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22/10/2016

A François Laur (1943-5/9/16) - in memoriam

GRECE BLOG.jpg

Nuit de pleine lune
où la ciellée prend figure
d'une vaste plaine neigeuse
virant au bleu des rêves avortés


passé les récifs les cahots d'ici bas
les fines rides et le lacis des veines
la dentelle dégorgée
d'arbustes inflexibles


que chante
encore sa voix
un filet d'or perdu dans l'onde
un essaim d'exocets
crête à crête emportés

par ce qui n'a pas d'autre nom
que celui que chuchotent
les lèvres fluentes de l'écume


                         Daniel Martinez

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14/10/2016

"Les Chants de Maldoror", de Lautréamont

Les Chants de Maldoror

Vous n'êtes pas sans savoir que Genonceaux, l'éditeur d'Isidore Ducasse (comte de Lautréamont), suspendit la première édition des "Chants de Maldoror", effrayé sans doute par le caractère sulfureux de l'ouvrage. Ce ne fut qu'à la deuxième édition, tirée à seulement 150 exemplaires, que le fameux comte de Lautréamont gagna certaine notoriété. C'est l'édition de 1890 qui fit monter Léon Bloy sur ses grands chevaux et provoqua sa tonitruante réplique dans "Le Cabanon de Prométhée", plus tard incluse dans Belluaires et porchers (1905). Mais elle est aussi, ne l'oublions pas, l'édition "pataphysique" de référence, celle que Jarry avait sous les yeux quand il écrivait son inénarrable "Faustroll"... 

Cette seconde édition est illustrée en frontispice d'une gravure macabre de José Roy, avec un fac-similé, et une préface de l'éditeur. Le plus étonnant pour nous, ce sont les efforts de Genonceaux, dans cette préface, pour prouver qu'Isidore Ducasse n'était pas fou. Léon Bloy venait de dire que l'auteur des CHANTS était mort à l'asile. Genonceaux, donc, fait appel à un graphologue pour analyser l'écriture d'une lettre de Ducasse à son banquier Darasse. Diagnostic : Lautréamont était un logicien de premier ordre. "Mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque" écrit Isidore à son banquier. On ne sait pas assez que ce dernier habitait au 5 rue de Lille, dans le 7e arrondissement de Paris, c'est-à-dire précisément là où, un siècle plus tard, officiera Lacan, qui nous apprend que : "Le style c'est [...] l'homme à qui l'on s'adresse" (sic). Une plaque, selon moi, désormais, s'impose : "Lautréamont, en 1870, venait retirer son argent ici." Allez-y voir, si vous ne voulez pas me croire. 

                                                                        Daniel Martinez

20:18 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

10/10/2016

"Fiction de l'absence", de Mallarmé-Melkonian, éditions d'écarts

Gérard Malkassian nous parle aujourd'hui d'un livre pas comme les autres, avec pour auteurs : Mallarmé-Melkonian :

"Martin Melkonian présente un texte de Stéphane Mallarmé, paru à titre posthume en 1961, soixante-trois ans après sa mort : Pour un tombeau d'Anatole (introduction et notes de Jean-Pierre Richard, Seuil, 1961).
Le 8 octobre 1879, Anatole Mallarmé mourait des suites d'une maladie respiratoire, à l'âge de huit ans. Son père, Stéphane, témoin convulsé de sa maladie et de son affaiblissement inéluctable, tente de construire un monument littéraire au "petit fantôme" (p.48). Il ne s'agit plus, comme le Victor Hugo du livre IV des Contemplations, de fournir, dans une confrontation avec Dieu, un sens absolu à la perte insoutenable de l'enfant chérie (Léopoldine), mais de convertir le corps matériel désormais enseveli en un être spirituel, par la force de l'imagination poétique.

Fiction de l'absence (p.53) désigne à la fois le refus d'admettre une mort scandaleuse et sa transfiguration dans un récit rédempteur où se nouerait une alliance secrète entre le père et l'enfant défunt, un "hymen" (p.25), une "transfusion" (p.36), dont la mère serait écartée. Le projet, toutefois, tourne court. La parole bienfaisante se heurte à la nudité de "la chambre vide" (p.24 et 48). Mallarmé laisse une suite de fragments discontinus, de "mots-sanglots", écrit Melkonian, d'une voix haletante qui est envahie par la peine et le néant d'un deuil qui ne peut être accepté autrement que par l'épreuve de la vie.

Il nous invite cependant à observer comment le poète explore une "nouveauté lyrique" (p.12) radicale, en rupture avec sa quête intérieure. Mallarmé était obsédé par l'idéal du Livre recréant le monde par la seule force d'évocation des mots, établie sur la "transdestruction" (p.53) (destruction transformatrice) des choses matérielles en signes spirituels.

Il aura fallu l'expérience terrible de la perte d'un être cher pour qu'il réalise l'inanité de son projet. Martin Melkonian, en proposant une mise en page rénovée et allégée par rapport à la version manuscrite originale revisite donc ce livre posthume de Stéphane Mallarmé. Une réussite.

                                                                                         
Gérard Malkassian

Encre couleur.jpg

Jean-Claude Pirotte, encre sur Canson

14:38 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)