lendemains"


Philippe Labro

 

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