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30/10/2020

"Ressac" de Gérard Titus-Carmel, éditions Obsidiane, 10/10/2011, 96 pages, 14,20 €

OPPRESSE DU LOIN MONTANT

(Premier mouvement)


    VI


    c'est le seuil où admettre
    ce que manœuvre la mer
    dans son inconnu


    ce qu'elle roule et charrie
    au centre de sa force
    quand ronde & lumineuse
    elle se tord devant nous
    qui demeurons interdits
    dans l'air la vapeur


    on reste debout sur le bord plat du monde
    plat & instable
    les jeunes vagues nous usant la peau
    encore humaine
    pour un jour


Gérard Titus-Carmel

FOND MARIN.png

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28/10/2020

"Obstinante" de Gérard Titus-Carmel, éditions Brandes, 18/7/1995, 545 ex, 46 pages, 12 €

"Au commencement, rien que cela : un chant nu, obstiné, jailli du plus lointain de la gorge, et dans la coque renflée de nos joues, un goût de sel et d'absence creusant plus encore l'obscurité de la bouche, puis, le goulot de l'ombre à peine franchi, cette voix soudain ralliée au vent se lançant au front régulier des vagues, se déchirant à leur crête et s'y pâmant, enfin, au seuil même de l'éblouissement, venant en retour fleurir nos tempes de sa splendide monotonie."

 

        Dans la coupelle de tes mains
        une cendre de mots encore
        tièdes de ta bouche


        et cela si près de ma bouche
        moi toujours penché
        à la verticale de tes paumes


        à mon tour me grisant les lèvres
        de leur fard      m'égarant
        dans le silence gagné
        à l'émiettement de
        ta voix

 

        comment alors
        répondre à ce défi
        les doigts crispés sur le rebord du monde


        observant brèche et frange
        à toute heure insomnieuse

 

        les paupières lourdes mais
        la mémoire alertée
        par le froissement de l'air


        chanter la profondeur des nuits
        ou souffler le jour
        dans la corne évidée d'un bouc


        et s'éraillant gorge et larynx
        au seul souci d'incommensurable
        solitude

 

Gérard Titus-Carmel

Gérard Titus-Carmel a réalisé la couverture de Diérèse 58 (automne-hiver 2012) et nous a offert à cette occasion des extraits de deux de ses livres (p. 17 à 115) : "Albâtre" ainsi que "Le Huitième pli ou le Travail de la Beauté", entés de 15 encres originales.

09:33 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2020

"La Montgolfière" de Willa Cather, traduction de Victor Llona, éditions Rivages poche (hors commerce), janvier 1996

La présente nouvelle a paru sous le titre Coming, Aphrodite, dans le volume Youth and the Bright Medusa, publié en 1920 par Alfred Knopf :

* * *


Dessinateur de talent, il travaillait avec une rapidité déconcertante. Le reste de son temps, il l'employait à tâtonner, allant d'un style de peinture à un autre, ou bien à voyager sans bagages, comme un chemineau. Sa principale préoccupation était de se débarrasser d'idées que pendant un temps il avait trouvées séduisantes.
Depuis qu'il vivait dans la maison de Washington Square, sa situation financière était brillante, en comparaison de ce qu'elle avait été jusqu'alors. Il se permettait le luxe de payer son loyer d'avance et de boucler la porte de son studio quand l'envie le prenait de s'absenter quatre mois de suite. L'idée de s'enrichir ne lui venait même pas. Il est vrai qu'il se passait volontiers de bien des choses que d'autres tiennent pour essentielles, mais s'il ne se rendait pas compte qu'elles lui manquaient, c'est qu'il n'en avait pas encore joui. N'appartenant à aucun club, ne voyant personne, il n'avait pas d'intimes et dînait seul dans de modestes petits restaurants, même le soir de Noël et le Jour de l'An. Des journées entières, il ne parlait qu'à son chien, à sa concierge et à son traiteur...
Hedger avait la terrasse pour domaine. Il y dormait souvent avec César quand il faisait chaud, sous des couvertures qu'il avait rapportées de l'Arizona. Quand il montait là-haut, il prenait la bête sous son bras gauche. Jamais le chien n'avait pu apprendre à grimper à l'échelle et jamais il ne sentait mieux la grandeur de son maître et son asservissement à lui, humble cabot, envers cet homme extraordinaire, que lorsqu'il se glissait sous son aisselle pour entreprendre cette périlleuse ascension. Sur le toit, il trouvait du gravier à gratter ; un chien pouvait s'y amuser tout son saoul, à la condition qu'il n'aboyât pas. C'était une sorte de paradis que nul n'était assez athlétique pour atteindre, sauf ce dieu tout-puissant qui sentait la peinture.
Or, en la nuit bleue, une lune effilée, semblable à une jeune fille, se balance et joue avec une troupe d'étoiles. De temps à autre, une d'elles s'écarte, rapide, de ses compagnes et plonge dans la gaze impondérable du ciel, traçant un sillage de lumière, léger comme un rire. Hedger et son chien éprouvent un véritable ravissement quand une étoile se livre à cet exercice. Ils s'absorbent dans la contemplation du jeu étincelant, quand soudain les en divertit un son ; il ne provient pas des astres, pour musical qu'il soit. Ce n'est pas non plus le prologue de Paillasse, entonné souvent en ces chaudes soirées par un baryton à court d'haleine dans une des maisons de Thompson Street, grouillantes de manœuvres italiens : ce n'est pas l'orgue de Barbarie qui joue régulièrement au coin de la rue dans le crépuscule parfumé. Non, c'est une voix de femme chantant de volubiles phrases passionnées du signor Puccini, comparativement neuf à cette époque, mais déjà si populaire que Hedger, ce profane, ne manque pas de le reconnaître.

Willa Cather

21:05 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)