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05/02/2016

Le premier livre de Christian Bobin : "Le feu des chambres"

Seul le titre est en couleur (rouge), les noirs et blancs paraphent l'espace, l'écriture manuscrite ajoute au caractère presque confidentiel de l'ouvrage. L'élément feu est là, qui jamais ne vire à la cendre. En feuillets, ce recueil totalise 24 pages, la première comme la quatrième de couverture porte-feuille sont entées de deux burins de Laurent Debut qui a dirigé les éditions Brandes :

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L'oeil écoute, des plus attentifs. Et dans la chambre élue les mots paraissent, un monde en soi, renouvelé...

 

 

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C'est une histoire simple, elle touche à cette descente dans la nuit de l'encre où la lecture, qui porte en gésine l'écriture, silencieusement, se compose ; et nous perd en ses chemins de fortune. En voici les toutes premières lignes :

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... Le livre se termine, est-ce la fin du voyage ?, certes, non. Rayonnant, il est devenu notre seconde peau

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16:11 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

10/01/2016

Alberto Moravia (1907-1990) opus 1

Eros et Thanatos

  Jean-Noël Schifano : En 1960, l'année de l'Ennui, Pasolini a écrit une poésie sur vous : "Moravia, toi qui es langue limpide/ et limpide raison..." Toujours limpide, la raison ?

Alberto Moravia : Je suis un écrivain sec et raisonneur. Je l'étais en 1929, en 1960, je le suis encore maintenant.

J-N. S. : En 1929, vous publiez les Indifférents. Il faut rappeler que c'est le premier roman existentialiste, six ans avant l'Etranger. Et votre Michel est encore plus étranger, plus aliéné au monde que Roquentin ou Meursault...

A. M. : C'est exact. Oui, l'aliénation, l'ennui, déjà, l'écrivain véritable ne pousse-t-il pas toujours le même cri, de son premier à son dernier livre ? Mais aussi le problème de l'action, qu'a annoncé Dostoievski dans les Possédés et surtout les Frères Karamazov. Si Dieu n'existe pas, tout est possible. Et moi je dis : si Dieu n'existe pas, rien n'est possible, et c'est la même chose.

J-N. S. : Dans l'Ange de l'information, vous montrez, entre autres, que l'information n'a pas grand chose à voir avec la connaissance...

A. M. : La connaissance, c'est uniquement lié à l'expérience. L'information, c'est rien du tout. Un enfant devant la télévision apprend tout ce qu'on peut savoir sur le monde entier, sur l'Amérique, la Chine, l'Europe, mais ce n'est pas une connaissance, ce sont des informations. C'est comme une ombre qui donne à cet enfant un faux sentiment de puissance : il pense tout tenir en main, il n'a rien. Il faut une expérience directe pour arriver à la connaissance.

J-N. S. : A la connaissance sexuelle aussi, donc. En 1985, dans l'Homme qui regarde, vous faites un étrange rapprochement entre deux obsessions, l'une qui vous donne des cauchemars, l'autre qui vous fait rêver, la fission atomique et la fente sexuelle de la femme...

A. M. : Ca marche très bien en italien, parce que les mots sont les mêmes : fissione et fessura !... En tout cas, ce que je voulais dire par là, c'est qu'il y a dans la science une curiosité, une énorme curiosité qui, à l'égard de la nature, est semblable à la curiosité du voyeur. La science veut connaître, elle veut voir quelque chose qui est défendu, le mystère de la composition de la matière ; et le voyeur veut voir quelque chose qui a toujours été caché, jusqu'à hier... Il n'y a pas de précédent pour ce qu'on appelle la pornographie moderne, parce qu'on regarde là où personne n'a jamais regardé.

J-N. S. : A Pompéi, les Grecs, les Romains...

A. M. : Ah ! les Grecs et les Romains s'en tiraient, eux, avec des stylisations ! (rires).

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26/12/2015

"Torpeur", d'Hélène Mohone

Torpeur, éditions de la Cabane, Bordeaux, 2007 (note initialement parue dans Diérèse 52/53, au printemps 2011)

     Hélène Mohone s’est éteinte le 4 avril 2008. Cantatrice, mais aussi plasticienne, photographe et femme de Lettres, elle nous laisse plusieurs pièces de théâtre, une autobiographie et des recueils poétiques. Publié en 2007, Torpeur semble habité par le besoin de témoigner, se raconter par fragments, décrire sans exhibitionnisme la maladie et la mélancolie, mais aussi la passion, l’appétit de vivre : hé! reviens me saisir aux seins viens me saisir de près à aimer pulpe verte tous les fruits et moi (p. 14). Pénétrés par une subtile musique intérieure, les versets s’enchainent selon une logique propre, subjective, au plus près de la mémoire, ce qui n’est pas sans rappeler certains procédés d’écriture automatique, une sorte de lent monologue intérieur empli de sons, d’images et d’odeurs ; comme si seule l’évocation pouvait conjurer le (mauvais) sort, éloigner un moment la voix des ombres (p. 7). Les métaphores surgissent au fil des pages, fusent à l’improviste, saisissent le lecteur, l’entraînent dans un maelstrom de souvenirs, une succession d’instants fugaces : de l’enfance africaine fillette au baraquement tu vois les vieux corps marabouts (p. 19), à l’âge adulte, synonyme de tristesse, de désillusion : les yeux miens à fatigue profonde lassitude et volonté de tenir à ton allure anéantie de moi (p.10). Pudiquement décrite, la souffrance demeure sans cesse présente, en filigrane, comme une permanente angoisse : fille du crâne sortie sanglée cuirasse déjà prête à combattre petite arbalète à la douleur (p. 18). Restent, dès lors, certaines réminiscences heureuses, liés aux amours passés : c’est ainsi Bérénice au ciel que tu déploies tes dents de lait amoureuse maritale (p.14).

     Plurivoque, originale, faisant fi de la ponctuation, la langue d’Hélène Mohone nous entraîne loin, dans un style riche et émouvant, tendu à l’extrême, à la limite de l’imprécation. Tantôt limpide, tantôt énigmatique, Torpeur paraît ainsi proche de certaines phrases désenchantées de Michel Valprémy (1947-2007), écrivain et graphiste bordelais, auquel la plaquette est dédiée : vois tout noir sous le soleil / vois très sombre sous la chaleur (p.11).

                                                                       Étienne Ruhaud

PS : rappelons que des inédits (textes, peintures et dessins) d'Hélène Mohone paraîtront dans le prochain Diérèse, cf rubrique Diérèse.