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02/02/2015

"L'animal que donc je suis", de Jacques Derrida, éditions Galilée

Le 9 juin 2004, quelques mois avant sa mort, Jacques Derrida participait à une journée d'études à l'université Marc-Bloch de Strasbourg. Après avoir dialogué avec plusieurs jeunes chercheurs venus présenter leurs travaux, le philosophe se tourna vers ses amis Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe. Au cours de la conversation fraternelle qui suivit, et dont on lira des extraits dans la revue Rue Descartes ("Penser avec Jacques Derrida", PUF), il y fut question du testament, du deuil, mais aussi de l'immortalité : "Naturellement, je ne crois pas à l'immortalité. Mais je sais qu'il y a un je, un moi, un vivant qui se rapporte à lui-même dans l'auto-affection, qui pourrait être un oiseau et qui se sentira vivant comme moi, et donc qui pourrait, en silence, dire moi, et qui sera moi ! ", avait confié Derrida.

Bien des années auparavant, déjà, quand il parlait de lui, de sa vie ou de sa survie, le philosophe délaissait les concepts pour préférer une langue de poésie et de prophétie, où les "mots du coeur" se mêlaient à une réflexion inquiète quant au statut du "vivant". Chez lui, l'écriture autobiographique se faisait souvent bestiaire existentiel, s'originant dans ce qu'il nommait une pulsion "zootobiographique" : "J'ai une perception et une interprétation très animaliste de tout ce que je fais, pense, écris, vis, mais aussi de tout, de toute l'histoire, de toute la culture...", avait-il noté, par exemple, lors d'une rencontre organisée à Cerisy-la-Salle, en 1997.

A cette occasion, Derrida avait prononcé une conférence intitulée "L'animal que donc je suis". C'est l'intégralité de cette belle intervention qui a paru chez Galilée, dans une édition établie et annotée par Marie-Louise Mallet. Parcourant les oeuvres de Kant, Levinas et Lacan, le penseur y montre qu'aucun de ces auteurs n'a vraiment rompu avec la conception cartésienne de l'"animal-machine", c'est-à-dire incapable d'accéder au langage, dépourvu de subjectivité, donc privé de tout droit.

"Que se passe-t-il quand on croise, nu, le regard de ce qu'ils appellent un animal ?", demande Derrida. Expérience apparemment anodine, certes, mais dont le philosophe fait le point de départ d'un vaste geste déconstructeur adressé à la métaphysique occidentale. Inséparable d'une position de maîtrise anthropocentrée, cette métaphysique s'enracinerait tout entière dans "la tradition judéo-christiano-islamique d'une guerre contre l'animal, d'une guerre sacrificielle aussi vieille que la Genèse".

A force de définir "l'animal" en général par tout ce qui lui fait défaut (raison, pudeur, rire, inconscient...), la pensée moderne se serait rendue aveugle à la finitude et au dépouillement qui constituent le propre de l'homme en tant que vivant : "Rien ne m'aura tant donné à penser cette altérité absolue du voisin ou du prochain que dans les moments où je me vois nu sous le regard d'un chat", écrit Derrida.

                                                                                     Jean Birnbaum

17:06 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

La poète danoise Pia Tafdrup sera présente in Diérèse 64

Un extrait de Les chevaux de Tarkovski

        ... La force de la langue -

        Eurydice chante.

        Un je ne sais quoi dans l’être du cheval  

        le fait apparaître.

        Une ombre luit,

        à présent il EST ici. C’est tout.

                                          Pia Tafdrup

                               
      trad Janine et Karl Poulsen

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Dessin sur papier Japon, Daniel Martinez

01/02/2015

Eric Barbier sera présent in Diérèse 64

Une fleur (pourquoi l’hiver n’éveille-t-il qu’elle dans ce fouillis de camélias ?) que le froid semble méduser et ainsi elle restera vive dans ce gel sauvage, vive et muette dans le même temps, comme l’orbe de ce pays immense souvenu dans le regard de l’homme déjà visité par un patient abattement. 

Je me perds dans une gorgée d’eau née du dégel des branches d’un cèdre immense, eau recueillie dans le creux aveugle d’un bassin improvisé de graviers. A hauteur d’homme, le tumulte éteint d’une fête d’incroyants, partage essentiel de la voix très basse du mystère.

Le matin froisse la raison, matin dénudé par un ébat de merles affairés à grappiller des baies sous la grisaille chancelante du ciel. Soleil blasphémé par nos impostures indifférentes, un présent d’une si pâle occupation que le souvenir s’y confond avec la mémoire.

                                                                                                Eric Barbier