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11/04/2020

"Fondations", de Michel Camus, éd. Lettres Vives, mars 1987, 64 pages, 59 F.

L'instant est l'ange du silence. L'ange du regard nous a ouvert les yeux. Écoute sans oreille et regarde sans yeux. Le regard du regard nous fermera les yeux.



Entre le silence des dieux et la chair, entre l'écriture et l'amour, entre l'art et la sagesse, entre le ciel et la terre, il y a crucifixion de soi, crucifixion du Vide :

on s'en approche en s'éloignant de soi.



La langue, les autres, la vie, le monde que l'on ramène à soi : douleur insoluble !

(Celui qui cherche la mort, disait-il, est prisonnier de soi)



Au bord de l'eau, une minuscule déesse mère d'il y a dix mille ans. L'homme qui la ramasse la regarde sans la voir et la rejette à l'eau.

Le regard de l'homme, disait-il, est prisonnier de l'homme. Seul le regard sans yeux n'est réellement délivré de l'homme-et-des-dieux que s'il est réellement relié à la Vacuité divine sans l'homme et sans dieux.

(L'énigme, se dit-il, nous travaille sans se nommer)



Il s'origine dans l'absolu, disait-il du sentiment de l'absolu. On n'est pas soi. N'étant pas soi, on ne peut se fonder sur soi.

Il y a la vie, disait-il, là où il y a silence, où l'on vit dans la conscience de l'absolu sans être dans le sentiment de soi.

On n'est pas soi, disait-il, là où il y a conscience absolue du silence de soi. Du soi-silence : racine de soi à qui l'on s'offre les mains vides et sans mot.

(On n'est jamais soi, se dit-il, que dans l'absolu où l'on n'est pas soi)

 

Michel Camus

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09/04/2020

William Carlos Williams (1883-1963), traduit par Yves Peyré

Landscape with the fall of Icarus



          According to Brueghel 
          when Icarus fell
          it was spring


          a farmer was ploughing
          his field
          the whole pageantry


          of the year was
          awake tingling
          near


          the edge of the sea
          concerned
          with itself


          sweating in the sun
          that melted
          the wing's wax


          unsignificantly
          off the coast
          there was


          a splash quite unnoticed
          this was
          Icarus drowning

 

          William Carlos Williams

 

Paysage avec la chute d'Icare

 

          Selon Brueghel
          la chute d'Icare
          ce fut au printemps


          un fermier labourait
          son champ
          tout l'apparat


          de l'année se tenait
          en éveil sonnant clair
          près


          du rivage marin
          replié
          sur lui-même


          peinant sous le soleil
          qui fondait
          la cire des ailes


          de nulle portée
          loin de la rive
          ce fut


          tout à fait inaperçue une gerbe
          d'écume
          Icare qui sombrait



Ce poème de William Carlos Williams est extrait de Pictures from Brueghel and other poems (New Directions, New York, 1962).

07/04/2020

"L'arbre le temps", de Roger Giroux, éd. Mercure de France, 30/4/1964, 104 pages

Ayant pris possession de ses ombres, le poète occupe un espace démesuré : la transparence. Est-ce une tragique état, ou le chant de l'oiseau qui est au centre de la croix ? Connaissant du moins la hauteur du souffle, est-il pour lui d'autre parole que mitoyenne ?
Au carrefour du sang et de la lumière, la phrase serait or véritable.

Poussière d'être, affleurement de paroles sensibles, feuillages qui bougent dans l'eau de l'âme, pulsation de maintes minutes... et je reste sans voix dans la fine prison des sens.
Être cela, multiple, à la pointe qui tremble, frissonne et tremble dans l'intervalle du sang et de la lumière, à la naissance de l'amour.

Rien n'est jamais dit. Et, toujours, dire ce rien. Perpétuelle naissance du poète. Et va-t-il s'arracher le visage ? Car c'est plus loin qu'il prétend voir, antérieurement à tout espace. Et qui l'emportera, d'un hurlement qui l'étrangle, ou de la joie, qu'il ne peut pas communiquer ?
Nulle fable.

De l'un à l'autre silence, en égale question, le poème s'équivoque.

 

Roger Giroux

10:42 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)