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05/10/2015

Dédicace au "Journal d'un manoeuvre"

Sur la page de garde de l'exemplaire de son premier livre publié chez L'Arpenteur : Le Journal d'un manoeuvre, la dédicace de Thierry Metz à son éditeur, Gérard Bourgadier :

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27/09/2015

"Les amours", de Dominique Pagnier, éditions Gallimard, 107 pages

Après les courts récits, baroques et vagabonds des Filles de l'air (éditions Le Dilettante) - où une entorse, sur L'Alserstrass à Vienne, ou un survol de Tübingen en dirigeable, font songer à Canetti, Doderer ou Hölderlin - Dominique Pagnier revient, avec son quatrième recueil, à sa forme favorite, le poème en prose. Comme les Vies simultanées et la Faveur de l'obscurité, les Amours évoquent les soirs de province, "les jours ; leur brièveté".


Eglises en brique, fermes lointaines, où pend, dans la cuisine, un abat-jour émaillé : c'est, sous les tilleuls, la vie humble, simple, avec les "bruits d'outils qu'on range", les filles qui grandissent trop vite dans les pensions, le mort dont on fait la dernière toilette, où l'enfant endormi que sa mère craint d'éveiller "en l'embrassant avec la pluie sur ses joues".


                                                                                     Monique Pétillon

28/08/2015

Anna Maria Ortese (1914-1998)

Anna Maria Ortese nous a quittés à Rapallo, près de Gênes, où elle avait trouvé refuge, dans la station balnéaire où vécut Ezra Pound. Née en 1914 dans une famille pauvre de lointaine origine catalane, partagée durant son enfance entre la Lucanie, Naples et la Libye, Anna Maria Ortese a traversé le vingtième siècle comme une étrangère considérable, prêtresse d'une "autre" Italie, fantastique, irrationnelle, radicale. Sa manière hallucinée, visionnaire, et la violence de ses positions morales, l'ont située durablement, aux côtés d'Elsa Morante et Pier Paolo Pasolini, dans une constellation d'auteurs déchirés par la fin de la civilisation agraire. Comme eux, elle a dit - jusqu'à une sorte d'exaltation sacrificielle qui a pu effrayer ou susciter le sarcasme - la perte de l'innocence et la prostitution des idéaux. Par sa seule existence, elle renvoyait l'Italie des lettres à ses démons pragmatiques, à ses compatriotes, à son jeu d'apparences.

Face à l'"inerte horreur de vivre" traversée au cours d'une existence marquée par la violence de l'Argent et de son manque, elle eut pour défense la prolifération des allégories et des fables, mais aussi un humour fantasque, et la déroutante légèreté d'une survivante. Les figures de l'innocence, qui abondent dans son oeuvre - iguane : L'Iguane (1965), trad. Jean-Noël Schifano, Gallimard, 1988 ; oiseau : La Douleur du chardonneret (1993), trad. Louis Bonalumi, Gallimard, 1997; ou puma : Alonso et les visionnaires (1996), trad. Louis Bonalumi, Gallimard, 2005 -, n'autorisent guère la mièvrerie car elles sont aussi inquiétantes qu'idéales : "le monstre est un vrai monstre, il exprime même l'esprit profond et pur de l'Univers", écrivait-elle dans sa courte autobiographie Là où le temps est un autre (trad. Claude Schmitt, Actes Sud, 1997).

Du lieu mythique désigné par ce titre, rien ne fut aussi proche pour elle que sa vision du microcosme napolitain : non la ville extravertie qu'on croit connaître, mais celle, lacérante et mutique, du "silence de la raison", telle qu'elle apparaît dans la Mer ne baigne pas Naples (trad. Louis Bonalumi, Gallimard, 1993), salué en 1953 par le prix Viareggio avant que ne retombe sur l'auteur un voile d'incompréhension, levé par le triomphe critique et public des dernières années de sa vie.

L'oeuvre d'Anna Maria Ortese est à la mesure de toute vraie littérature, une forme donnée à l'impossibilité comme au devoir de vivre. Reprenant l'adjectif qui selon Christina Campo qualifiait les poètes, elle écrivit un jour au signataire de ces lignes : "Je suis impardonnable". Mot qui définit très précisément son rapport à l'Italie : un long malentendu traversé de fulgurances, un rêve opiniâtre de bonté sur fond de noirceur et de colère. Dans sa personne frêle qui en arrivait à ressembler à un oiseau, on percevait la force contradictoire de ceux qui ne se protègent de rien.


                                                                                           Bernard Simeone

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