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01/01/2015

De Fabrice Cavaraca au "Monde des contes"

Comme dans la vie à l'envers, cela fait penser aux réveils. La peur de se réveiller, seul corps posé ici-bas.
Il n'y a rien à dire, personne à qui parler avec les mots d'une autre époque. Celle du sable et des déserts. Des océans infinis et du coeur triste. On a mangé. Le sable raye l'émail des dents. La sérénité n'est plus. On a plongé. Du temps a passé. Comment redonner de l'éclat. Il faut creuser au plus profond du coeur rouge de l'homme et de la bête. Avec les dents, avec les griffes, la main et les doigts. Il faut manger le coeur palpitant de l'homme et de la bête et il faut manger la terre et la boue de la terre. Il faut croire.

                                                                 Fabrice Caravaca
                               
in Un corps contre la terre, éd. des Vanneaux 2010

* *

Le monde des contes

Aussi, ce que nomment les signes du monde – qui nous sont monde de signes, me replongent-ils dans mon enfance, dans un temps que le temps n’a pas touché, ou presque. Là, dans la relative pénombre de la bibliothèque paternelle, deux livres prenaient place qui plus tard devaient donner couleur à mes mots, depuis l’île où ma famille et moi vivions, aux confins du Sahel.

En premier lieu, les Contes de cristal, édités tout juste un an avant ma naissance, livre que l’on m’avait offert. Fort d’une épaisse couverture cartonnée, des peintures de Vanni accompagnaient les textes d’Alice Coléno. De cet album, dont chaque page tournée ouvrait sur un monde à part, les images seules m’en furent d’abord accessibles. Assurément, « La Perle » était le conte qui m’ouvrait les voies de l’intérieur. Ici, dans les eaux du dessous trônaient – parmi les poissons-scies, poissons-coffres et poissons volants – une rutilante méduse, imposante de majesté, dont la traîne embrassait plusieurs degrés de la conscience. Au souffle de la mer battant les rochers de l’île mère, l’écriture, ainsi projetée.

 En second lieu, une Anthologie poétique de Jean Cocteau, illustrée par l’auteur, dont les graphismes filiformes, les entrecroisements nébuleux, en queues de paons, fondaient dans l’ovale pisciforme d’un œil, esquissait les pattes d’oie de figures dont la chevelure se défaisait en girandoles. Ces appendices mêmes avaient pouvoir de me faire traverser les âges et me ramenaient insensiblement à la méduse soleil des Contes d’Alice Coléno. La boucle, ainsi bouclée…

Et si le monde des contes n’était que celui d’un retour aux sources de nos émotions premières, une quête sans fin ?       Daniel Martinez

21:08 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

30/12/2014

"L'envol de l'année", poèmes de Michel Butor, dessins et peintures de Jean-Marc Brunet

Aux éditions A/B, vient juste de sortir (ce 20 décembre) un livre d'artiste de la plus belle eau, hors commerce, fort de ses 38 pages, avec des poèmes de Michel Butor que les lecteurs de Diérèse connaissent bien et des oeuvres de Jean-Marc Brunet, que l'on pourrait situer dans la mouvance de Joan Mitchell, du moins pour ses peintures. Dire tout le bien que je pense du travail de l'un et de l'autre, qui ont échangé bien des lettres, livrant ainsi, au fil de la plume, des parcelles de leurs univers respectifs, échanges qui ont vu naître des livres-objets, à quatre mains : Couples Errants en 2012, Migrations et Dissémination en 2014.

Avec L'envol de l'année, Butor fait le tour des saisons à sa manière, enlevée. Le printemps, par exemple : "les vergers se couvrent de fleurs / le chant du rossignol prolonge / les renouvellements du jour / dans l'archipel des crépuscules". Pas de ponctuation, vive les vers (tout à fait) libres qui plongent dans le quotidien pour en capter tout le suc et donner mémoire à ce qui n'en a pas. Grâce du poème en quelque sorte, que le scripteur tient entre ses doigts ; comme Brunet le pinceau, quand il réinvente à sa façon et pour le plaisir des yeux (qui en redemandent) "Les oiseaux de Butor" (huile sur carton, 30 x 24 cm, 2008).

Oiseaux qui justement conduisent le thème de la seconde partie du recueil, Migrations ; et là ce sont des dessins, où l'artiste use de la pierre noire et du pastel pour simuler le vol de ceux qui portent avec eux l'espoir, calligraphient la nue, vont d'arbres en arbres émerveiller dame nature de leurs chants. Ecoutons Michel Butor : "Nuages bateaux des filets / qui ramassent des poissons / et nous nous précipitons / comme si c'était pour nous / qu'ils avaient fait leur récolte/ mais nous nous méfions des hommes / qui ne nous comprennent pas". Voilà qui est bien dit : on l'aura compris, Michel Butor parle en lieu et place de ces créatures des airs que les campagnes (et encore !) continuent de respecter. Et regarde se faire et se défaire le monde des humains ; sans se payer de mots, sa poésie vise à l'essentiel, épinglant au passage les maux de notre monde, ancré dans ses vérités et dogmes. A l'inverse de l'écriture d'un Philippe Jaccottet, qui vise à la condensation d'émotions et sensations confuses, celle de Michel Butor décrit un monde perdu, à tous les sens du terme, mais que le poète est en mesure de restituer, par ses vers, comme bouteille à la mer. Il n'est plus ce "prince des nuées" que chantait Baudelaire, mais ouvre sur un espace intérieur révélé/restitué page après page, livre après livre. DM

* demain, je vous parlerai de la vie du blog, à bientôt.

14:00 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

21/12/2014

Guillaume Apollinaire plasticien

Après le superbe hommage (que je vous invite à relire, cf note blog du 4/12) de Christian Bobin à Guillaume Apollinaire, voici une aquarelle inédite (19 x 12,5 cm) de l'auteur des Lettres à Lou, soit un :

Autoportrait en cavalier masqué décapité

APOLLINAIRE 2.jpg

C'est ici une stupéfiante composition dans laquelle Apollinaire s'est représenté décapité. De profil, sa tête seule apparaît comme posée sur la selle d'un cheval noir de contes de fées ; avec le bouc qu'il portait au début de 1916 et un masque à gaz, dans un décor en kaléïdoscope brisé de formes géométriques pures contenant (à gauche) une plante naïve. A plusieurs reprises, dans les oeuvres et dessins de Guillaume Apollinaire, apparaît ce thème obsessionnel de la tête coupée (je vous laisse imaginer sa possible interprétation analytique), comme dans "Le Brasier" d'Alcools (1913).

Comme l'écrit Peter Read, il y a là une "synthèse originale de l'abstraction et de la figuration des courants néo-primitiviste, orphique ou rayonniste". La présente aquarelle révèle des emprunts mêlés au matériel iconographique et stylistique des Delaunay et de l'avant-garde russe, avec les formes fracturées aux couleurs vives du rayonnisme.

Face à la menace permanente de la guerre, Apollinaire croyait au charme talismanique de la beauté et à la vertu exorcisante de la représentation tragique. DM

21:43 Publié dans Arts, Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)