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07/04/2020

"L'arbre le temps", de Roger Giroux, éd. Mercure de France, 30/4/1964, 104 pages

Ayant pris possession de ses ombres, le poète occupe un espace démesuré : la transparence. Est-ce une tragique état, ou le chant de l'oiseau qui est au centre de la croix ? Connaissant du moins la hauteur du souffle, est-il pour lui d'autre parole que mitoyenne ?
Au carrefour du sang et de la lumière, la phrase serait or véritable.

Poussière d'être, affleurement de paroles sensibles, feuillages qui bougent dans l'eau de l'âme, pulsation de maintes minutes... et je reste sans voix dans la fine prison des sens.
Être cela, multiple, à la pointe qui tremble, frissonne et tremble dans l'intervalle du sang et de la lumière, à la naissance de l'amour.

Rien n'est jamais dit. Et, toujours, dire ce rien. Perpétuelle naissance du poète. Et va-t-il s'arracher le visage ? Car c'est plus loin qu'il prétend voir, antérieurement à tout espace. Et qui l'emportera, d'un hurlement qui l'étrangle, ou de la joie, qu'il ne peut pas communiquer ?
Nulle fable.

De l'un à l'autre silence, en égale question, le poème s'équivoque.

 

Roger Giroux

10:42 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

06/04/2020

"L'instant d'après", de Max Alhau, éd. Brandes, 12 juillet 1986, 289 exemplaires, 40 pages.

à Muriel


Ce qui comble notre impatience, c'est cette ligne infranchissable après laquelle les signes, les repères se brouillent. Ni horizon ni point de reconnaissance mais l'énigme, l'emplacement définitif où se fige l'ombre, alors que la lumière a cessé depuis longtemps de baliser la terre.

A force de suivre le mouvement des vagues, la durée s'engloutit avec elles. Ni l'arbre ni le corps ne résistent : le vent et les rochers se révèlent l'un à l'autre, superbement étrangers. Nous aussi avons changé de camp et ce transfert a comblé notre ignorance.

Quelqu'un parle ou se tait, rien ne le désigne, sinon le crissement de ses pas, son ombre déportée. C'est tout ce que l'on soupçonne d'une présence offerte au vent, au vide.
Faire demi-tour en quête d'une piste serait trahir, suggérer plus qu'il n'est permis. L'obscur convient à ses seules preuves.

Le soir, quand on observe les objets les plus familiers, on éprouve la sensation d'échapper à son corps et au temps, d'être réduit à un seul regard.
Toute notion d'absence s'effondre au profit d'une présence infinie et pareille illusion nous contraint à nous résigner à cet état passager. Les choses n'en finissent pas de nous tenir en leur compagnie, de nous habiter jusqu'au jour où le congé devient définitif.

Max Alhau

09:51 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

05/04/2020

"De sonnets, points.", de Alin Anseeuw, éditions Ecbolade, mai 1999, non folioté.

Recueil attachant que celui que je tiens en mains, André Merveille est le deuxième nom du poète, qui à partir d'une de ses peintures laisse paraître les poèmes qui lui font cortège (sur papier kraft), entrecoupés de réflexions sur la naissance de l'écriture, couchées là sur un vergé ivoiré (de 120 grammes). Avec ses référents naturels [j'allais dire "obligés"] : Rimbaud par exemple et sa "Chanson de la plus haute tour", exaltée par "les montagnes que Cézanne peint".


Magie du deuxième "sonnet", il en est six, le voici donc :

Contemporain de la métamorphose, et retrouvant
Comme surgit l'acteur d'un personnage sur le lieu réel
De sa légende, j'ai cette promesse des dieux
Que le monde commence avec le ciel mental avec

Le ciel miraculé des circonstances,
Le corps invulnérable & la voix d'une roturière
Rose qui saigne lentement comme un chiffon au cœur
Je dis un pied au monde & ce qui passe en ce naufrage

Comme un mensonge est affecté
Le nuage ou mirage à l'orée du soleil
Et le cheval qu'il prend

Ce que je vois la vieille femme
Elle a brisé le cœur
L'ennui au fond du verre

 

Alin Anseeuw

13:02 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)