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16/01/2019

La condition du poète, pour Jules Supervielle (1884-1960)

D'aucuns lui reprochent d'avoir su rester simple dans ses écrits, au moment même où les surréalistes regorgeaient d'images, accusant à l'envi les filières jointives du préconscient et du conscient. Il est des mots tout aussi bien dont il usait et qui aujourd'hui ne s'emploient qu'avec d'infinies précautions, un peu comme si l'on avait honte de souligner la part de mystère qui émane d'un poème qui nous touche, nous transporte et modifie notre vision des choses. Le plus préoccupant à mon sens passe par cet éloignement de l'être, très actuel, pour n'en garder que la part la plus superficielle, j'allais dire sociétale. Or exister à plein revient toujours à se singulariser, à s'évader des voies tracées pour concorder au mieux avec son paysage intérieur, irremplaçable, lui.
Ce qu'en dit plutôt l'écrivain franco-uruguayen Jules Supervielle, de la condition du poète :

Le mystère poétique l'attire plus que la vie, sans transposition, de chaque jour. C'est grâce à la fascination de l'inconnu que le poète même quand il se trouve devant son meilleur ami se dit parfois : "Comme une lettre de toi me ferait plaisir, même en ce moment où tu es en face de moi. A être là, tu perds de ton mystère alors que tes lettres je les garde longtemps sans les ouvrir pour faire durer leur imprévu et leurs possibilités".

Jules Supervielle

 

06/01/2019

"Un été avec Homère", de Sylvain Tesson, éditions des équateurs/parallèles, avril 2018

"Hélas! en quelle terre ai-je encore échoué
(Odyssée, XIII, 200)

se plaint Ulysse. Rien de ce qui est rendu à l'homme ne lui sera octroyé facilement. Homère insiste encore : tout se conquiert âprement dans la vie. A la sueur de notre front, diront d'autres Écritures. "Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur", renchérira Aragon. Pour l'heure, Athéna prépare à son favori un retour de haute lutte.
La déesse apparaît à Ulysse sous les atours d'un pâtre, puis d'une femme splendide, et elle lui révèle Ithaque en dissipant la brume. Elle a ourdi un plan. Elle assistera Ulysse dans la reconquête du palais :
          je serai là
          quand nous travaillerons, et je crois que beaucoup
          souilleront le sol infini de sang et de cervelle !
          (Odyssée, XIII, 393-396.)
Ulysse is back, et cela va saigner. Mais l'opération va se dérouler dans la discrétion. Pas question de revenir en fanfare comme le fit Agamemnon qui trouva la mort en paiement de son ostentation...

Sylvain Tesson 

Martinez 1521.jpg

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26/12/2018

Paul Le Jéloux (1955-2015)

Bonjour à toutes et à tous. Voici pour aujourd'hui quelques vers d'un poète que vous ne trouverez pas recensé dans l'Anthologie de la poésie française du XXe siècle tome 2 (éd. Gallimard, 27 février 2002), dirigée par Jean-Baptiste Para ; je vous en laisse deviner le pourquoi. On y croise par contre un certain Roland Dubillard, comédien célèbre certes, qui compte à son actif 2 livres de poésie, inconnus du grand public. Cherchez l'erreur !... Je me souviens l'avoir entendu, Paul Le Jéloux, à la Fnac Forum le jeudi 7 mars 1991 en soirée, lors d'une rencontre organisée avec les éditions Obsidiane. Émouvant, à tout le moins. Amitiés partagées, Daniel Martinez


     Je n'aurai pas conquis un pouce de ce monde
     je suis resté endormi dans le rêve
     mes yeux d'enfant étaient tout un royaume
     je n'ai jamais eu plus de dix ans...


Paul Le Jéloux

10:47 Publié dans Auteurs | Lien permanent | Commentaires (0)