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09/05/2014

"De la poésie", Charles Baudelaire

Le texte reproduit ici est conforme à sa première parution, le 15 avril 1846 dans L'Esprit public :

"Quant à ceux qui se livrent ou se sont livrés avec succès à la poésie, je leur conseille de ne jamais l'abandonner. La poésie est un des arts qui rapportent le plus ; mais c'est une espèce de placement dont on ne touche que tard les intérêts, - en revanche très gros.

Je défie les envieux de me citer de bons vers qui aient ruiné un éditeur.

Au point de vue moral, la poésie établit une telle démarcation entre les esprits du premier ordre et ceux du second, que le public le plus bourgeois n'échappe pas à cette influence despotique. Je connais des gens qui ne lisent les feuilletons souvent médiocres de Théophile Gautier que parce qu'il a fait La Comédie de la Mort ; dans doute ils ne sentent pas toutes les grâces de cette oeuvre, mais ils savent qu'il est poète.

Quoi d'étonnant d'ailleurs, puisque tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours - de poésie, jamais ?

L'art qui satisfait le besoin le plus impérieux sera toujours le plus honoré."

                                                                                          Charles Baudelaire

 

19:50 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

02/05/2014

Marcel Béalu, un texte de Daniel Abel

  C’est au cours du « temps lent » de l’hôpital que je découvris, à côté de poèmes de Jacques Marie Prével, Antonin Artaud... dans l’Anthologie de Georges Emmanuel Clancier : De Rimbaud au surréalisme, un texte de Marcel Béalu intitulé « Le Bocal », lequel m’enthousiasma. Il ne s’agissait plus de décrire de l’extérieur mais de pénétrer l’essence même du poème, de vivre des métamorphoses, de participer d’un climat de magie cher aux romantiques allemands et au surréalisme.

Lorsque je me rapprochais de Paris, je voulus connaître l’auteur de tels textes et je le découvris, rayonnant, solaire, aux environs de 1958, en sa librairie du Pont Traversé, rue St Séverin. Le quartier les gargouilles de l’église, le théâtre de la Huchette où l’on jouait Ionesco, la rue du même nom avec ses gargotes aux senteurs fortes, l’atmosphère des caveaux de Villon, l’église St Julien le Pauvre face à Notre Dame, la rue St Jacques d’une flèche vers le Panthéon...  J’étais « le Paysan de Paris » subjugué par le Paris médiéval, occulte... par la « Ville volante », conte qui ouvre le recueil de La Pérégrination fantasque.

J’appris que Marcel Béalu avait été marchand de chapeaux à Montargis puis il avait ouvert cette librairie avec les livres d’ésotérisme, occultisme, surréalisme, art... On avait envie de fureter parmi les éventaires, de s’attarder sur des dessins de Marcel Béalu, des photos d’écrivains en vitrine, avec les dédicaces. La librairie était un antre aux trésors, à l’étage l’alchimiste façonnait ses pépites en de courts poèmes, imprégnés d’onirisme, de merveilleux.  

Il reconnaissait volontiers : « La poésie n’a jamais été pour moi un refuge ou une fuite mais la seule expression possible : celle qui s’efforce d’atteindre au plus secret. » Pour reprendre un slogan de mai 68, avec Marcel Béalu l’imagination était au pouvoir : «  l’imagination c’est la prescience du mystère, la mémoire de l’ombre »

Marcel Béalu m’apparaissait à l’époque comme un veilleur, solaire par le visage, la chevelure bouclée, il avait de beaux yeux clairs de voyant, habités d’une flamme intérieure. Derrière lui se dessinait un paysage, la Loire de son enfance, de son  adolescence, des environs de Saumur, l’eau courante ou dormante, écrin où elle se montre, glissante, fascinante... « Je me promenais innocemment près de la rivière quand une voix lointaine et comme venant du fond de l’eau m’arrêta... » Le chant des sirènes ? L’Araignée d’eau, qui deviendra la troublante Nadie.

Marcel Béalu savait, dans ses contes, nous entraîner dans le surréel, dans le climat de l’envoûtement, cher aussi à Nerval. Il déclare pourtant : «  je ne pense pas qu’il y ait d’écrivain plus réaliste que moi, inventer n’est pas mentir... » C’est sans doute transposer. « A regarder les choses sous un certain angle on peut voir tous les jours des maisons s’envoler, des bêtes ayant le don de la parole, des poissons qui se transforment en clés d’or, des femmes qui se métamorphosent en oiseaux. On n’invente pas un miracle. Or la vie est un perpétuel miracle. Il suffit d’y croire. »

