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12/12/2014

Quelques réflexions d'Apollinaire sur son oeuvre

En ce qui concerne le reproche d'être un destructeur, je le repousse formellement, car je n'ai jamais détruit, mais au contraire, essayé de construire. Le vers classique était battu en brèche avant moi qui m'en suis souvent servi, si souvent que j'ai donné une nouvelle vie aux vers de huit pieds, par exemple. Dans les arts, je n'ai rien détruit non plus, tentant de faire vivre les écoles nouvelles, mais non au détriment des écoles passées. Je n'ai combattu, ni le symbolisme, ni l'impressionnisme. J'ai loué publiquement des poètes comme Moréas. Je ne me suis jamais présenté comme destructeur, mais comme bâtisseur.

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Mais Dieu m'est témoin que j'ai voulu seulement ajouter de nouveaux domaines aux arts et aux lettres en général, sans méconnaître aucunement les mérites des chefs-d'oeuvre véritables du passé ou du présent.

                                                     Lettre à André Billy. 1918

 

Merci, merci pour votre article, merci d'avoir goûté mes vers. Toutefois, ce n'est pas la bizarrerie qui me plaît, c'est la vie et quand on sait voir autour de soi, on sait voir les choses les plus curieuses et les plus attachantes. Quoi qu'on dise ! je ne suis pas un grand liseur, je ne lis guère que les mêmes choses depuis mon enfance (...) Je n'ai jamais fait de farce et je ne me suis livré à aucune mystification touchant mon oeuvre ou celles des autres (...) Je crois n'avoir point imité, car chacun de mes poèmes est la commémoration d'un événement de ma vie et le plus souvent il s'agit de tristesse, mais j'ai des joies aussi que je chante. Je suis comme ces marins qui dans les ports passent leur temps au bord de la mer, qui amène tant de choses imprévues, où les spectacles sont toujours neufs et ne lassent point, mais brocanteur me paraît être un qualificatif très injuste pour un poète qui a écrit un si petit nombre de pièces dans le long espace de quinze ans.

                                                    Lettre à Henri Martineau
                                              après la publication d'Alcools

 

Non, il ne faut point voir de tristesse dans mon oeuvre, mais la vie même, avec une constante et consciente volupté de vivre, de connaître, de voir, de savoir et d'exprimer.

                                                    Lettre à Madeleine Pagès

02:16 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

07/12/2014

Franz Kafka (1883-1924 )

Un hommage à l'auteur du Château, qui écrivit : "Dans ton combat entre toi et le monde, aide le monde"(...), à voir ces jours-ci dans une galerie du quartier français de Bruxelles

 

KAFKA BLOG.jpg

 

Arié Mandelbaum
(Bruxelles, 1939)

Franz Kafka, 2014
Technique mixte sur papier (50 x 50 cm)
À la galerie Didier Devillez,53 rue Emmanuel Driessche, à Ixelles

00:59 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

05/12/2014

Brésil : "Les Tambours noirs" de Josué Montello

Venus du coeur de l'Afrique, les "tambours noirs" rythment une part de l'histoire brésilienne. La nuit dans laquelle ils résonnent n'est pas lointaine, abstraite ou mythique. Elle est ce tout proche passé qui touche et hante le Brésil moderne, qui est comme son enfance.

Aussi fort, aussi religieusement que les cloches, ils appellent, ces tambours noirs, le lent et douloureux cortège des millions d'esclaves africains qui ont fait vivre le Brésil jusqu'à la fin du XIXe siècle - l'esclavage ne fut aboli qu'en 1888. Ils ont contribué à former l'identité plurielle, riche et complexe de la société brésilienne.

Le roman de Josué Montello ramasse et symbolise ce passé ; il le convoque dans l'existence de Damien, la très belle figure centrale du livre, un Noir octogénaire, ancien esclave. Son existence est à la fois derrière lui, dans sa mémoire, et devant lui, dans la personne de cet arrière-arrière-petit-fils dont il part faire la connaissance d'un bout de la ville - Sao-Luis-de-Maranhao, au nord du pays, à l'autre.

La vie de Damien est à l'image de celle des esclaves, ses parents, ses frères : une lutte pour la liberté. L'affranchissement n'a pas été que le premier pas. Il faut ensuite découvrir, à travers les humiliations, les ambiguïtés aussi, le chemin de cette liberté, conquérir ce qu'on ne vous a que concédé.

Cet enfant que Damien rencontre au terme de son périple symbolique n'est "pas noir, mais tout brun, comme un bon Brésilien". la remarque n'est pas seulement cocasse, elle révèle une vérité, récuse le simplisme des bons sentiments, dessine l'avenir : "En même temps que se diluait ainsi, d'une génération à l'autre, le sang noir dont lui était si fier, s'estompait le ressentiment de l'esclavage."

Diplomate, écrivain reconnu, spécialiste de Stendhal, Josué Montello a su contourner dans ce grand et généreux roman les schémas du récit historique, social ou mythologique. Mêlant savamment ces modèles sans subir leur contrainte, il a construit un roman réellement moderne, qui se lit comme un grand roman du dix-neuvième siècle.

                                                                                       Francis Marmande

Les tambours noirs (Os Tambores de Sao luis), de Josué Montello, traduit du portugais (Brésil) par Jacques Thiériot, Marie-Pierre Mazeas et Monique Le Moing, éd. Flammarion, 516 pages.

 

14:38 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)