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20/08/2020

"Cours s'il pleut", par Yves Leclair, éditions Gallimard, 24/3/2014, 142 pages, 17,50 €

Groningen à vélo


L'une lit, dans son coin, les jambes
croisées comme Bouddha. L'autre savoure
un verre de vin dont la robe s'ambre


au soleil. Une autre cache les globes
de ses seins blancs, enfile son maillot
de bain. Les gens sont rassemblés autour


du grand bassin où giclent des jets d'eau.
Le gazon semble peint en vert fluo.
Le piéton est surpris par le silence
des vélos sur la Grote Markt où l'on


déguste du hareng frais aux oignons.
On voit la friture blonde qui danse
dans l'huile, à l'arrière du camion.
La Vismarkt sent la bière et le poisson


                En partant de la Grote Beerstraat,
                et à Rutger Kopland,
                17 juillet 2004

 

Yves Leclair

22:04 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

18/08/2020

"La triste sévérité", de Jean-Claude Caër, éditions Obsidiane, 48 pages, 390ex., 55 F

Annaïg est morte dans la maison du haut.
La terre court sur son visage.
Les vipères suent sous les pierres.
Son fils Salaün Ar Foll est maintenant mort.
Il dormait toujours à Menez ar Big, près des vipères et des couleuvres
Qui se prélassaient sur les rochers brûlants.
Il se promenait dans la lande et les genêts d'or,
Jouait à cache-cache avec sa mère qui le cherchait des nuits entières.
Il effrayait les passants par un cri de guerre :
"Me lahat te ! Me lahat te ! Moi tuer toi !
Moi tuer toi !"
Tout le village l'aimait et allait lui souhaiter la Bonne Année
Quand le grand âge l'empêcha de quitter sa chambre.
Son regard étrange me suivait toujours à mon retour de l'école,
Les vêtements déchirés, après avoir joué à la bataille de Tolbiac.
J'avais peut-être sept ou huit ans quand il me réclama
Sur son lit de mort.

 

Jean-Claude Caër

11:23 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

13/08/2020

"Histoire secrète de la poésie", de Ilhan Berck, traduit du turc par Ahmet Sel et Christian F. Estèbe, éditions Arfuyen, 30/8/1991, 48 pages, 55 F

La poésie est impitoyable.
Non qu'elle ne tende pas la main, bien sûr. On peut dire que le plus souvent c'est elle qui la donne. Mais là s'arrêtent sa générosité et sa grâce. Un instant après, elle se retire en son aire. C'est de là qu'elle préfère contempler ta lutte dans l'histoire secrète de la poésie. C'est alors qu'elle t'impose sa dureté, sa cruauté, son inclémence : car, à présent, c'est ton tour.

Ilhan Berck

voeux 2017.jpg


C'est dans le numéro 19 (octobre 2002) de Diérèse que j'ai eu le plaisir d'accueillir le poète Ilhan Berck (1918-2008), avec des poèmes inédits extraits pour partie de Deniz Eskisi (Le Vieux de la mer, 1982) et de Güzel Irmak (Le beau Fleuve, 1988), tous deux parus aux éditions Adam (Istanbul). Le traducteur, rencontré à l'Inalco, en était Timour Muhidine. Voici, pour les lecteurs du blog, un poème significatif de cet écrivain, qui est à rattacher au courant post-moderne de la poésie turque. Ilhan Berck était également peintre. Je ne commenterai pas le fait qu'il est très peu traduit...


Les mots


Je suis les mots de la bouche, moi, ceux des cils des enfants,
     (Vous, c'est-à-dire le printemps, nuées d'oiseaux)
les traits de la facilité,
          la toison de l'aimée
Et du temps (Lui qui est mémoire
dans l'histoire du corps)
          Puis encore une réminiscence
De ta chair nue.


               Il est blessé
     l'amour.
Car ils sont blessés tous les mots
               Ces armées de Croisés.
     (Vous autres les couchers de soleil, les clochers d'église)
Je les laisse amener un à un
               Pour ta bouche
Un par un tous, mais oui tous les mots
               En ton nom
(comme s'ils te touchaient).


Moi qui suis amour, moi qui suis l'amour par excellence
     (Vous, c'est-à-dire les soleils, les ciels)
Un perce-neige se fane quelque part va donc enfile tes yeux
               d'un mouvement

Ta nudité fascinante et paisible.
               La gueule rougeoyante de l'amour.

in Le beau Fleuve, 1988
traduction de Timour Muhidine