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31/01/2015

Yves Leclair, un poète que vous retrouverez in Diérèse 64

Yves Leclair, que les lecteurs de Diérèse connaissent bien, rend hommage à Huang Po (IXe siècle) dans les vers qui vont suivre. A tout lecteur curieux, je conseillerai la lecture des Entretiens de Houang-Po, traduit du chinois par Patrick Carré, livre édité en 1985 par Les Deux Océans. Mais trêve de digressions :

     Huang Po, comme tu aurais aimé te percher
     au balcon de la nuit, à l'abri de la pluie
     battante. L'ampoule pendue à la potence
     en bois, comme une lune. Comme tu aurais

     aimé ce pot aux trois soleils à gros cils blancs
     ou cette auto avec ses phares éclairant
     la chaussée brillante, toute dégoulinante
     couvrant à peine le bruit du débit qui hante

     le ruisseau. C'eût été pour toi une excellente
     situation, bien placé dans l'étagement sombre
     de l'immense tableau d'avancement des nuées
     qui se confondent avec les mondes

                                                                Yves Leclair

in La petite route du col (éditions L'étoile des limites, 1997) 

26/01/2015

Issa (1763-1824)

On connaît bien la vie d'Issa grâce à son journal. Son vrai nom était Kaba-Yashi Yataro. Il naquit en 1763 à Kas-Hiwabara, un petit village perdu au milieu des montagnes et des forêts. Tout jeune, il fut envoyé à Edo, la capitale, travailla d'abord comme palefrenier pour un seigneur.

Il composait déjà des haïkaïs. En 1792, il se rasa le crâne, adopta le nom de Haikai-je Nyudu Issa ba : moine laïc du temple Haïkaï et partit en pèlerinage vers l'Ouest pendant quatre années. En 1798, il revint à Edo : dès lors poète reconnu, de nombreux disciples se groupèrent autour de lui. Puis Issa alla s'installer en 1809 dans sa maison natale, s'y maria avec Kiku (Chrysanthème), une jeune femme d'humeur joyeuse.

Les malheurs se succédèrent à partir de 1817 : ses enfants disparurent les uns après les autres, suivis par son épouse, en 1824 ; cette même année, il eut une première attaque de paralysie. Malgré cela il se remaria avec la fille d'un fermier, appelée Yao, mais un incendie détruisit sa maison. Il pressentait sa fin et partit rendre une dernière visite à ses amis et à ses disciples. A son retour, une nouvelle attaque l'emporta.

* *

     Lune d'automne.
     Errant autour de l'étang,
     toute la nuit.

     Comme si de rien n'était,
     le corbeau
     et le saule.

     Après-midi d'automne.
     Un corbeau perché
     sur une branche sans feuille.

     L'éclat de la pleine lune.
     Ma cabane délabrée
     est telle que vous la voyez.

     L'année se termine.
     Je porte toujours
     mon kasa et mes sandales de paille.

     Je n'ai encore
     nul lieu où reposer ma tête
     au début de l'automne.

                                     Issa

00:11 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2015

Philippe Jaccottet opus 2

Autre question posée à Philippe Jaccottet (vous reporter à la note blog du 10/1/15 pour la première), dans un entretien accordé à Reynald André Chaland, publié in extenso in De la poésie, éditions Arléa, 2005 :

- Pourquoi écrire ? Pourquoi écrivez-vous ? Quelle réponse apporteriez-vous à cette question de journaliste ? Saint-John Perse a écrit : "Pour mieux vivre" ; Pierre-Albert Jourdan, non sans humour : "Pour me redresser un peu" ; et Bataille, je crois : "Ce qui m'oblige à écrire, j'imagine, est la crainte de devenir fou." Avez-vous également une formule lapidaire de ce genre ?

- Je crois qu'il doit y avoir la réponse éparse - peut-être pas de manière lapidaire - dans mes livres. Je crois que si je remonte en arrière, contrairement à ce que vous pouvez peut-être penser, cela a d'abord été un jeu avec les mots. Mais alors vraiment comme enfant : le goût de la lecture très tôt (avant dix ans), et le goût d'écrire de petits poèmes... Cela n'avait rien à voir avec ce que sont parfois les dessins d'enfants, et aussi les poèmes d'enfants, c'est-à-dire l'expression naïve d'une expérience naïve. C'était vraiment du jeu, du plagiat de ce que je commençais déjà à lire comme poèmes. J'ai donc commencé simplement par le goût des mots, qui était en moi. C'est pendant l'adolescence, au moment où l'on ressent des émotions assez confuses et intenses, à la fois passionnées et passionnelles, que j'ai compris que le langage poétique traduisait au fond chez les autres, avant même que j'aie commencé à écrire moi-même, cette question essentielle et centrale, de rencontre essentielle. Et je crois que je ne me suis pas posé de question. A partir du moment où il y avait une certaine tension intérieure, c'était presque comme l'ébullition de l'eau sous pression. Les mots se produisaient sur la page.

14:02 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)