241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/01/2015

Le peintre et poète Gaetano Persechini

Vous laisser (re)découvrir aujourd'hui un plasticien, Gaetano Persechini, qui a réalisé la première de couverture de Diérèse opus 56 ; en vous invitant à consulter au plus vite son blog :
http://gaetano.centerblog.net
Un peintre mais aussi un poète, que connaissent les lecteurs de Diérèse, il est présent dans le numéro 63, par exemple, dernier numéro paru à ce jour.

Les textes qui suivent sont extraits de ses Notes d'atelier 2014 :


Le temps qu’il faut pour faire monter du fond les premières couleurs. Le temps qu’il faut pour poser la première couleur. Et celui qu’il faut ensuite pour recouvrir, enfouir. Pour aller vers une autre image peut-être.
Dans l’atelier, des objets, les mêmes pinceaux depuis presque trente ans et un désordre d’outils, de vieux journaux, de chiffons maculés, de carnets, de tubes et pots de peintures accompagnent les gestes et la pensée.
Rien, dans cet instant, ne sera plus comme avant. C’est toujours un recommencement. Et une lenteur, qui m’est nécessaire, qui m’aide à résister.
Les premières touches de couleurs me diront un peu, discrètement, ce qu’il en sera peut-être de la suite. Des indications, même si tout reste à découvrir. Avec l’expérience, on sait lire cela, et c’est contre cela aussi qu’il faut aller. Vaincre l’habitude, ne pas se laisser enfermer dans un système, dans un savoir.
La sensation me guide ; la suivre, jusqu’à un épuisement heureux du corps.
Cela peut prendre des heures, ou plusieurs jours, ou bien aller très vite. Rien n’est défini à l’avance. La peinture et son aventure, un feu qui brûle en moi.

  

*

 

Débâcle d’encre

Qui témoigne de l’image

Et du paradoxe sous l’ombre

 

Cet étrange un signe levé

Vers l’infini d’un chant de solitude

 

Couleur incarnée terre front du jaune

Jardin forme grise

Ebauche

Qui nous relie au temps et à la nature

 

C’est l’attente

D’une pensée égarée

Conversation muette

Entre joie et désespoir

Un courant d’âme clair

Vers l’émerveillement

  

 

*

 

 

Retour au jardin l’été. Poussière, pierres brûlantes, terre durcie par la chaleur, fleurs séchées.

Je me réfugie au jardin et ce sont ces heures calmes d'attente, d'écoute et de lecture entre deux arbres, qui entraînent mes pensées loin d'ici et d'un ciel bleu abîmé, cherchant du regard vers le sud les terrasses ensoleillées, les routes sinueuses entre les montagnes, les fenêtres ouvertes sur la nuit et l'été, le tremblement de la lumière sur les collines silencieuses.

Ce qu'on apprend à voir, et ce qu'on retient, ce qui travaille en nous. Ces instants qui sur le moment paraissent insignifiants ; ils reviennent nous visiter. C'est cette durée, dans la douceur du sommeil, qui palpite dans mes rêves.

Je porte en moi l'écriture de ces sensations. Le rôle de la peinture est aussi de les amener à se révéler.

Je ne cherche jamais à préciser les objets ou le paysage. Ce qui compte plus que tout c'est l'émotion. Et l'émotion de l'instant...

Je me revois un après-midi à Gaeta, piazza Trieste, marchant dans les rues vides tout autour. Forte chaleur. J'avance lentement. La mer est derrière moi. Les montagnes sont là. Rassurantes. Brûlées de soleil. Tout à coup cette paix qui m'envahit, la sensation que rien dans cet instant ne peut m'apporter plus.

Ni seul ni abandonné. Conscient de ce tout petit bout de bonheur offert, lumière intense, vibrations des couleurs et de l'air en moi, ce qui murmure à voix basse dans mon corps quelque peu fatigué par la chaleur mais présent, disponible, réceptif au moindre souffle de vie qui émane de tout ce qui m'entoure.