Marcel Béalu croyait à Alice au pays des merveilles, à une réalité seconde. Il publia quelques textes de moi en sa revue d’alors, éditée par Rougerie : Réalités secrètes. Comme il l’a déclaré à Radio Paris au cours de l’émission Belles lettres du 1er mars 1960, citant Raymond Lulle : « sans l’ombre on ne verrait pas la lumière... sans l’ambiguïté des sentiments l’essence même de la vie on ne saisirait pas les plus purs élans de l’être... »

Il me définissait comme un « homme familier des chemins profonds » en quête, comme chacun d’entre nous, de la Liberté. A ce sujet, il écrit dans une lettre du 15 septembre  1984 : « J’aime que mon nom, dans ton livre Pluriels de Mers , soit inscrit au dessus du mot Liberté et des très beaux poèmes qui suivent. »

Fantastique, surréalisme... A mon sujet encore voici ce qu’il dit dans une revue me concernant de mon parcours : « C’est là que je  rencontrai Daniel Abel il y a très longtemps. Nous naviguions sur les mêmes réalités secrètes... un peu plus tard, sauvé par l’insubmersible radeau (de la Méduse) des surréalistes, Daniel Abel se livra sans retenue à la fascination de ces princes ruinés d’où l’enchantement nocturne de ses écrits et cet acharnement à ne pas sombrer avant l’orée première celle où se lève enfin le jour vrai sur les prairies immaculées »

 

                                                                                                       Daniel Abel


 

07:00 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (1)

30/04/2014

En hommage à Marcel Béalu

 A propos de Marcel Béalu (né en 1908 à Selles-sur-Cher ; mort en 1993 à Paris), ce témoignage de Christiane Parrat, que je vous laisse découvrir :

     "C'était à la librairie Le Pont traversé au Quartier Latin, dans les années soixante : mon île de calme et de volupté. Rien que des livres que je pouvais lire jusqu'à plus soif sous le regard bienveillant de Marcel Béalu. Comme ma bourse était plate, cela me convenait bien. C'était l'époque de Noces de Sang de Lorca au théâtre du Vieux Colombier (en 1963). Jenny assurait la mise en scène et j'entends encore la voix de Germaine Montero dans le rôle de la Madre. Ce fut le premier livre que je cherchais sur les rayons poussiéreux de l'antre de Marcel Béalu. Il m'ouvrit à ce grand poète. Puis vint la parole claire de René Char in Lettera Amorosa. Une Parole en... archipel qui en appela bien d'autres.

Ponge, Tardieu et Michaux suivirent de près et j'entrais en poésie comme on ouvre une porte interdite. Vision déréglée, subversive et tellement "vraie" du monde. J'étais alors, au Pont traversé, juchée sur un tabouret, adossée aux étagères, tellement absente à ce qui n'était pas le livre où j'étais plongée que les heures passaient comme un songe, me laissant porter par les mots. Quelques lecteurs assidus s’y retrouvaient de même. Nous nous passions des livres, des titres, des fragments de textes.

La rencontre avec le théâtre de Beckett, je la lui dois aussi. Malone, Pozzo et Lucky devinrent mes amis imaginaires et dérisoires dans ce monde un peu absurde. Je demandais à M. Béalu où trouver des livres de Colette - ma grande passion à l'époque. Il me mit dans les mains Le fanal bleu édité par Ferenczi. J'ai encore ce merveilleux livre imprimé en 1949 (pour lequel il me fit un prix d'ami ! Sur la page 42 un effacement des signes typographiques formait une bande verticale et j’essayais de rétablir le texte manquant du mieux possible, au fil des années). Un jour, je découvris Le mariage de Don Quichotte, de Paul-Jean Toulet : une édition de 1924, du Divan. J'étais bouleversée par le grand gémissement de la sirène qui s'enfonce dans la mer quand le Quichotte s'écrie : "Je te connais, tu t'appelles hallucination !". Bien d'autres livres encore, lus sur place, appelant plus tard d'autres lectures. Bachelard, L'eau et les rêves, édité par Corti, c'est là aussi que je l'ai découvert.

Un jour, il y eut Le chant du monde de Jean Giono. Encore une vieille édition de 1934 ! Livre qui me conduisit à un autre : Que ma joie demeure... 1965... moult hésitations. Que faire de ma vie que je voulais bohème, en marge ? Et ce fut la rencontre à Manosque avec Jean Giono, si doux et patient, qui m'ouvrit un chemin. Un trou dans le temps pour me poser, confiante, face aux années à venir...

Les années soixante ? Deux guides : Marcel Béalu et Jean Giono.

Voilà, quelques fragments de mémoire comme des laines de troupeau laissées sur les griffes des arbres et des clôtures, lors de mes transhumances."

                                                                                           Christiane Parrat

A lire aussi, la contribution de Jean Gédéon: "Marcel Béalu, un poète de l'Ecole de Rochefort" (12/12/2011) : http://pierreetsel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/

 

07:15 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)