241158

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/06/2020

"Terre d'errance", de Dimitri T. Analis, éditions Mercure de France, avril 1988, 112 pages, 120 F

Dans cette brèche
La lumière
Brise l'eau et dissout la solitude du monde


Pour que le roc soit d'os
Le vent est de chair


Et pour que les mots soient d'errance
Avant que le regard ne passe.


Sans distance
Et sans équivoque
Le phare est plus haut que la nuit.

 

Dimitri T. Analis

03:40 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2020

"Orion aveugle", de Claude Simon, Albert Skira éditeur, collection Les sentiers de la création, avril 1970, 154 pages, 1000 ex. numérotés

Parfois une flèche, un dôme illuminé par des projecteurs, apparaît suspendu entre ciel et terre dans ces ténèbres lilas, entouré d'un poudroiement neigeux. Sur les crêtes inviolées aux noms de monstres le vent des cimes soulève d'étincelants panaches de neige qui tournoient en permanence, comme des fumées. Tout au fond des artères qui s'allongent parallèlement du sud au nord et du nord au sud à travers la ville, des courants continus de lumières glissent lentement, comme des globules, sous les épaisseurs de vapeurs bleuâtres qui s'accumulent entre les blocs noirs dans les tranchées encaissées. Çà et là flamboient des îlots de lumière. A partir d'un carrefour, d'un segment d'avenue, ils allongent leurs tentacules dans les rues perpendiculaires, dessinant des étoiles ou des croix de Lorraine irrégulières, comme des coulées de métal en fusion se répandant de proche en proche dans les rigoles des fonderies, d'abord aveuglantes, puis rougeoyantes, puis égrenant leurs lueurs à mesure qu'elles s'éloignent du creuset, refroidissent et se perdent dans le noir.

 

Claude Simon

03:35 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2020

"En deçà", d'Antoine Émaz, éd. Fourbis, 4 janvier 1990, 90 p., 1000 ex. (dont 30 sur Arches entés d'un dessin original de Joël Frémiot), 65 F

Nausée. Comme une pression très forte au centre, évacuant de tous côtés jusqu'à ce qu'on croyait définitivement acquis, fixé. Temps pourri.


Ce qu'on attend d'une vie. Ce pour quoi on continue.


Fatigue. Tête usée alors que le reste du corps poursuit tant bien que mal son travail.


Le dégoût. Le courage qui manque.
La pluie lave le carreau. Le silence, ailleurs.


Peur de ne pas se redresser, un jour. D'en rester là. De laisser une page avec du blanc encore.


ce n'est pas la fin qui gêne
mais quelque chose de plus lourd
à l'intérieur de la vie

*

Écrire, comme si quelque chose devait se jouer un jour ou l'autre à cet endroit.
Alors, on se maintient, on entretient la main. A certains moments, on ne peut davantage.
Quand cela se prolonge, on finit par se demander si ce n'est pas cela, écrire, au vrai.


Dans la nuit, la sonnerie grelottante et persistante annonce un train qu'on ne voit pas.


L'inconsistance : on ne sort pas du pas encore, de l'inexact. On se demande si c'est possible.


Vision triste. On vit mais au fond, ça n'avance ni ne recule, ça reste là. Ça remue seulement un peu pour, en définitive, rester là.

 

Antoine Émaz


VALENCE II.jpg

03:33 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)