 

                                                                                      Gaetano Persechini

 


Pour Gaetano Persechini, "la peinture est un éternel recommencement" ; et ce qu'il nomme "notes d'atelier" sont des réflexions, des impressions, des sensations, (qui deviennent parfois poèmes) qu'il saisit à l'atelier, dans l'instant.
Mais, le plus souvent, ces notes (qu'il retravaille) lui viennent à tout moment, en marchant, dans le train, ou simplement dans les temps d'attente, de méditation, de concentration...
 

15:15 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

Charles Juliet rend hommage à Samuel Beckett (1906-1989) - opus 1

On savait déjà que Charles Juliet a publié Rencontres avec Samuel Beckett (POL, 1999) ; l'hommage qui suit vient compléter ce livre, témoigner des liens qui existent entre les deux oeuvres, voici :

Une oeuvre-miroir, par Charles Juliet

L'oeuvre de Beckett a été pour moi une longue brûlure. Elle m'a envahi à une époque où je vivais sur un mode mineur ce qu'il avait vécu avant moi. Quand j'ai rencontré ses livres, j'étais d'une grande avidité, et c'est tout naturellement qu'ils ont pris possession de moi. J'étais aussi dans la confusion, et cette confusion, ils l'ont aggravée. Ce que je découvrais là n'avait rien de commun avec ce que j'avais lu auparavant. J'étais dépaysé, ne comprenais pas où je m'engageais, alors même que de nombreux passages m'atteignaient dans ma part la plus secrète.

Beckett a souffert comme un damné et son oeuvre n'est qu'une longue coulée de souffrance. Une souffrance qui l'a muré en lui-même et l'a empêché de se donner à la vie. Massive, accablante, ne lui laissant aucun répit, elle l'a plongé dans de graves dépressions, accompagnées et suivies par des crises d'alcoolisme.

L'origine de cette souffrance est évidemment à chercher dans son enfance. May, sa mère, une femme impossible, insupportable. Insomniaque, elle passe ses nuits à rôder dans la maison, persuadée qu'elle est habitée par un revenant. Samuel, son second fils, lui ressemble. Inflexible, il lui tient tête, refuse de plier, de se soumettre, reçoit de sévères raclées. Crises de rage de la mère qui n'admet pas qu'on lui résiste. Mais elle se veut une mère exemplaire. Alternance de démonstration d'affection et de rejet, de silence glacial. Bon vivant, le père fuit et sa femme lui voue une sourde détestation. Samuel adore son père toujours prêt à rire et à raconter de bonnes histoires. Ainsi, il déborde d'affection pour celui qu'il faudrait tenir à distance et n'a que haine pour une mère qu'il devrait aimer. Ce déchirement a été la source constamment éruptive de la culpabilité qui a dévasté sa vie.

Jusqu'à quarante ans, il se cherche. En pleine détresse, incapable de se tenir à une quelconque activité, il sombre, boit, se clochardise, suit pendant deux ans une analyse, est considéré comme perdu par ses parents et ceux qui l'ont connu quand il était un universitaire promis à un avenir brillant.

Après avoir réussi à s'échapper de la maison familiale, il vit à Londres, à Paris, voyage en Allemagne. De temps à autre, il ne peut s'empêcher de retourner en Irlande, quand bien même il sait qu'il n'a rien à y gagner. A chaque retour, de violentes crises se déclenchent. Parfois, la nuit, il fait de tels cauchemars, a de telles bouffées d'angoisse, que son frère, pour l'apaiser, doit venir se coucher près de lui.

A quarante ans, après avoir écrit quelques livres où il ne s'était pas encore approché du foyer le plus douloureux, il entreprend d'écrire ce qu'il a considéré comme l'essentiel de son oeuvre : Molloy, Malone meurt, En attendant Godot, L'Innommable. De tous ses ouvrages, c'est à L'Innommable et aussi aux Textes pour rien que va ma préférence. Dans ces deux livres extrêmes dont à ma connaissance n'existe aucun équivalent dans la littérature, que dit-il ?

Au stade où il en est, il lui faut coûte que coûte déverser sur le papier ce qui le harcèle. Lorsqu'un homme souffre intensément, la voix qui murmure en chacun de nous, donc en lui, ne cesse de parler. Plus il souffre et plus cette voix se fait insistante. Elle emplit tout l'espace mental, rend sourd et aveugle au monde extérieur. Beckett transcrit ce flux verbal qui surgit en lui sans relâche. Il se tient là au-dedans du dedans, là où perce ce dont il a fallu se protéger, là où sans fin ça ressasse, "conformément aux termes mal compris d'une damnation obscure".

Il laisse ainsi se dévider son soliloque, nous attire et nous maintient au vif de sa souffrance, de sa détresse : la table rase, la solitude, le non-sens de tout, l'impossibilité de s'échapper, la honte, la pensée du suicide, la folie côtoyée, les mots insuffisants et qui trahissent, l'obligation de poursuivre en dépit de l'épuisement.. Et comment mieux traduire cet état où l'énergie fait défaut qu'en notant : "le sujet meurt avant d'atteindre le verbe" ?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

                                                                                                            à suivre

11:31 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

01/01/2015

De Fabrice Cavaraca au "Monde des contes"

Comme dans la vie à l'envers, cela fait penser aux réveils. La peur de se réveiller, seul corps posé ici-bas.
Il n'y a rien à dire, personne à qui parler avec les mots d'une autre époque. Celle du sable et des déserts. Des océans infinis et du coeur triste. On a mangé. Le sable raye l'émail des dents. La sérénité n'est plus. On a plongé. Du temps a passé. Comment redonner de l'éclat. Il faut creuser au plus profond du coeur rouge de l'homme et de la bête. Avec les dents, avec les griffes, la main et les doigts. Il faut manger le coeur palpitant de l'homme et de la bête et il faut manger la terre et la boue de la terre. Il faut croire.

                                                                 Fabrice Caravaca
                               
in Un corps contre la terre, éd. des Vanneaux 2010

* *

Le monde des contes

Aussi, ce que nomment les signes du monde – qui nous sont monde de signes, me replongent-ils dans mon enfance, dans un temps que le temps n’a pas touché, ou presque. Là, dans la relative pénombre de la bibliothèque paternelle, deux livres prenaient place qui plus tard devaient donner couleur à mes mots, depuis l’île où ma famille et moi vivions, aux confins du Sahel.

En premier lieu, les Contes de cristal, édités tout juste un an avant ma naissance, livre que l’on m’avait offert. Fort d’une épaisse couverture cartonnée, des peintures de Vanni accompagnaient les textes d’Alice Coléno. De cet album, dont chaque page tournée ouvrait sur un monde à part, les images seules m’en furent d’abord accessibles. Assurément, « La Perle » était le conte qui m’ouvrait les voies de l’intérieur. Ici, dans les eaux du dessous trônaient – parmi les poissons-scies, poissons-coffres et poissons volants – une rutilante méduse, imposante de majesté, dont la traîne embrassait plusieurs degrés de la conscience. Au souffle de la mer battant les rochers de l’île mère, l’écriture, ainsi projetée.

 En second lieu, une Anthologie poétique de Jean Cocteau, illustrée par l’auteur, dont les graphismes filiformes, les entrecroisements nébuleux, en queues de paons, fondaient dans l’ovale pisciforme d’un œil, esquissait les pattes d’oie de figures dont la chevelure se défaisait en girandoles. Ces appendices mêmes avaient pouvoir de me faire traverser les âges et me ramenaient insensiblement à la méduse soleil des Contes d’Alice Coléno. La boucle, ainsi bouclée…

Et si le monde des contes n’était que celui d’un retour aux sources de nos émotions premières, une quête sans fin ?       Daniel Martinez

21:08 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)